L’invité(e)

« Le Tram-train est un moyen de transport complet »

Marie Pierre Hoarau, membre de l’Alliance

Céline Tabou / 9 juin 2010

Supprimer le Tram-train va aggraver les inégalités entre ceux qui ont les moyens de se payer un véhicule particulier et ceux qui n’ont pas de revenus suffisants pour le faire. Rechercher du travail sans automobile sera encore plus difficile, et le pouvoir d’achat des Réunionnais contraints d’utiliser l’automobile va encore diminuer.

Quel peut être l’impact de l’arrêt du Tram-train pour les familles qui ne possèdent pas de véhicule particulier ?

- De toute façon, il y a deux cas. D’un côté, les familles qui n’ont pas de véhicule auraient pu profiter d’un moyen de transport en commun de qualité, comme le Tram-train, pour se déplacer ou chercher du travail. De l’autre, les familles possédant un véhicule voient leur budget automobile s’alourdir d’année en année, notamment avec la hausse du prix du carburant, les assurances, et les coûts de réparation. Utiliser un transport collectif comme le Tram-train aurait été une bouffée d’oxygène sur le pouvoir d’achat de ces ménages. Celles-ci auraient pu utiliser le budget alloué à la voiture dans d’autres secteurs comme les loisirs, l’habillement, etc.
De plus, dans ces deux cas, certaines familles font partie des 52% de la population vivant sous le seuil de pauvreté, qui sont obligées d’avoir un voiture pour aller travailler, ou pour chercher du travail. Le coût d’un abonnement au Tram-train est moindre par rapport à celui de la voiture, au quotidien. L’impact de la suppression du Tram-train est considérable pour les foyers Réunionnais.

Avec l’arrêt du Tram-train, quand la route des Tamarins connaitra-t-elle une saturation, comme c’est le cas pour la route du Littoral ?

- Rapidement, on le voit déjà aux heures de pointe, le soir et le matin. Tous les habitants de l’Ouest le disent, la route des Tamarins ne permet plus de gagner du temps, puisqu’il y a des bouchons le matin et le soir. On le voit aux sorties de la Route des Tamarins à Saint Paul, au Port, à La Possession, les voitures roulent vite, mais cela bouchonne à ces sorties. Il en est de même du côté Saint-Denis-Saint-Paul. On rencontrera ce même phénomène avec la nouvelle route du Littoral en deux fois trois voies, il s’agit de la même logique. Les voitures roulent vite, et aux embouchûres elles bouchonnent.
Le fait de faire de belles routes ne va pas résoudre les problèmes de circulation de l’île. Le Tram-train est un transport en commun propre, qui permet de déplacer des centaines de personne en un labs de temps assez court. C’est un aménagement équilibré du territoire.

Comment structurer une Réunion d’un million d’habitants sans Tram-train ?

- Cela risque d’être très difficile, parce que 2025, c’est dans quinze ans. Un million d’habitant, cela veut dire 160.000 logements en plus, des écoles, des routes et des infrastructures à construire. 40% du territoire est en parc national, 50.000 hectares sont destinés à l’agriculture et ses dérivés, doivent être protéger. Il reste alors peu d’espace, et l’île n’est pas extensible. Il est donc important de développer un moyen de transport pouvant déplacer un maximum de monde, de la meilleur manière, et dans un temps acceptable.
Il s’agit également d’aller chercher les gens là où ils sont. Le Tram-train répond à une logique d’aménagement territorial, car il prend en compte les zones d’habitations, les services et les administrations. C’est une infrastructure complète, tant parce que le déplacement se déroule dans des conditions intéressantes, le coût du Tram-train est moindre par rapport à la voiture, et parce que c’est un outil structurel d’aménagement permettant la liaison entre les habitations, les services et l’administration.
Mais, le Tram-train est aussi un atout pour le tourisme. Les 100.000 touristes supplémentaires attendus d’ici 2020 vont devoir rester bloqués une partie de leur temps dans les embouteillages. En effet, on reproche très souvent à La Réunion ses difficultés de transports en communs. Le Tram-train propose un désenclavement, et un aménagement des Hauts, permettant aux touristes de se rendre dans plus belles zones reculées de La Réunion. De plus, le Tram-train est une infrastructure de développement durable, répondant aux critères environnementaux. C’est ce qu’on appelle une infrastructure structurelle car elle répond à de nombreux critères.

Propos recueillis par Céline Tabou


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