L’invité(e)

« Le chômage entraine tout »

Guy Zitte, président de l’association "Prends un asseoir"

Manuel Marchal / 27 juillet 2009

Toute l’année, l’association "Prends un asseoir" à côté de la prison de Domenjod accueille les parents ou proches d’un détenu venu lui rendre visite. Fonctionnant uniquement avec des bénévoles, "Prends un asseoir" apporte sa part à l’humanisation des conditions de détention.

Guy Zitte, d’où vient cette initiative ?

- "Prends un asseoir" a été créée officiellement le 26 septembre 2000 à l’initiative d’un prêtre jésuite, aumônier des prisons, Stéphane Nicaise. Avant la création de l’association, les familles attendaient dans la rue sous le soleil ou la pluie l’heure du parloir. Outre la peine d’enfermement subie par leur proche, c’était une double peine pour ses familles de subir aussi le regard des passants. En août 2000, un appel avait été lancé, et une soixantaine de personnes avait répondu favorablement.
Nous ne fonctionnons qu’avec des bénévoles, des personnes qui ont une part de leur temps à consacrer aux autres. Nous avons une règle d’or, ne jamais poser de question aux familles.
En 2000, nous étions dans un local à côté de la prison de la rue Juliette Dodu à Saint-Denis. D’après l’administration pénitentiaire, depuis que nous existons, la tension diminue entre les surveillants et les familles ainsi qu’entre les détenus et les surveillants. Les détenus savent que leur famille n’attend plus le moment du parloir dans la rue, ils sont plus tranquilles d’esprit. Quant aux familles qui arrivent stressées, nous tentons de les aider en les informant ou dans les démarches administratives.

Quels sont les changements depuis l’ouverture de la nouvelle prison à Domenjod ?

- En 2007, l’administration pénitentiaire nous a demandé si nous étions toujours d’accord pour accueillir les familles rendant des visites dans le nouveau centre pénitentiaire. Nous avons accepté à condition que nous ayons un local à notre disposition car dans la rue Juliette Dodu, le loyer était de 1.900 euros. L’administration a été d’accord avec ce que nous demandions, et le 11 décembre 2008, nous sommes arrivés à Domenjod.
Nous accueillons beaucoup plus de familles. À Juliette Dodu étaient recensé 325 détenus, il y en a 579 à Domenjod.
Nous avons aussi des services supplémentaires. Dorénavant, les familles prennent leur parloir dans le local, c’est à travers une borne qu’est fixé le rendez-vous avec le détenu. Nous avons aussi des casiers pour que les visiteurs déposent toutes leurs affaires personnelles avant d’entrer dans le centre pénitentiaire. Nous avons dû aussi acheter une photocopieuse.
Ici, nous sommes éloignés et au début, il n’y avait pas de service de bus et ceux qui n’ont pas de véhicules devaient marcher depuis le pont de la rivière des Pluies. Depuis le 24 avril, la ligne 24 de Citalys passe à côté.
Tous les jours nous sommes trois pour accueillir les familles, et tous les jours la salle est pleine, elle n’est pas assez grande. Tout comme à Juliette Dodu, nous avons décidé de prendre en charge l’affranchissement du courrier d’une centaine de prisonniers qui n’ont aucun revenu.
Nous sommes 27 bénévoles. Il en manque cinq pour que nous puissions fonctionner de manière optimale. Malheureusement, le bénévolat est en voie de disparition dans la société de consommation qui pousse à l’égoïsme.

Comment voyez-vous l’avenir ?

- Si les prisons sont pleines, c’est que la société est malade. Un nombre aussi important de chômeurs et de pauvres, c’est difficile. Domenjod est déjà saturé. Sur 800.000 habitants, il y a 150.000 analphabètes, sont-ils condamnés au RMI ? 11.000 jeunes sortent de l’école, 5.000 emplois créés chaque année, que deviennent les 6.000 ? Si une personne sans revenu veut se mettre aux normes de la société, elle est tentée de voler. La société de consommation crée la délinquance. Le chômage entraine tout.
Je constate que les associations rencontrent de plus en plus de difficultés, "Tchao la rak" vient de fermer, "Agir pou nout tout" a des difficultés. Mis à part les cotisations, nous avons des subventions : mairie de Saint-Denis, Conseil général car c’est la collectivité responsable de l’action sociale qui est notre champ de compétences, l’administration pénitentiaire. Mais la subvention du Conseil général a diminué. Nous avons aussi des dons, mais comme aujourd’hui nous ne payons plus de loyer, nous avons constaté que les dons ont diminué alors que nous en avons besoin. De 5.000 euros, ils atteindront peut être 3.000 euros cette année. Nous limitons au maximum les dépenses, nous ne voulons pas avoir des difficultés comme d’autres associations car notre existence est importante pour les familles des détenus.
La loi de 1901 est faite pour que les associations puissent apporter un lien entre le politique et la population, mais aujourd’hui les moyens ne sont plus à la hauteur et le bénévolat est en voie de disparition.

Propos recueillis par Manuel Marchal


"Prends un asseoir" fonctionne les mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi de 7 heures à 17 heures.
Les bénévoles et donateurs potentiels peuvent écrire à :
"Prends un asseoi"r - 17 chemin Saint-Léonard - 97490 Sainte-Clotilde


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