L’invité(e)

Les pays du Sud ne réclament pas une aide, mais la réparation

Manuel Marchal, envoyé spécial de "Témoignages" à Copenhague

Jean Fabrice Nativel / 12 décembre 2009

Manuel Marchal revient sur quelques points qui ont marqué la première semaine de négociations à Copenhague.

Vous suivez de près ce rendez-vous de Copenhague depuis son début, lundi. Quel est votre sentiment au bout de cette première semaine de débats ?

- Mon sentiment, c’est que la conférence dévoile trois lignes. Les États-Unis et à un degré moindre l’Europe qui veulent limiter leur effort dans le domaine de la réduction des émissions, ainsi que dans le financement du fonds d’adaptation ; les pays émergents et le G-77 qui souhaitent des objectifs plus ambitieux de la part des pays du Nord et mettent en avant le concept de la responsabilité historique des pays riches dans l’aggravation de la situation. Troisième position, celle des pays insulaires et littoraux qui ont besoin d’une réduction très importante des émissions de gaz à effet de serre pour survivre.

Qu’est-ce qui a retenu votre attention ?

- Ce qui retient avant tout l’attention, c’est l’importance considérable de ce rendez-vous pour tous les pays participants, de Tuvalu et ses 10.000 habitants, à la Chine et ses 1,3 milliard de citoyens en passant par les 500 millions de l’Europe. 110 chefs d’États et de gouvernement seront là jeudi et vendredi. C’est bien la preuve que les effets du changement climatique impliquent les décideurs de plus haut niveau de chaque pays.
D’ailleurs, ces négociations concernent directement les intérêts de chaque pays. C’est pour cela sans doute qu’hier, un palier a été franchi avec l’intervention du Vice-ministre des Affaires étrangères de la Chine.

Qu’est-ce qui vous a surpris ?

- J’ai été très étonné par la manière dont les Européens ont mené leur négociation en début de semaine, en focalisant leur attention sur la Chine. Un de leurs négociateurs a même déclaré qu’un pays qui a une forte croissance économique n’est pas une aide pour le climat. Je pense que du côté de l’Europe, certains oublient un peu vite que cette croissance économique élevée permet à des centaines de millions de personnes de sortir de la pauvreté. J’ai en face de moi trois journalistes chinois, seraient-ils présents à Copenhague si les dirigeants de leur pays n’avaient pas misé sur la croissance pour faire reculer rapidement la pauvreté en Chine ?
Je pense aussi que le monde change et c’est particulièrement visible à cette conférence. Les rapports de forces ne sont plus les mêmes, et c’est à chacun de s’adapter à cette nouvelle donne, même si cela doit entraîner de difficiles remises en question.

Selon vous, comment s’annonce cette seconde semaine avec l’entrée en scène des pays, notamment d’Amérique du Sud ?

- Elle s’annonce décisive. Tout le monde pousse pour un accord, que cela soit au sein des ONG, de la société civile et des délégations officielles. Il apparaît clairement que pour les pays en développement, dont la Chine fait partie, c’est un nouveau concept qui est en train d’être formulé : celui de la dette climatique. Il se base sur la responsabilité historique des pays riches dans le déclenchement du changement climatique. La prise en compte de ce concept retourne les termes de la négociation.
Les pays du Sud ne réclament pas une aide, ils militent pour la traduction dans la loi internationale d’un droit à la réparation. C’est une avancée considérable.

D’après vous, les expériences menées à La Réunion en matière de développement, peuvent-elles être des sources d’inspiration dans d’autres pays ?

- L’aggravation de la situation et des prévisions entraîne une réévaluation des efforts. Quand un pays comme la Chine annonce une réduction de 45% de ses émissions pour 2020, il lance une dynamique qui doit l’amener très loin. Le Danemark, pays hôte de la conférence, vise quant à lui l’autonomie énergétique en 2050. À travers ces deux exemples, force est de constater que la stratégie lancée en 1999 par la Région est une expérience qui peut intéresser le monde.
Aucun pays ne s’est en effet fixé un objectif d’autonomie énergétique pour 2025 avec un tel contexte démographique. En effet, d’ici 2025, la population de La Réunion augmentera 25%, et donc ses émissions de gaz à effet de serre devront diminuer de 100%.

Jean-Fabrice Nativel 


Domin… la finale du championnat de La Réunion de moring au Centre régional de moring à la Marine Sainte-Suzanne.
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