L’invité(e)

Le combat pour l’emploi local, c’est l’affaire de tous sans exception !

Max Banon, CGTR-EDF

Témoignages.re / 1er août 2011

Plusieurs organisations s’interrogent sur le peu de travailleurs réunionnais œuvrant sur le chantier de la centrale thermique en construction à côté du Port-Est. Max Banon apporte un éclairage sur la gestion des ressources humaines de ce projet de 300 millions d’euros, et fait part de propositions pour qu’un maximum de Réunionnais puisse être employé sur ce type de chantier.

Que représente en nombre d’emplois la construction de la nouvelle centrale thermique EDF du Port ?
— Il ne m’est pas facile de répondre correctement à cette question puisque c’est le flou, y compris la Direction du Travail est en difficulté pour nous répondre. Cela pose un véritable problème sur le principe des appels d’offres au niveau de l’Europe d’une part et le respect de la législation du travail d’autre part, aggravé par le système de la sous-traitance en cascade. EDF annonce des chiffres qui n’engagent que le directeur, il serait intéressant d’interroger le Pôle Emploi sur cette question et quels sont les métiers sur le chantier. Ensuite il faut qu’EDF publie le nombre d’emplois nécessaires pour faire fonctionner cette centrale, comment va se passer le recrutement. A noter que sur l’ancienne centrale, 140 agents y travaillent. Cette centrale va-t-elle tourner 24h sur 24 ou seulement en énergie de remplacement ? Cela conditionnera l’emploi ! A noter que le coût d’investissement est de l’ordre de 300 millions d’euros.

En 2010, vous avez rencontré les responsables de ce chantier, et justement, sur la question de l’emploi local, quel discours vous a-t-il tenu ?
— Nous avions eu un échange sur le fond du dossier, le PDG d’EDF péi nous a confié qu’il a été très difficile de faire comprendre aux décideurs allemands qui ont eu le marché de recruter local au vu du chômage. Leur stratégie, c’était de sous-traiter un maximum avec des pays européens, évidemment au moindre coût. Devant la détermination de la délégation CGTR, ils se sont engagés à examiner les possibilités de faire travailler les entreprises locales, tout en faisant comprendre qu’il n’avait pas tout le pouvoir, c’est bien là le problème ! Malgré qu’EDF soit une entreprise d’État, donc l’argent des contribuables ! La délégation avait donné des noms d’entreprises locales compétentes dans la soudure, y compris des soudures spéciales, charpente métallique…

Le maitre d’ouvrage de la centrale a-t-il essayé de prévoir en amont les besoins en main-d’œuvre comme cela avait été fait par le maitre d’ouvrage de la route des Tamarins ?
— A ma connaissance, non. Sur cette logique, il nous faut tirer les leçons, faire un retour d’expérience pour savoir qui a fait quoi. Au niveau du maitre d’ouvrage, mais pas seulement, y compris la Région, les Chambres consulaires, la Direction du Travail, le Pôle Emploi… ce chantier a été annoncé depuis plus de 10 ans. Il semblerait que le maitre d’ouvrage ait bénéficié d’une détaxation de 18% de l’Octroi de mer ! Là aussi, si c’est vrai, il y a des questions à se poser, quelle a été la contre-partie. A noter que c’était l’ancienne majorité régionale, je le précise pour éviter les polémiques, ce n’est pas le moment, la situation est trop grave, que chacun assume leur responsabilité. Selon les représentants des artisans, ce dégrèvement d’Octroi de mer a fait beaucoup de mal aux entreprises réunionnaises.

Quelles sont vos propositions face à cette situation ?
— Tout d’abord, disons-le clairement, c’est l’économie réunionnaise qui est en danger. De plus, il n’y a pas que ce chantier, il y en a bien d’autres, moyennes ou petites, dans bien des secteurs, carrelages, photovoltaïques, bâtiment…
Nous réclamons avec force une table ronde à la Préfecture avec tous les acteurs.
Nous avons rencontré le Député européen, M. Elie Hoarau, pour lui soumettre notre inquiétude sur les appels d’offres au niveau de l’Europe. Suite à cet entretien, il s’est engagé à examiner la question et intervenir auprès du commissaire européen afin de trouver des solutions protégeant nos entreprises.
Au niveau de la Région, voir la possibilité de mettre en place une cellule de veille concernant les chantiers à venir, en collaboration avec Pôle Emploi, Direction du Travail, afin d’anticiper sur les besoins en formation suivant les métiers.
Les parlementaires de La Réunion devraient réfléchir sur un texte législatif en mettant des garde-fous concernant l’emploi local, comme ça été fait dans le Nord de la France suite au plan de restructuration de la sidérurgie, situation exceptionnelle, moyen exceptionnel. Ce n’est là que quelques propositions. A la CGTR, nous considérons que l’ensemble de la population doit se sentir concerné par cette question vitale qu’est l’emploi, aussi bien pour faire des propositions que de venir aussi concrètement dans le combat, et cela, quelque soient les opinions politiques, philosophiques, syndicales… Des uns et des autres, l’avenir de La Réunion appartient aux Réunionnais/Réunionnaises et tous ceux et celles qui ont décidé de vivre sur notre petit caillou. Ne laissons pas seulement les technocrates parisiens décider pour nous. Comme disent les jeunes : “nou lé Kapab” ».
Une moralisation de la sous-traitance est à mettre en place afin que l’application du droit de travail soit la même, qu’il s’agisse de l’entreprise donneuse d’ordres et celles sous-traitantes, évitant les cascades de sous-traitances qui ont pour but, pour l’entreprise principale, d’externaliser les risques économiques, sociaux sur les sous-traitantes.
Concernant la commande publique et dans une petite économie insulaire où la dépense publique par habitant est de 60% de celle de l’État, la responsabilité de l’État doit être essentielle sans pour autant minorer celle des collectivités locales. La solidarité locale doit intervenir en complément de celle de l’État.



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Messages






  • Certains se demandaient ce que la privatisation d’edf allait changer , voilà la réponse d’aujourd’hui "maitre d’oeuvre l’allemagne " et sous traités "les réunionnais" ,et circulez ya rien à voir,comme notre sidérurgie en son temps , maitre d’oeuvre l’allemagne ,vendu au milliardaire indien , bradé , à la feraille et vive l’europe !

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    • merci à Bebert pour son message concernant les consequences de la privatisation d’EDF.
      Le combat pour sauver l’emploi local se developpe et gagne du terrain c’est très bien,je tiens à feleciter le collectif "DONE KREOL TRAVAIL" qui actuellement font un boulot d’explication exemplaire, le combat sera long et difficile,il nous faut créer un rapport de force pour aller droit au but :le developpement de notre petit pays et préparer un avenir à notre jeunesse.EDF doit rester un service public et non un speculateur parmi les speculateurs vereux qui détruisent tout et ne penssent qu’au profit pour satisfaire les actionnaires.Pour la CGTR ce combat "done kreol travail" ne date pas d’aujourdh’ui c’est un combat quotidien et continuera dans le temps.

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  • quid de l’observatoire de la commande publique ?
    quid de la consultation des IRP à la présentation du projet ? quid de leurs positions ? quid de la communication faite à ce moment (en amont du projet) ?
    se mobiliser après..n’est ce pas l’aveu sinon de l’échec, de la faiblesse de la stratégie syndicale existante ?

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