L’invité(e)

« La reconnaissance de mon travail et de mon sérieux »

Françoise Vergès, chevalier de la Légion d’honneur

Céline Tabou / 6 avril 2010

Avec une dizaine d’ouvrages, dont “Fractures post-coloniales” publié cette année, Françoise Vergès, présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage et directrice scientifique du projet de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, a reçu la Légion d’honneur ce dimanche 4 avril pour son travail sur l’esclavage, et la créolisation.

Dans quel cadre avez vous reçu cette décoration ?

- Ce fut tout d’abord une surprise. J’ai appris la nouvelle en recevant des messages de félicitations. La Légion d’honneur décore les travaux que j’ai réalisés au sein du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage.
Ce comité avait pour nom le Comité pour la mémoire de l’esclavage, et mis en place par le décret du 5 janvier 2004, en application de l’art. 4 de la loi du 10 mai 2001, qualifiant l’esclavage et la traite négrière de crime contre l’humanité. Depuis le 6 mai 2009, le Comité pour la mémoire de l’esclavage est devenu le Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage. Pour moi, l’important est de transmettre l’histoire de l’esclavage à tout le monde, mais aussi aux héritiers de l’esclavage.
La commémoration du 10 mai pour les "Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions" est un long combat contre le silence. C’est le résultat d’un long combat pour faire connaître et reconnaître une histoire. Cette date a été mise en place en concertation avec Maryse Condé, alors présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage jusqu’en 2007.

Pensez-vous que cette décoration peut concrétiser le projet de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, et reconnaitre tout le travail réalisé durant ces six dernières années ?

- Je ne pense pas ainsi. Cette décoration récompense le travail que j’ai mené durant des années. Ce sont mes compétences et mon travail qui sont reconnus, tout ce que les anti-MCUR m’ont reproché.
Aujourd’hui, cette reconnaissance de mon travail met en avant les années qui se sont écoulées. C’est un travail d’intérêt général qui a été réalisé à la MCUR, avec une équipe compétente et sérieuse. Nous avons reçu de nombreux messages de soutien, tant de la part d’universitaires que de citoyens.

Quels sont vos projets ?

- Nous attendons une décision concrète de la part de la Région Réunion, car la MCUR est encore en l’état à ce jour. Personnellement, j’aimerai que le nouveau président de la Région, M. Robert, revienne sur sa décision de fermer la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise.
Il y a un comité de soutien et une pétition qui circule sur Internet qui donnent un avis favorable à la MCUR, d’autant plus que de nombreuses personnalités étrangères ont également tenu à soutenir la MCUR. C’est un réconfort, mais surtout la confirmation que la MCUR est un projet sérieux et non sectaire ou qui souhaite enfermer la culture réunionnaise entre quatre murs.

Propos recueillis par Céline Tabou


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