L’invité(e)

« Les choses doivent avancer, cela n’est plus possible »

Jacky Balmine, secrétaire général de la CGTR-BTP

Céline Tabou / 10 septembre 2010

Jacky Balmine décrit les conséquences d’une crise sans précédent provoquée par des décisions politiques.

Est-ce que l’on a déjà eu des salariés et des patrons s’allier pour manifester ?

- Non, c’est une première. Mais nous avons fait la tournée des responsables politiques pour finir à la Préfecture l’an dernier, mais nous n’avons pas été entendus. Aujourd’hui, on est seulement dans la continuité des mobilisations du 19 et 31. La seule différence est qu’aujourd’hui les patrons ont pris conscience de l’ampleur de la crise. Je me demande toutefois, est-ce que les choses auraient été les mêmes si les choses avaient pu être avancées au moment ou nous tirions la sonnette d’alarme. Nous aurions pu avoir de meilleures réactions, cependant, je félicite tout le monde pour cette mobilisation, et prise de conscience. Car nous sommes à bout, s’il n’y a plus d’activité, il n’y a plus d’emploi, et donc des milliers de personnes au chômage.

Est-ce que le BTP a déjà vécu une crise aussi grave ?

- Non, on n’a jamais vu une crise aussi grave, bien que la crise soit aussi mondiale, et européenne. À chaque élection, les politiques arrêtent des chantiers, sans nous donner d’alternative pour y faire face. Par exemple, le Trans Eco Express, promit par Didier Robert n’est pas un projet concret, car il est encore en étude, il faudra attendre deux à trois ans, mais d’ici la, on fait quoi. Si les grands chantiers n’avaient pas été arrêtés, la crise ne serait pas autant aggraver.
Si autant de milliers de personnes avaient perdu directement leur emploi en France, je ne pense pas que l’État aurait laissé la situation s’enliser. Nous demandons une adaptation à la situation économique réunionnaise, le BTP est le principal employeur de l’île, nous sommes un secteur important. La Réunion a besoin de logements sociaux, près de 25.000 personnes attendent des logements sociaux, la construction d’un logement social correspond à un emploi et demi.
Les politiques sont en train de tuer la branche, il faut se mettre au travail de suite. C’est pour cette raison que j’attends de voir quels vont être les mesures prises par Margie Sudre (nouvelle présidente à la Commande publique). Nous demandons également un moratoire d’aide aux salariés du BTP, afin qu’ils soient tout de même payés.

Quels sont selon vous les chantiers qui pourraient relancer le secteur ?

- Le Tram-train, le Zénith qui a démarré avec la construction d’un parking, mais qui a été subitement stoppé, le Pôle océan, débuté puis arrêté net, pareil pour la Rocade du Tampon. Tous ces chantiers ont été stoppés net, et nous n’avons pas eu d’alternative pour pouvoir garder une activité, et rémunérer nos employés, et nous-mêmes.
J’ai l’impression que personne ne prend la mesure du drame que l’on vit, c’est grave. Si rien n’est fait rapidement, nous sommes prêts à aller plus loin : mobilisation, blocage... Le préfet devra nous entendre et agir.

Propos recueillis par Céline Tabou


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