L’invité(e)

« Les politiques du gouvernement vont à l’encontre de la volonté du peuple et de la dignité humaine »

Béatrice Leperlier, conseillère régionale du groupe Alliance

Geoffroy Géraud-Legros / 12 août 2010

À l’occasion d’un entretien accordé à "Témoignages" sur la construction annoncée de l’antenne internationale du Tampon, Béatrice Leperlier, conseillère régionale au sein du groupe Alliance, a évoqué les orientations politiques engagées par le gouvernement. Des politiques anti-sociales, qu’elle a vivement condamnées.

La Région a annoncé hier la construction d’une antenne universitaire internationale. L’AJFER a exprimé sa satisfaction. Pourquoi ?


- Le développement de l’Université de La Réunion et plus particulièrement du campus du Tampon est primordial. Il s’articule autour de nombreux enjeux. En premier lieu, il s’agit de répondre à la poussée démographique : le nombre de jeunes en âge d’être dans l’enseignement supérieur va s’accroître : il est essentiel que ces jeunes puissent accéder à la formation et aux diplômes, meilleurs armes pour trouver un emploi. Quand on connaît les coûts d’une inscription sur le campus du Moufia pour les sudistes, toute mesure visant à développer le campus Sud est une bonne chose. C’est aussi un bon point pour le lancement de différentes dynamiques comme la promotion des filières présentes uniquement dans le Sud (STAPS, Génie civil, Génie urbain) notamment des ouvertures de filières encore trop peu nombreuses sur ce site.
D’autre part, la construction d’une résidence d’accueil internationale est une réponse concrète aux enjeux de co-développement avec les pays de la zone. Confrontés à de nombreuses problématiques communes, l’accueil d’étudiants, enseignants et chercheurs de l’océan Indien encourage la mutualisation des moyens, outils et travaux de recherche, le tout dans l’intérêt général des populations.

Cette idée ne date pas d’hier… pouvez-vous en retracer l’histoire ?

- Le projet de résidence d’accueil international figure dans le programme opérationnel européen, négocié entre les collectivités et l’Europe en 2006, pour la période 2007-2014.
Nous sommes ici dans les orientations stratégiques décidées par l’ancienne majorité au Conseil régional, notamment dans le but de conforter La Réunion en tant que pôle d’excellence, et accentuer le rayonnement de l’île dans tout l’océan Indien.
La Région Réunion est maître d’ouvrage sur ce projet qui s’est construit autour d’un partenariat indispensable entre l’Europe, la Région et la commune du Tampon.
Aussi, en décembre 2009, la commission permanente a approuvé un programme de travaux. À nouveau réunie mardi, le projet a franchi une nouvelle étape, avec sa concrétisation physique.
La nouvelle majorité régionale a donc décidé sur ce dossier de poursuivre les orientations stratégiques réfléchies et définies par les élus de l’Alliance à l’époque.

Le communiqué de l’AJFER est critique quand aux orientations actuelles du gouvernement. Quelles conséquences craignez-vous pour la jeunesse ?


- Effectivement, nous devons avoir une vision globale de l’éducation. Si, sur le plan local, la nouvelle majorité à la Région n’a pour une fois pas démoli un projet déjà ficelé par l’ancienne équipe, on n’oublie pas les graves atteintes qui sont portées contre les jeunes par le gouvernement UMP. Un parti groupe auquel appartient aussi la majorité régionale, et qui compte parmi son bureau national le président de Région Réunion. Celui-ci est donc en parfait accord avec le sacrifice annoncé de toute une génération.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : réforme des universités, masterisation, fermeture des IUFM, baisse des postes dans l’éducation, diminution des aides sociales à destinations des étudiants, augmentation des frais d’inscription, de la cotisation à la sécurité sociale étudiante, des bourses non revalorisées à la hauteur du coût de la vie qui explose, manque de logements, chômage de masse qui laisse indifférent le gouvernement... Rien n’est fait aujourd’hui pour accompagner et protéger des milliers de jeunes. Pourtant, ils sont l’avenir. Au contraire, on ne cesse, sous couvert de la crise, de faire des économies sur notre dos ! Pire, pendant ce temps, on donne des milliards aux banques et aux plus riches. Ainsi, le fossé entre les plus riches et les populations les plus fragiles (majoritaires) ne cesse de s’agrandir.
C’est l’annonce d’un scénario catastrophe et c’est nous, les jeunes, qui en paieront le prix fort et ce pour plusieurs années ; c’est notamment le cas pour la réforme des retraites, une remise en cause des principes fondamentaux qui régissent notre société : égalité, solidarité, répartition des richesses.
Qui ne dit mot consent : on ne peut cautionner le sacrifice de toute une génération. L’Histoire nous montre que les jeunes ont su se mobiliser lorsque cades atteintes étaient portées à leurs droits et à leur avenir. Mais ce pour quoi j’éprouve encore une plus grande inquiétude ce sont les risques de désordre social. D’autres avant nous se sont battus et il est d’ailleurs de notre responsabilité aujourd’hui de poursuivre ce e politique de pouvoir de plus en plus extrémiste, qui impulse des politiques gouvernementales qui vont à l’encontre de la volonté du peuple et de la dignité humaine.

Geoffroy Géraud-Legros


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