L’invité(e)

« La créativité citoyenne est chez nous »

Emmanuel Lemagnen, candidat de l’Alliance

Manuel Marchal / 11 mars 2010

Depuis 30 ans, Emmanuel Lemagnen s’investit dans le développement de l’artisanat et du milieu associatif à La Réunion. Il précise comment l’Alliance apporte l’innovation dans la pratique politique à La Réunion.

Quel est votre parcours ?

- Je suis fils d’un papa menuisier et d’une maman brodeuse. Je suis monté à Paris pour faire l’École Boulle et j’ai passé tous mes diplômes d’ébéniste-marqueteur. J’ai travaillé ensuite pendant 1 an dans le Faubourg Saint-Antoine à Paris. C’est à ce moment que le préfet de La Réunion est venu me proposer un poste de VAT à La Réunion. C’était en 1980. Je devais former des restaurateurs de meubles pour les collections de la Préfecture et le Musée de Villèle. Ce travail a duré deux ans. Ensuite, j’ai également travaillé dans le centre de formation sur le travail des écailles de tortue.
Parmi les moments marquants de mon parcours, je relève ma nomination de 1992 à 1996 au Commissariat à l’Artisanat. Il s’agissait de créer des filières et de les structurer. En 1996, j’intègre la Chambre de métiers, en tant que responsable de la filière "Métiers d’art". Entretemps, je suis nommé Commissaire pour le Meilleur ouvrier de France dans la région Océan Indien, et Délégué régional de la Société d’encouragement aux métiers d’art.
Entre 1999 et 2004, je participe à la fondation de la Chambre des associations et de l’économie populaire. Par ailleurs, je suis membre de l’Association des éleveurs de tortues.

Pourquoi avoir rejoint l’Alliance ?

- Pendant 12 ans, j’ai été adjoint au maire de Sainte-Marie. Quand je me suis impliqué dans la Chambre des associations, je n’ai pas souhaité de réélection au Conseil municipal pour ne pas mélanger ces deux responsabilités.
Mais quand, en 2004, j’ai été sollicité, ma réponse a été "oui". "Oui" car j’ai intégré l’Alliance après avoir longuement discuté de la déontologie et des principes. La créativité citoyenne, elle est chez nous, et l’Alliance est le seul espace politique où on a cette dimension.
Durant les six ans que j’ai passés à la Région, les valeurs mises en avant sont le travail et la loyauté. La société civile, c’est le désintéressement, et c’est une grande satisfaction que le président de la Région propose comme objectif un élu, une indemnité. C’est comme cela que l’opinion pourra se réconcilier avec la politique.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à l’artisanat et au milieu associatif ?

- L’artisanat, c’est l’immersion dans la passion de la transmission de l’amour du métier. C’est aussi le bonheur d’avoir tellement à faire à La Réunion. C’est un travail extrêmement épanouissant et la chance de faire ce que j’aime.
Pour les associations, j’estime qu’autant la famille est la première cellule sociale, l’association est le premier maillon de la citoyenneté. C’est une soupape, c’est ce qui tient La Réunion et beaucoup de pays en difficulté.
C’est donc l’envie de donner encore plus de liberté à ce secteur et de le structurer.

Quelle peut être votre contribution au projet réunionnais de développement durable ?

- Je citerai trois exemples.
Il existe des centaines de radiers à La Réunion. Sécuriser les radiers, c’est permettre à des petits transporteurs et aux terrassiers de travailler. Pour aller dans ce sens, il y a la demande à la Préfecture d’ajouter un critère de proximité dans les réponses aux appels d’offres. Je pense que la loi doit s’appliquer avec bon sens, et cela peut permettre de sécuriser des dizaines de radiers par an.
Pour les métiers d’art, mon travail d’élu a permis d’aller vers la création de l’Institut régional des métiers d’art (IRMA). La première promotion est entrée en formation au mois de novembre, et tous travaillent sur un projet en lien avec le tourisme. Les touristes dépensent en effet 40 millions d’euros par an dans l’achat de souvenirs, et seulement 15% des ventes sont assurées par la production locale. Le défi, c’est la gestion durable des matières premières locales.
Il ne peut y avoir de développement durable sans associer les associations, mais encore faut-il qu’elles soient structurées et représentatives. On dénombre 17.000 associations, pour 20.000 emplois. La Chambre des associations est donc la deuxième plus grande Chambre consulaire de La Réunion. Il est essentiel d’organiser le secteur solidaire de La Réunion, de créer les conditions de la solidarité durable.

Propos recueillis par M.M.


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