L’invité(e)

« Le plus important demeure la mobilisation de toutes les forces économiques et sociales »

Younous Omarjee, colistier du député européen Elie Hoarau

Geoffroy Géraud-Legros / 28 juillet 2010

Colistier de l’Alliance des Outre-mers conduite par Élie Hoarau, Younous Omarjee revient sur les enjeux de la dernière assemblée parlementaire paritaire ACP/UE qui s’est déroulée aux Seychelles. Il apporte un éclairage sur la manière dont La Réunion peut faire entendre sa voix dans les discussions qui fixent les règles du commerce international.

Younous Omarjee, vous avez participé à l’APP des Seychelles, en compagnie d’Elie Hoarau. Quels enjeux étaient au centre de ce rassemblement ?

— L’Assemblée parlementaire paritaire ACP/UE avait à connaitre des enjeux aussi bien globaux que spécifiques à l’Afrique de l’Est et l’océan Indien.
Enjeux globaux avec les conséquences de la crise multiforme dans laquelle le monde est aujourd’hui plongé. Crise économique et financière, crise alimentaire, crise énergétique, crise écologique. Une véritable crise à notre sens de civilisation qui appelle une ré-interrogation profonde sur les politiques d’aide au développement des pays africains. Aux deux-tiers de la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, 7 objectifs sur 8 n’ont pas été atteints. C’est un échec flagrant d’une certaine vision selon laquelle le salut de l’Afrique passe par son insertion, quel qu’en soit le prix, dans un grand marché mondial. Si la réalisation d’unions économiques, monétaires et douanières en Afrique peut s’avérer à terme nécessaire, cela ne doit pas constituer une fin en soi. La finalité, c’est bien le développement de ces pays et le bien-être des populations, non la recherche pour l’Union Européenne de nouveaux marchés. Nous avons plaidé aux Seychelles pour que, dans ce monde nouveau qui condamne les politiques suivies jusqu’à ce jour, les objectifs, par exemple autosuffisance alimentaire, d’autonomie énergétique, ne soient pas perdus de vue.
Enjeux globaux également avec la question des changements climatiques qui étaient à l’ordre du jour. Elie Hoarau a rappelé l’importance de maintenir avant Cancun une position forte et solidaire des PMA et des Petits États insulaires en développement en faveur de l’octroi de moyens ambitieux en termes d’adaptation au changement climatique.
Enjeux spécifiques aussi à notre zone de l’océan Indien et à celle de l’Afrique de l’Est avec les questions des APE, des accords de pêche, de la piraterie et des Chagos sur laquelle les parlementaires africains et européens ont à l’unanimité reconnu le retour des Chagossiens sur leurs terres comme un droit.

Via les relations Europe-ACP, (APE) la mondialisation est aux portes de La Réunion. Quelles seront les conséquences de cette évolution ?

— L’Assemblée parlementaire paritaire ACP/UE est en effet chargée, depuis la signature récente des Accords de Cotonou révisés à Ouagadougou, du suivi des négociations des APE.
Pour cette grande zone de l’Afrique de l’Est et océan Indien, c’est pas moins de 3 APE qui sont en discussion, avec pour ce qui concerne La Réunion un APE intérimaire signé et des négociations qui se poursuivent jusqu’à la signature d’un APE complet.
Il va de soi que la libéralisation totale des échanges va emporter des bouleversements encore insoupçonnés et appellera des révolutions sur tous les plans. Sortir des logiques de protection pour gagner l’esprit de conquête n’est pas en soi chose aisée ; avec les APE, les acteurs de La Réunion seront appelés à ce pari difficile. D’autant plus compliqué que nous avons le sentiment que la logique même des APE telle qu’envisagée jusqu’à ce jour, et plus largement la libéralisation des échanges, concourt à une mise en concurrence globale des uns contre les autres, des faibles contre les faibles, au bénéfice d’intérêts puissants et extérieurs aux pays concernés. La Réunion est inscrite dans ce système, un peu malgré elle. Ce système selon lequel l’économie est devenue la poursuite de la guerre par d’autres moyens. Au moment où l’Afrique fête les indépendances, cela est matière à réflexion.

Comment la voix de La Réunion peut-elle se faire entendre dans la perspective des APE ?

— Elie Hoarau n’a cessé depuis son élection de multiplier les initiatives pour que La Réunion ne soit pas prise en otage dans le grand marchandage mondial qui s’opère sous nos yeux, et souvent à notre détriment.
Ainsi nous militons auprès de la Commission pour que d’une manière ou d’une autre, La Réunion puisse participer aux négociations à venir sur les APE et qui concernent la partie Services. Nous avons obtenu un résultat significatif puisque la Commission commerce international, seule en charge des négociations pour l’Union Européenne, n’a pas exclu que La Réunion puisse participer à ces négociations pour peu que la France en fasse la demande. La balle est donc dans le camp du Gouvernement. Nous avons également fait une série de propositions pour que l’Union Européenne prenne en compte nos intérêts spécifiques. Pour la partie Services, où nous avons une carte à jouer, nous proposons la création, dans les APE, d’un marché intrarégional spécifique et exclusif entre RUP et ACP. C’est une bataille difficile, mais que nous menons avec constance depuis juin 2009. Nous demandons aussi, et le Président Barroso a semblé ouvert à cette demande, la mise en œuvre d’une étude d’impact préalable qui permettra d’approcher plus clairement les conséquences de cet accord sur notre économie.
Pour se faire mieux entendre, les députés des RUP se sont aussi constitués en "Conférence des députés des RUP." Mais le plus important demeure la mobilisation de toutes les forces économiques et sociales.

Propos recueillis par GGL


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