L’invité(e)

« Les “bus Robert” menacent les voitures, les taxis, les transporteurs. Ça va saigner ! Et qui va payer ? »

Pierre Vergès, élu responsable du Tram-train dans l’ancienne majorité

Geoffroy Géraud-Legros / 30 juillet 2010

Pierre Vergès apporte un éclairage sur le projet de 2.000 bus de Didier Robert et Mme Couapel Sauret.

Pierre Vergès, hier, au cours d’une conférence de presse, vous avez été très critique envers le projet du Trans-éco-express. Une revanche à prendre contre les bus ?

— Non. Et l’équipe en place le sait très bien : nous avons toujours été partisans d’une utilisation combinée du Tram-train et des bus, et de la nécessité de l’organiser en concertation avec ce que l’on nomme les Autorités organisatrices de transports, les AOT. C’est-à-dire les Intercommunalités et le Département. Mais il ne s’agissait pas pour nous d’établir une concurrence entre les bus et le Tram-train. Notre but était d’apporter une valeur ajoutée en transports collectifs, dont tout le monde puisse bénéficier. Tous contre tous sur la route, c’est la morale du Trans-co-express. Ce n’est pas la nôtre.

En quoi le Tram-train est-il différent des bus ?

— Par nature, le Tram-train n’est pas soumis aux aléas de la circulation. Il offre la garantie d’un transport attractif, ponctuel et confortable, transportant bien plus de voyageurs que les bus. Le trafic automobile n’est pas un problème pour lui, ni avant les villes, ni au centre des villes. Pour ce qui est du projet des 2.000 bus, on apprend de la bouche même de ceux qui le défendent qu’ils ne circuleront en voie réservée QUE là où c’est possible. Non seulement cela ne cadre pas avec la promesse de départ, mais comment faire ? Pour les routes nationales, Didier Robert se fait fort de prendre sur les routes déjà existantes. En ville : ce sont les communes qui vont être mises à contribution, et payer l’addition. Et les automobilistes dans tout cela ? Et les taxis ? Ce sont eux qui hériteront des nuisances de cette occupation de la route. Les “bus Robert” menacent les voitures, les taxis, les transporteurs. Ça va saigner ! Et qui va payer ?
À cela il faut ajouter le brouillard complet qui règne sur l’identité des fameux « 2.000 bus ». On ne comprend tout simplement pas de quoi ce projet va être fait en réalité. Car, concrètement, combien de bus ? Quels bus ? Ces 2.000 bus vont-ils venir en renfort de ceux qui existent déjà ? Vont-ils remplacer ceux qui sont sur les routes ? Qu’en pensent les transporteurs qui font aujourd’hui rouler les bus ?

… justement, nous avons cru comprendre qu’ils seraient aidés pour acquérir le matériel ?

— Oui, mais qui paiera ? La saturation occasionnée par les bus mélangés aux transports va déjà nuire aux citoyens dans leurs déplacements, aux artisans des taxis dans leur travail, aux transporteurs en général. Et que dire du transport de marchandises ? Cerise sur le gâteau, ce sont les Autorités organisatrices de transport (AOT) qui vont devoir mettre la main à la poche. Et en sortir, semble-t-il, des sommes considérables. Sur ce plan, je suis sidéré par Mme Couapel-Sauret, chargée du dossier : si j’en crois ce que j’ai lu dans la presse, elle utilise envers les communes et le Département un ton proche de la menace, disant par avance que ceux qui refuseront de se plier à ses quatre volontés devront « rendre des comptes ». On croit rêver ! Est-ce de cette manière que la nouvelle équipe envisage la « concertation » ?

Geoffroy Géraud-Legros


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