L’invité(e)

Le Maloya, patrimoine de l’humanité

Charlotte Rabesahala, anthropologue, et conseillère scientifique de l’association “Miaro”.

Geoffroy Géraud-Legros / 6 octobre 2009

Depuis le 1er octobre, le Maloya est inscrit au patrimoine de l’Unesco. C’est une reconnaissance internationale pour la culture réunionnaise. C’est en 2008, sur initiative de la MCUR (Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise), la Région Réunion, avec le soutien du PRMA (Pôle Régional des Musiques Actuelles) et de nombreux artistes réunionnais que le dossier de candidature avait été transmis au Ministère de la Culture dans le but d’inscrire le Maloya sur la liste représentative du “patrimoine culturel immatériel” de l’humanité. C’est maintenant chose faite. Charlotte Rabesahala, anthropologue a répondu à nos questions.

Que représente à vos yeux la reconnaissance du Maloya ?


- Avant d’en venir à la signification de cet acte de reconnaissance, il faut remercier celles et ceux par qui elle est arrivée, c’est-à-dire l’équipe de la MCUR. Dans sa dimension historique, l’intégration de notre Maloya au patrimoine global par l’UNESCO signifie la fin d’un cycle de combat. En effet, cet acte fort signifie que nous sortons aujourd’hui définitivement de la période de refoulement de cette culture, et que nous pouvons désormais passer à un stade nouveau : celui de la reconnaissance des services, de cette religion des Noirs, des descendants d’esclaves, qui a encore tant de mal a être considérée.

Pourquoi selon vous la dimension sacrée du Maloya n’est-elle pas autant soulignée que sa forme chant et danse ?


- Pour des raisons pratiques tout d’abord : il est plus facile de populariser des chants et des danses, que de mettre le sacré, et Tout ce qu’il sous-tend en partage. Néanmoins, la mise en lumière de cette dimension sacrée est au cœur du second combat pour le Maloya, qui s’inscrit dans le mouvement de recouvrement de l’identité de l’identité noire des Réunionnais. Kabaré, servis kaf, servis malgas constituent une véritable religion : or, cette religiosité des descendants d’esclaves n’est pas encore socialement admise ; elle est encore stigmatisée par la société et par les religions dites “dominantes”, qui rejettent leur composante syncrétique.

Quelle perspective ouvre la reconnaissance du Maloya pour l’avenir ?


- C’est une avancée majeure, qui en appelle d’autres. Le Maloya d’aujourd’hui est devenu profane, et est partagé à l’échelle de toute notre société. Mais cela ne doit pas occulter sa part sacrée, qui demeure au cœur des pratiques du Maloya, le font vivre, et vit dans le cœur des gens. Il reste un long chemin à parcourir, pour que ces expressions sortent elles aussi du fénoir. De nouveaux combats doivent être livrés, pour assurer à cette forme d’expression populaire et religieuse, l’accès sans préjugé à l’espace public et pour être reconnue pour ce qu’elle est : une religion réunionnaise… Sans pour autant la noyer dans le folklore et la transformer en bien de consommation. Plus profondément encore, il reste à révéler ce qu’il y a de philosophie, de conception du monde derrière les servis Maloya.

Propos recueilli par Geoffroy Géraud


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