L’invité(e)

Un logement, est-ce trop demander ?

Dédé Fourez, un des organisateurs d’in manzé pou lé san domisil o Por

Jean Fabrice Nativel / 2 septembre 2009

Que les personnes sans domicile aient un logement et mangent à leur faim, tels sont les souhaits de Dédé Fourez ! Lo manzé ke son bann zami la organizé dimansh o Por i fé rapèl a nou ke nou dwa kout ke kout kombat la povreté.

Au départ, combien êtes-vous à vous lancer dans ce projet de journée de solidarité pour les sans abris du Port ?

- Marie-Odile Assani — la patronne du restaurant "Zembrokal des îles" au Port — est une amie. Lorsque l’on se rencontre, on discute de ces personnes sans domicile. J’insiste sur ce terme de personnes sans domicile. Pour moi, une personne sans domicile fixe est une personne qui a les moyens d’avoir plusieurs domiciles. Et au fil des discussions, cette idée de journée de solidarité germe. Marie-Odile est partante et s’engage à offrir une centaine de repas. Je lui dis ok. Sans plus attendre, je pars en quête de dons auprès des commerçants du Port.

Quel accueil vous ont-ils réservé ?

- Certains commerçants ont joué le jeu… — pour les autres, à vous de deviner. Je profite de cet entretien pour remercier les charcuteries "Allamélou", "Luciano Baboo", "José Chane Ping", les bazardiers du marché forain pour les fruits et légumes, "Ikbal et Sulliman Mall" les vêtements, "Fayzal Vally" les chaussures, "La kaz a célo" les boissons, la boulangerie "Les 3 Épis" les pains au chocolat, pains aux raisins, macatias et pains. En parallèle, des bénévoles font de même.

Dans vos remerciements, personne n’a été oublié ?

- Bravos aux pâtissières maison qui ont préparé des gâteaux lontan, bénévoles qui ont disposé tables, chaises, verres, assiettes, couteaux et fourchettes et cuisiné au Centre Cœur Saignant et remis tout en place, au Comité des chômeurs et des mal logés du Port et à la Mairie du Port pour le prêt de cette salle et la sono.

Parlez-nous des invités.

- Comme je l’ai précisé, ce sont des personnes sans domicile, et quasiment tous les jours, je les rencontre. Ce sont avant tout mes amis et le resteront. On ne peut leur tourner le dos. J’étais heureux de les recevoir et de découvrir parmi elles des êtres talentueux qui ont effectué une performance hip-hop très remarquée et applaudie.

Ces personnes ne vous laissent pas indifférentes ?

- Deux ans et demi durant, j’ai été sans domicile. Le service militaire terminé en France, des proches m’ont hébergé quelques jours. Moi je n’avais qu’une idée en tête : être musicien. Mais, me dit-on, musicien, ce n’est pas un métier. Voilà en résumé de quelle manière, je me retrouve à la rue à Paris, Lille et même en Belgique, Hollande, Maroc… Dans ces pays, je suis saisonnier, c’est-à-dire que je ramasse les fruits et les oranges au Maroc. Charles Aznavour chante "La misère au soleil". Je me demande s’il l’a vécue ? Je suis devenu un moins que rien… Mais j’ai pu relever la tête grâce aux amis passionnés de musique salsa et latine jazz. Mais on n’est pas là pour parler de moi.

Vous savez recevoir vos hôtes !

- Cette journée se devait d’être mémorable. D’où l’invitation de musiciens pour une après-midi dansante. Un clin d’œil à Cliff Azor, Ti Fock, Safari, Yrminne, Filinga, Konténèr, Famille Mélodies, Laozé et Toutou Ganja, Julie et Olivier Flaconnel de Son Radical Hip Hop, Patrice Lacpatia, Deny’s Souk et les potes musiciens portois qui, sans hésiter, ont répondu oui.

Cette action, vous comptez la renouveler ?

- Si seulement on n’avait à pas le faire ! Avec peu de moyens, on a réalisé une action formidable pour ces personnes. Pourquoi il n’en serait pas de même tous les jours ? Toute est une question de volonté. Qu’attend-on pour leur donner un logement ? Toutes les religions ont chacune un lieu de culte alors que ces citoyens sont sans toit. Force est de constater que la pauvreté gagne du terrain. À nous Portois et communistes de faire barrage à ce fléau.

Propos recueillis Jean-Fabrice Nativel


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