L’invité(e)

« Une mascarade pour détourner et manipuler l’opinion sur la réalité des chiffres »

Gilles Leperlier, président de l’AJFER

Céline Tabou / 18 août 2010

Le président de l’Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion, revient sur l’accueil des nouveaux arrivants à La Réunion par le recteur, Mostafa Fourar, hier au Campus du Moufia.

Que pensez vous de l’arrivée des enseignants et personnels rejoignant l’Académie de La Réunion, à la rentrée 2010, et de l’accueil qui leur est réservé par le recteur ?


- Je souhaite signaler qu’il s’agit là d’une mascarade de communication de la part du rectorat. Parce que ce matin, à 9h, se déroulait la rencontre avec tout le nouveau personnel. Ceux-ci étaient réunis pour avoir des informations générales, à l’amphithéâtre Thérésien Cadet. Cette rencontre s’est déroulée sans les médias. Dans l’après-midi, les médias ont été conviés à la cérémonie pour les nouveaux entrants dans l’Académie de La Réunion. Il y avait à peu près une centaine de personnes dans l’amphithéâtre Cadet. Le recteur a, par la suite, indiqué, bien qu’il ne connaissait pas les chiffres exacts, que 59 enseignants avaient bénéficié des 1.000 points pour revenir à La Réunion. Au même moment, les professeurs des écoles étaient réunis dans un amphithéâtre de la faculté des Lettres et les enseignants du second degré avaient rendez vous au lycée Georges Brassens. Rien de mieux pour créer la confusion auprès des enseignants eux mêmes.
Cette mascarade dénote que tout a été fait pour qu’il n’y ait aucune visibilité par rapport à la situation de l’Éducation nationale à La Réunion. Au cours de la cérémonie, il a été impossible de dire combien parmi les personnes arrivées, étaient Réunionnaises.
C’est un flou artistique, orchestré dans et par l’Éducation nationale à La Réunion. Cette situation persiste et le rectorat organise cette mascarade de cérémonie médiatique, à deux jours de l’arrivée de Luc Chatel, ministre de l’Éducation. Et aussi, parce que ceux qui ont été reçus au concours de l’IUFM, vont être affectés dès jeudi dans une classe. Or, au-delà du fait que ces jeunes n’ont reçu aucune formation pratique d’enseignement, dû à la réforme de l’IUFM, ils n’ont su qu’aujourd’hui dans quel établissement ils seront affectés et quelle classe leur sera confiée.
À la pression qui pèse sur ces jeunes enseignants qui souhaitent mener correctement leur métier, s’ajoute, l’inquiétude pour eux de ne pas pouvoir préparer correctement leur première rentrée des classes.

Quelle est la situation à La Réunion ?

- 64 professeurs stagiaires réunionnais n’ont pas obtenu de stages dans notre île à la rentrée, et ont dû partir en France. Ces jeunes Réunionnais ne savent pas encore où ils vont être affectés, et vont devoir payer leurs billets d’avion et leur installation.C’est la première fois que cela arrive.
Ce sont ainsi, autant de familles qui sont aujourd’hui déchirées et qui ont dû se sacrifier pour que ces jeunes puissent effectuer leur stage, alors que des places sont vacantes dans l’île. Un gâchis d’énergie et d’argent quand on sait que ces jeunes pourront rentrer grâce au bonus des 1.000 points dans un an.

Est ce que cette arrivée d’enseignants et de personnes ne risque-t-elle pas de frustrer les étudiants inscrits à l’IUFM, qui passent le concours, et désirent rester à La Réunion ?


- La frustration est là, mais il y a aussi le manque de communication, et de visibilité qui handicapent les étudiants. Cela est dû au cas particulier que connaît La Réunion, mais aussi à la réforme des IUFM, qui met la pression sur les jeunes désirant enseigner.

Quelles sont les propositions de l’AJFER à ce sujet ?


- Alors que Luc Châtel place sa visite sous le signe de la rentrée scolaire et la mise en place de la réforme de l’IUFM, l’AJFER demande a ce que ces 64 professeurs stagiaires soient affectes à La Reunion des la rentrée.

Nous exigeons la transparence sur tout le recrutement dans l’Éducation nationale. Nous souhaitons que le Rectorat nous communique les chiffres exacts des Réunionnais entrant et quittant La Réunion. Car chaque année, des centaines de personnes arrivent, et l’an passé, 70 enseignants sont arrivés en supplément, et ils n’ont pas pu être rattrapés. Nous demandons à ce qu’un bilan soit fait sur les besoins réels dans l’Éducation nationale à La Réunion.
Nous voulons connaître l’état des classes surchargées, car certaines peuvent encore augmenter d’ici jeudi. Et nous sommes inquiets vis-à-vis des classes qui risquent de se retrouver sans enseignant à la rentrée. Ce manque de communication est incroyable, et le plus outrageant est que le rectorat cautionne cette opacité.
Nous demandons les chiffres. On sait que lors de la réforme des retraites à venir, des personnes vont quitter leur emploi pour prendre leur retraite. On sait également que le gouvernement a décidé de ne pas remplacer une personne sur deux qui part à la retraite. De ces faits, nous voulons savoir quelles sont les conséquences sur les classes. Nous voulons également que les départs à la retraites, qui vont être remplacé, correspondent au nombre de place au concours l’an prochain.
Il faut remettre en cause le système, car des milliers d’emplois passent sous le nez des Réunionnais depuis de trop nombreuses années.

Interview Céline Tabou


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