L’invité(e)

« Nous sommes des frères d’avenir »

Sergine Kokason, membre du comité directeur du Parti socialiste guyanais

Manuel Marchal / 24 novembre 2011

Membre du Comité directeur du Parti socialiste guyanais, Sergine Kokason était colistière d’Élie Hoarau lors des élections européennes de 2009. Actuellement chargée de mission sur la Collectivité unique de Guyane, elle participe à La Réunion au séminaire Convergence où elle a présenté une communication sur la Croissance inclusive.

Sergine Kokason, dans quel contexte se situe votre participation au séminaire annuel des Régions ultrapériphériques de l’Union européenne ?

- C’est un contexte difficile. La Guyane connaît une importante croissance démographique. Entre 2007 et 2013, le Conseil général a programmé la construction de 7 collèges, c’est un investissement de 60 millions d’euros. Notre population va passer de 220.000 à 424.000 habitants en 20 ans. Nous avons des atouts, mais ils ne bénéficient pas à la population.
La découverte récente de pétrole au large de la Guyane a de nouveau démontré tout le potentiel dont nous pouvons disposer. Mais lorsque l’on compare la Guyane avec ses voisins, c’est-à-dire le Surinam et ses 490.000 habitants, et l’État brésilien de l’Amapa et ses 492.000 personnes, le rapport de l’exploitation des richesses du pays est de 1 à 10.
Nous avons pourtant un riche potentiel dans les énergies renouvelables. Nous avons du soleil, des fleuves. Le Conseil général doit dépenser chaque année 80 millions d’euros pour le transport public. Une part importante de cette dépense vient du prix du carburant. En réussissant à relever le pari des énergies renouvelables, nous pourrons faire d’importantes économies et créer des emplois en Guyane. Pourquoi ne pas construire dans notre pays une usine de voitures électriques ?

La Guyane, c’est aussi le Centre spatial guyanais à Kourou, quelles retombées pour le pays ?

- Kourou, c’est l’image de l’excellence européenne, un milliard de chiffres d’affaires pour le centre européen. Les Russes viennent de lancer leur premier Soyouz depuis Kourou. Ils annoncent un chiffre d’affaires de 250 millions d’euros. La Guyane est donc un lieu stratégique.
Mais peut-on dire que les Guyanais sont satisfaits du spatial ? Toutes les activités sont défiscalisées, et donc, aucune recette directe pour les collectivités.
Les retombées sont indirectes, dans les activités que les entreprises du spatial veulent bien aider. Il n’y a donc pas de recette prévisible et arrêtée que la Guyane peut tirer du spatial.

Où en est le projet de Collectivité unique ?

- En 2010, le gouvernement a accordé aux Guyanais un référendum pour qu’ils déterminent s’ils restent dans le cadre de l’article 73 ou évoluent vers l’article 74. Puis 15 jours plus tard, une autre consultation proposait la fusion des Conseils régional et général en une seule collectivité.
Nous revendiquons une collectivité unique, mais avec des moyens supplémentaires, des outils pour maîtriser nous-mêmes nos ressources. Dans l’état actuel, la future Collectivité unique de Guyane regroupera les compétences des deux assemblées. La loi organique 2011-883 prévoit l’habilitation et l’expérimentation. Mais les domaines sont limités, et nous devons demander à chaque fois l’autorisation à expérimenter, cette autorisation n’est valable que quelques années.
Nous ne voulons pas être traités comme tous les autres. Nous avons des défis très importants : emploi, logement, démographie. Le problème de l’immigration a des impacts dans tous les domaines, mais cela n’est pas de notre compétence.
Nous avons des atouts à valoriser, comme la forêt amazonienne, un grand puits de carbone qui peut rapporter l’équivalent du budget du Conseil régional. Mais les Guyanais ne voient rien de cette richesse.
Ce pays sert à tout le monde, mais la population n’a pas accès aux bénéfices .

Propos recueillis par M.M.


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