L’invité(e)

« La Réunion n’est pas une poubelle où on peut faire des expériences »

Daniel Bègue de l’ADEFAR

Témoignages.re / 31 juillet 2009

Daniel Bègue fait le point sur un scandale sanitaire qui touche les éleveurs bovins à La Réunion. Ils ont acheté sans le savoir des animaux déjà malades au moment de leur importation à La Réunion, et ils sont désignés comme les responsables de leurs difficultés.

Dans quelle condition s’est effectué l’achat des animaux ?

- Les SICA ont acheté ces bêtes en métropole, mais ce sont des bêtes déjà porteuses de maladies. En fait, ce qui se passe actuellement à La Réunion, en métropole, les éleveurs ont déjà connu ça. Ils pensaient qu’on pouvait travailler avec des bêtes porteuses de maladies. Mais ce n’est pas possible, on ne peut pas travailler dans ces conditions. Alors les SICA ont acheté ces bêtes-là en métropole à moindres frais puisque déjà “malades”. Avant d’embarquer les bêtes sur les bateaux, on les vaccine, mais lorsque les animaux sont en situation de stress, le virus se réactive, c’est pour cela qu’il y a autant de pertes durant le transport en bateau.

Puis arrivé ici, comment se passent les contrôles sanitaires ?

- Il faut savoir que ce sont des maladies non réglementées. Mais tout le monde à La Réunion était “complice”, les vétérinaires ne nous disaient pas la vérité, et nous, on ne connaissait pas ces maladies. Le principe de précaution n’a pas été respecté. On nous a vendu des bêtes malades ou porteuses de maladies. De plus, ces animaux n’étaient pas du tout adaptés au terrain en pente et accidenté de l’île. Mais on nous a dit que tout est possible, qu’on pouvait travailler comme ça. Aujourd’hui, nous voyons bien que ce n’est pas possible, nos bêtes meurent une à une. Nous sommes ruinés, endettés. D’autre part, en tant que producteur, on se doit de donner aux consommateurs le meilleur produit possible.

Qu’attendez-vous des autorités ?

- Aujourd’hui, nous demandons que chacun prenne ses responsabilités et reconnaisse ses torts. Nous souhaitons que les autorités effacent nos dettes et nous redonnent les moyens de faire de l’élevage, nous aident à repartir vers une agriculture raisonnée à taille humaine où on place l’humain au centre. La Réunion n’est pas une poubelle où on peut faire des expériences.
Aujourd’hui, nous, éleveurs, nous vivons de bons alimentaires et on travaille 14 heures par jour, tout l’argent va aux SICA.
Si une solution n’est pas trouvée, une dizaine de personnes de l’ADEFAR feront le déplacement jusqu’à Bruxelles pour attirer l’attention des gens. Car pour avoir des subventions européennes, il y a un cahier des charges à respecter, or, celui-ci n’est pas respecté.
Alors ils ont intérêt à trouver des solutions, nous, éleveurs, on a payé suffisamment jusqu’à aujourd’hui.

 Propos recueillis par S.P. 


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