L’invité(e)

La transparence sur la formation des prix pratiqués par les banques

Henri Grondin, président du Collectif contre les abus bancaires

Céline Tabou / 3 mai 2010

Pour le nouveau président du Collectif contre les abus bancaires, les avancées obtenues grâce à la lutte du COSPAR et de la population sont une première importante. Il reste à obtenir davantage de transparence sur les raisons qui poussent les banques à ne pas jouer pleinement leur rôle de levier du développement économique. Par ailleurs, une autre revendication est de faire encadrer les tarifs bancaires par la loi, afin de réduire de manière significative une différence exagérée des tarifs observés chez certaines banques entre ce qui se pratique en France, et ce qui est constaté à La Réunion.

Quel est le bilan du Collectif départemental des consommateurs contre les abus bancaires ?


- On a beaucoup travaillé sur la baisse des tarifs bancaires, nous avons obtenus une baisse de 5 à 20% sur sept à huit produits financiers. En 1998 ou 1999, on est parvenu à la gratuité des retraits dans les guichets à l’intérieur des banques. Cette mesure était surtout destiné aux personnes âgées, car elles ne pouvaient pas utiliser les distributeurs extérieurs.
Par exemple à Cilaos, il n’y avait pas de distributeur des grandes banques, nous avons obtenu des banques présentes dans la commune, cinq retraits par mois au réseau, et gratuitement.

Est ce qu’avec la crise, vous apercevez une aggravation de la situation par rapport aux requêtes des usagers des banques ?


- Le plus gros problème est que l’on voit que les taux de crédits ont augmenté. D’autant plus qu’aujourd’hui les banques sont réticentes à prêter de l’argent aux particuliers, mais aussi aux petites et moyennes entreprises (PME). Par exemple, nous avons un adhérant du collectif qui travaille dans le bâtiment, il a réussit à obtenir un marché de 400.000 euros. Il est allé voir la banque, celle-ci n’a pas voulu lui faire un prêt de 100.000 euros, sans aucune raison. Lors des négociations entre le COSPAR et les banques, nous avons demandé des justifications sur les refus faits par les banques, mais on n’avons pas eu de suite.
Les centres financiers sont prêt à prêter 18 millions d’euros à Caillé, c’est logique, il s’agit d’une des plus importantes entreprises de notre économie, mais quand il faut prêter 100.000 euros à quelqu’un qui a acquis un marché à 400.000 euros, et qui possède des garanties, ils ne le font pas. C’est bien que les politiques se battent pour donner les marchés à des PME locales, mais si les banques ne jouent pas le jeu, ce n’est pas normal.

Quelles sont les perspectives pour le Collectif départemental des consommateurs contre les abus bancaires, à quand l’égalité des tarifs bancaires ?


- Dans les mois à venir, nous allons rencontrer Didier Robert, pour que la Région se substitue aux banques pour accorder des prêts aux PME. En ce qui concerne l’égalité des prix, ce devrait être un combat avec les groupes bancaires, d’autant plus que les politiques doivent se détacher de ces grands groupes, pour pouvoir faire évoluer la situation.
Le ministre de l’Économie, Christine Lagarde, a demandé une enquête sur les prix des tarifs bancaires, nous allons rebondir sur cette requête, et demander une enquête spécifique aux DOM/TOM. 
Nous voulons une loi pour régulariser les prix des tarifs bancaires, car les différences sont entre 20 et 300% selon les banques par rapport à la France. D’autant plus qu’il y a une grande différence de prix entre les DOM/TOM et la France.
L’Observatoire des prix mis en place par la préfecture, surveille les prix dans les grandes surfaces, mais aujourd’hui, nous allons demandé au Préfet que l’observatoire se penche sur les frais bancaires. En plus du "chariot type", nous voulons un "compte type" pour voir qu’elles sont les banques les moins chères, et permettre aux consommateurs de choisir celle qui lui semble la plus avantageuse.

Propos recueillis par Céline Tabou


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