L’invité(e)

« On ne peut pas considérer le logement social comme une marchandise »

Serge Incerti-Formentini, président national de la Confédération nationale du logement

Témoignages.re / 7 novembre 2011

Serge Incerti-Formentini, président national de la Confédération nationale du logement (CNL), a participé, samedi 29 octobre à Saint-Denis, à la 1ère Rencontre du logement 2011 organisée par la CNL–Réunion. Il estime que l’on ne peut « pas considérer le logement social comme une marchandise » ; dénonce le pillage du 1% locatif et la baisse de la Ligne budgétaire unique (LBU). Enfin, il annonce que la CNL va prendre plusieurs initiatives pour tenter de mettre le logement social dans le débat de la campagne de l’élection présidentielle.

Témoignages : En quoi le logement social n’est-il pas une marchandise ?
Serge Incerti-Formentini : — Le logement social n’est pas un bien de consommation ordinaire. C’est un besoin vital comme la santé, l’éducation, l’emploi… on ne peut donc pas le considérer comme une marchandise. Le logement social entre dans une politique publique générale. Il existe un droit au logement pour tous nos concitoyens et particulièrement pour ceux qui ont le plus de mal à se loger. Avec la crise, l’accession à un logement est devenue encore plus difficile. Nous militons pour un grand service public du logement social, décentralisé, avec un engagement financier ferme de l’État pour répondre aux besoins.

Vous avez évoqué le pillage du 1% locatif et le risque de voir le dispositif de l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine) manquer de financement d’ici un an ou deux. Pouvez-vous préciser comment on en est arrivé là ?

- En 2005, le gouvernement a mis en place l’ANRU. Il a engagé un programme qu’il a qualifié d’« ambitieux ». En fait, pour donner à cette agence les moyens de cette « ambition », il a pris des fonds dans le 1% locatif jusqu’alors réservé à la construction de logements sociaux pour loger les travailleurs : 11 milliards d’euros au total. Une moitié a été à l’ANRU et l’autre moitié au logement privé. C’est un détournement de fonds ; un véritable hold-up. Aujourd’hui, le 1% locatif est sur le point d’être mis en cessation de paiement.

Le logement social est, avec le chômage, le problème récurrent des Réunionnais. Après votre visite, quel regard portez-vous sur cette question ?

- Personne ne le conteste. Toutes les enquêtes le confirment. Après l’emploi, le logement est l’une des préoccupations des citoyens. Depuis 2007, le gouvernement s’est livré à une véritable casse du logement social. Cela a permis au secteur privé de prendre le dessus. Ce qui a eu pour conséquences une augmentation des loyers et une raréfaction des logements sociaux. Il n’y a pratiquement plus de régulation. Il est même difficile pour un couple de cadres de se loger. Nous devons inscrire la problématique du logement social comme une priorité pour répondre à une demande de plus en plus sociale.

Vous avez affirmé que les loyers des logements sociaux sont plus chers à La Réunion qu’à Paris. Comment expliquez-vous cela ?

- Dans les rencontres que nous avons eues avec les locataires ces derniers jours, nous avons pu constater qu’un certain nombre de loyers des logements sociaux étaient aussi chers, voire plus, que dans le privé. Il faut engager une grande politique du logement social. Cela ne dépend pas seulement des bailleurs, mais de l’engagement de l’État. Et nous constatons que pour 2012, la Ligne budgétaire unique (LBU) est en régression. On ne tient pas compte de l’inflation, des besoins et du nombre de demandes qui va augmenter.

Vous voulez mettre le logement social au cœur des débats des élections présidentielles. Quelle action la CNL envisage-t-elle de mener pour faire avancer cette orientation ?

- Le logement social doit être un des éléments du débat qui va s’engager. Le risque existe que cette question, comme en 2007, passe à la trappe. Nous prendrons en décembre prochain une initiative nationale. Un débat avec les formations politiques représentées au Parlement (tous les partis sauf le Front national) va être organisé autour du financement, de la démocratie, etc. Nous allons soumettre au débat une trentaine de propositions pour le court, le moyen et le long terme. Et nous continuerons d’agir avec des associations comme l’Abbé Pierre ou le Droit au logement. Nous nous situons dans une démarche citoyenne, participative. Nous souhaitons que les partis politiques s’engagent concrètement pour faire du logement social une priorité.

Correspondant


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