L’invité(e)

Ti pa ti pa nou va arrivé !

Steeve Bourane, Docteur en neurobiologie et chercheur au Salk Institute de San Diego

Témoignages.re / 25 janvier 2010

Steeve Bourane est un jeune Réunionnais qui est devenu chercheur en neurobiologie. Il s’est spécialisé dans la recherche fondamentale sur les neurones. Après plusieurs années passées à l’INSERM de Montpellier couronnées par une publication dans “Neuron”, il va poursuivre ses recherches à San Diego, aux États-Unis, au sein du Salk Institute, une référence mondiale dans ce domaine. Au terme de ce parcours, Steeve Bourane souhaite revenir à La Réunion pour mettre toutes ses compétences au service du développement de son pays.

Quel a été le parcours qui vous conduit à aller travailler dans en Californie, dans le laboratoire fondé par le découvreur du vaccin contre la polio ?

- Après avoir obtenu mon bac en 1997, j’ai décidé d’aller poursuivre mes études à Montpellier. J’ai réussi un DEUG de Biologie, puis une licence et une maîtrise en Physiologie animale. J’ai ensuite passé un DEA en Neurobiologie et j’ai enchaîné sur la thèse. Je faisais ces recherches au sein de l’INSERM (Institut des neurosciences de Montpellier). Elles concernaient le système somatosensoriel, c’est-à-dire l’étude du touché, de la douleur. J’ai validé ma thèse en 2007, puis j’ai continué à travailler deux ans dans ce laboratoire montpelliérain pour boucler les travaux sur le sujet de ma thèse, au sein d’une équipe d’une dizaine de personnes. J’étais sous contrat ATER, avec un temps de recherche et un temps d’enseignement pour des étudiants de l’Université de Montpellier.
Nous avons trouvé un gène dans une population de neurones, qui se situe dans les ganglions rachidiens qui se situent de part de d’autre de la moelle épinière. Ce gène s’appelle MafA, et c’est aussi celui qui dans le pancréas régule l’insuline. Cette découverte a débouché sur la publication d’un article dans la revue de référence de la neurobiologie, “Neuron”, intitulé “Low-threshold mechanoreceptor subtypes selectively express MafA and are specified Ret signalling”.
À partir de cette publication, d’autres équipes vont travailler sur les applications possibles de cette découverte. Cela pourrait aboutir à la production de médicaments d’ici une dizaine d’années. Car nos recherches tentent de comprendre quel peut être la réorganisation moléculaire des neurones après un traumatisme. Comment expliquer qu’après un accident, une personne reste paralysée et comment rechercher le moyen de remédier à cette situation ? Comment expliquer les douleurs ressenties après une amputation ?
Après 7 ans passés à l’INSERM, je vais commencer un nouveau travail dans un laboratoire qui est la référence mondiale dans mon domaine, le Salk Institute (NDLR — http://www.salk.edu/), à San Diego en Californie.

Comment expliquez-vous ce choix ?

- Je souhaite aller au sein des plus grandes équipes pour acquérir des techniques et publier au plus haut niveau, dans les revues les plus cotées. Cela me permet aussi de parfaire ma maîtrise de l’anglais. De plus, il est important pour un chercheur que son parcours comprenne des expériences dans plusieurs pays. En Californie, le laboratoire m’a engagé sans être sûr que je puisse obtenir une bourse. En France, un laboratoire aurait eu besoin de davantage de garantie. Le gouvernement des États-Unis investit beaucoup dans la recherche fondamentale, qui est la base de toute découverte scientifique et de toute avancée technologique. La Californie est aussi un lieu où se trouvent de nombreuses structures liées à la recherche. Si nous avons besoin d’un outil spécifique, il est possible de le faire fabriquer sur place.

Souhaitez-vous revenir à La Réunion ?

- Mon but final est de revenir à La Réunion pour faire avancer mon pays. Lors de mon séjour en Californie, je souhaite également développer un projet qui soit plus axé sur La Réunion, étudier quelles sont les priorités régionales.
J’ai remarqué que depuis que c’est en quittant La Réunion que j’ai découvert mes racines.
Avec d’autres Réunionnais, nous nous sommes investis dans une association, nous avons créé un groupe de maloya, et nous avons fait le 20 Décembre à Montpellier. Mais je remarque aussi qu’avec la diffusion des NTIC, il est plus facile de rester en contact avec La Réunion.
Ti pa ti pa, nou va arrivé !

Propos recueillis par Manuel Marchal


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