L’invité(e)

« Nous devons réinventer un nouveau mode »

Maurice Cérisola, président de l’ADIR

Témoignages.re / 1er septembre 2009

Deux jours après la signature à Maurice d’un Accord de partenariat économique intermédiaire entre Madagascar, Maurice, les Seychelles, le Zimbabwe et l’Union Européenne, Maurice Cérisola, président de l’Association pour le développement industriel de La Réunion (ADIR), tire les premiers enseignements de ce changement fondamental dans les relations entre La Réunion et ses voisins.

Que vous inspire la signature de cet APE intermédiaire ?

- La Réunion est en permanence entre deux chaises, elle devra prendre ses responsabilités. Nous sommes une région de l’Union Européenne, et en même temps nous sommes ultrapériphériques, et donc nous sommes en permanence dans l’adaptation.
Dans les ateliers des États généraux, nous défendons le produire local, tout en veillant à ce que les créations d’emplois soient maximisées. Le choix, c’est de produire, de travailler et d’être dans l’Europe.
Il y a quelques mois, on avait peur de tout et la tendance était au repli protectionniste. Mais on s’est aperçu que dans certains domaines, on est capables d’être compétitifs.
Je citerai l’exemple des Brasseries Bourbon, où l’arrivée sur le marché d’un produit concurrent venu de Maurice a amené des changements. La concurrence a stimulé.
En conclusion, je pense qu’il faut à la fois protéger l’industrie locale et ne pas avoir peur de la concurrence. COGEDAL est l’unique meunier de l’île, c’est une symbolique forte, et qui peut imaginer une île d’un million d’habitants sans meunier ? Or, COGEDAL est menacé par des farines importées. C’est un exemple qui montre l’importance de protéger l’industrie locale. Mais l’ouverture ne doit pas nous faire peur, si nous sommes à armes égales.

Les pays signataires de l’APE avec l’Europe ont des coûts de production inférieurs aux nôtres. Comment être à armes égales ?

- Depuis quelques jours à l’ADIR, nous travaillons sur la taxe carbone. C’est une charge supplémentaire que nos pays vont connaître.
Cela souligne que nous sommes obligés d’être exemplaires dans le développement durable, et dans l’accompagnement du développement de nos voisins. La coopération régionale est essentielle, tout comme la dynamisation de la COI. Au moment où arrivent ces changements, nous avons la charge immense d’une population dont la moitié est jeune et veut travailler.
Nous devons réinventer un nouveau mode. Par exemple, il serait bon de revoir et d’adapter le Code des marchés publics à notre situation.
Il faut ne pas avoir l’air d’être des mendiants et se prendre en charge au maximum. Nous ne devons pas être des spectateurs, et cela, on ne l’a pas encore compris complètement.
La prise en compte du sérieux de la situation amène à jouer groupés : État, Région, Département, acteurs de l’économie marchande et solidaire. Nous avons des atouts : les énergies renouvelables, l’Université, les laboratoires. Mais à mon sens, ils ne sont pas valorisés comme ils devraient l’être.
En tant que président de l’IAE, je suis navré que nous n’arrivions pas à avoir des échanges plus importants avec Maurice dans les formations liées à l’administration des entreprises, au monde des affaires. Les enseignants devraient avoir une bivalence La Réunion-Maurice, et les étudiants réunionnais devraient partir à Maurice et les étudiants mauriciens venir ici.

Que pensez-vous de l’absence de Réunionnais à la signature de l’APE intermédiaire samedi dernier à Maurice ?

- C’est catastrophique, c’est impensable. Je constate la même chose quand des officiels français font des déplacements dans l’Hémisphère Sud. Ils amènent avec eux des représentants d’entreprises, mais ils n’adressent jamais d’invitation au monde économique de La Réunion, alors que nous sommes dans l’Hémisphère Sud.
À Paris, on aime La Réunion, mais on garde toujours ce côté condescendant où on dit en substance que nous avons toujours besoin de quelqu’un pour nous aider à faire.
Lors des États généraux de l’Outre-mer, nous avons affirmé qu’il est inutile de parler de coopération régionale si La Réunion n’est pas dans les décisions. Ce n’est pas pour dire que La Réunion est au centre du monde, mais nous ne devons pas être absents comme cela a été le cas samedi.

Propos recueillis par Manuel Marchal



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Messages






  • Un nouveau mode : européen, quelle mode : française ; à la mode ; réunionnaise, et, comme tout effet de mode, il n’en restera plus rien, sauf des paroles, paroles, paroles,

    De toute façon, déjà,

    - en tant que Président de l’Association pour le développement industriel de La Réunion (ADIR) : On ne vous considère pas,

    - en tant que Député Européen, Elie Hoarau : on ne l’invite pas

    - en tant que Député Français, Mme Huguette Bello ; on ne lui répond pas aux questions relatives à notre situation de région ultra-périphérique concernant tout au moins à l’étendue marine.

    "KOMAN OU Y VEU KE LE Péi Y DéVELOP"  ?????

    Article
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