L’invité(e)

« On ne voit toujours rien venir »

Gilles Leperlier, Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi

Témoignages.re / 21 janvier 2010

Sur le terrain depuis de nombreux jours, les jeunes ont attentivement préparé la visite de Nicolas Sarkozy. Quelles ont été les actions menées durant les deux jours du séjour présidentiel, quel résultat, quel premier bilan ? 3 questions à Gilles Leperlier…

Quelles ont été les actions menées ces derniers jours ?

- L’Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi (AJFER) a mis en avant le mot d’ordre suivant : « priorité à l’embauche des Réunionnais ». Pour populariser cette revendication, nous avons lancé une campagne à l’échelle de l’île : collage massif d’affiches, diffusion d’un dépliant, communication par internet et — autant que cela a été possible — par voie de presse. Nous avons été présents sur tous les lieux de vie des Réunionnais : marchés etc. Cette campagne a reçu un accueil enthousiaste de la part de la population ; bien souvent, nous avons été interpellés, et les gens venaient d’eux-mêmes demander les dépliants aux militants de l’AJFER.

Vous avez été reçu par Maxime Tandonnet, conseiller auprès de Nicolas Sarkozy. Que ressort-il de cet entretien ?

- Il est évidemment positif que nous ayons été reçus. Ce qui est moins positif en revanche, c’est que la personne que nous avons rencontrée n’était pas très informée du dossier, mis à part sur certains points.
En particulier, nous avons eu confirmation de certains constats sur l’exclusion des Réunionnais dans le secteur public mais aussi dans le secteur privé. Le représentant de Nicolas Sarkozy que nous avons rencontré nous a assuré « comprendre » notre mobilisation. Le représentant du président a dit vouloir nous « écouter » : nous lui avons présenté nos revendications dans les domaines de l’emploi et la formation aux réunionnais. Qui s’en plaindrait ?
Seulement, les actes pèsent plus lourds que les paroles. Il manque aujourd’hui un agenda véritable de l’application des mesures du CIOM. De grands changements ont été annoncés il y a deux mois : on ne voit toujours rien venir, et lorsque celui qui a fait l’annonce vient, on a droit à des proclamations identiques et à des assurances… mais pas à grand-chose de concret.

Justement, que pensez-vous de la réaction des forces de police ?

- Très honnêtement, on peut qualifier leur attitude de brutale, de choquante et d’inacceptable. Les jeunes de l’AJFER et les syndicalistes n’ont à aucun moment usé de violence. Pour tout dire, l’ambiance était plutôt bon enfant. Il y avait là des représentants de tous ceux à qui les formules protocolaires ne permettent pas de s’exprimer.
Pour nous, il était symbolique de nous retrouver près de l’endroit où se déroulait le grand rassemblement. Voir ces policiers équipés comme s’ils avaient à faire à des émeutiers, c’était choquant. Les voir faire usage de chiens contre les Réunionnais, c’est inacceptable et insupportable. On se demande où peuvent naître des idées pareilles. Etaient-ils obligés de donner l’assaut ? De faire usage de lacrymogènes, contre des jeunes et des travailleurs qui se contenter de porter des banderoles ? C’est vraiment le point noir de cette visite.


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