L’invité(e)

« La Réunion sera défavorisée dans l’océan Indien »

Wilfrid Bertile, ancien secrétaire général de la COI

Céline Tabou / 12 juin 2010

L’ancien vice-président de la Région à la Coopération, et ex-secrétaire général de la Commission de l’océan Indien, explique que La Réunion possède un système économique qu’il devient important de changer afin que l’économie de l’île se développe en coopération avec les pays voisins.

Que peut signifier pour La Réunion la signature d’Accords de partenariat économique complet ?

— Les APE sont déjà connus, et ils définissent de nouveaux rapports entre La Réunion, qui fait partie de l’Union européenne, et les pays voisins de la zone océan Indien. Ces APE organisent surtout les échanges économiques entre les pays, et vont vers la suppression des droits de douanes réciproques, avec tout de même une asymétrie. En effet, La Réunion sera défavorisée par rapport à ces voisins, ils devront aussi supprimer les droits de douanes, mais ils ont un moratoire, c’est-à-dire un délai. Alors qu’ici, on doit supprimer ces droits de douanes tout de suite. Les conditions de concurrence loyale ne sont pas respectées, nous sommes donc inquiets. Car la production réunionnaise risque de ne pas bénéficier des mêmes avantages.

Pensez-vous que l’économie réunionnaise est prête à faire face à la libéralisation ?

— C’est la question que l’on se pose depuis toujours. En fait, on est arrivé à une période charnière dans l’Histoire de La Réunion. Le système actuel atteint ses limites, il n’y a plus de crédits supplémentaires pour constituer l’économie réunionaise. D’autant plus que le taux de chômage augmente, les problèmes de logements sociaux ne sont pas réglés, le coût de la vie s’élève et le pouvoir d’achat en est amputé. Il faut imaginer un nouveau système. Aujourd’hui, l’économie réunionnaise est fragilisée, alors que les économies résidentielles (coiffeur, boulanger, garagiste, etc. - NDLR) ne possèdent pas de concurrence extérieure, contrairement aux productions, qui vont souffrir de l’ouverture du marché.
APE ou pas, il est difficile pour les entrepreneurs réunionnais d’investir dans les pays voisins. Alors qu’à Madagascar et Maurice, les entrepreneurs peuvent investir en Afrique orientale et australe avec facilité, contrairement à nous. Je pense que les entreprises réunionnaises ont intérêt à se délocaliser ailleurs, même si c’est mortel pour l’économie de l’île (destruction de milliers d’emplois).

Que peut-on attendre de la Commission de l’océan Indien et des Accords de partenariat économique ?

— La COI ne joue aucun rôle dans ces Accords, car ce n’est pas une commission d’intégration régionale. Mais si elle le devient, cela sera au détriment de La Réunion. Les pays de la COI font partie déjà d’une zone de libre échange, et ont des accords économiques entre eux. Les pays de l’océan Indien font une petite partie des accords signés avec l’Afrique orientale et australe. Il n’y a rien à attendre de la COI.

Propos recueillis par Céline Tabou


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