L’invité(e)

Vers l’autosuffisance alimentaire avec la riziculture intensive et biologique

Edmond Rataminjanahary, paysan chercheur à Madagascar

Témoignages.re / 21 septembre 2009

L’autosuffisance alimentaire est un des leviers du co-développement durable de notre région. Ce co-développement est une alternative à un libre-échange destructeur qui vise à faire de nos pays des concurrents, et non des partenaires. Dans cette lutte pour l’autosuffisance, il existe une technique agronomique qui permet d’augmenter les rendements en riz sans engrais chimiques. Le SRI (Système de riziculture intensive) a été inventé il y a plus de 25 ans à Madagascar.

En 1983, Henri de Laulanié, agronome et père jésuite, découvre, avec l’aide de ses paysans chercheurs. Le SRI est un système de riziculture entièrement biologique, multipliant aisément les rendements par 3, 4, voir plus. A force d’observations, la physiologie du riz s’impose à lui, livrant les secrets du tallage et ainsi de la multiplication des épis.
Avant sa mort, en 1995, le père de Laulanié fonde l’association Tefy Saina (ATS), qui reprend et développe sa vision du développement rural intégré qui place l’homme au centre de tout.
Pourquoi le SRI ne se développe-t-il pas plus vite à Madagascar et ailleurs ? Pourquoi l’IRRI, la FAO ne font-t il pas du SRI une priorité ?
Edmond Rataminjanahary, co-fondateur et président de l’association Tefy Saina depuis 2007, paysan chercheur du Père de Laulanié et directeur du centre de formation "Champ-Ecole" au Sud d’Ambositra, apporte son éclairage :

Où en est le développement du SRI à Madagascar ?

— Le développement du SRI à Madagascar est bloqué depuis des années par manque de volonté politique. Le SRI a été découvert à Madagascar mais, depuis vingt ans, il a toujours été mis de côté au profit du SRA (système de riziculture améliorée) qui utilise des intrants chimiques et semences améliorées.
Au niveau international, les institutions comme l’IRRI ont encore du mal à accepter que le SRI ait été découvert et développé par les paysans eux-mêmes et non dans leur institut de recherche, et remettent régulièrement en cause sa réelle efficacité, par rapport aux technologies modernes comme les OGM.
A Madagascar, comme dans d’autres pays je suppose, la diffusion du SRI est dépendante des devises injectées par les programmes d’aide au développement des pays du Nord favorisant les technologies occidentales qui profitent aux marchés des intrants chimiques.

Pourtant le SRI ne s’est-il pas développé partout dans le monde via ces programmes de développement ?

— Depuis des années, beaucoup se targuent de développer le SRI au profit des paysans à travers le monde, mais, bien que Tefy Saina n’est jamais voulu être "propriétaire" de cette technique, il s’agit d’un vaste piratage : le secret du SRI réside dans la compréhension de la physiologie du riz. Quand on fait des formations en milieu rural, il ne s’agit pas d’inculquer une méthode toute faite, mais bien d’opérer un changement de mentalité des paysans acteurs à la base, pour leur permettre de sortir de la méconnaissance généralisée dans laquelle on les laisse.

Au fond, pourquoi selon, vous laisse-t-on les acteurs ruraux dans cette méconnaissance ?

— Madagascar est composé plus de 90% de ruraux, autant dire la force vive du pays. Quand on n’a pas eu une formation agricole adéquate, qui inclut l’aménagement du terroir, la gestion du temps et de l’argent, la conservation de la richesse du sol et des semences, il est difficile de se défendre face à l’arrogance des puissants. Laisser les paysans dans l’ignorance, c’est les maintenir de manière perpétuelle dans une culture de la dépendance, qui est la porte ouverte à l’accaparement de leur terre et de leurs ressources…

Quels sont aujourd’hui les objectifs de l’association Tefy Saina ?

— Tefy Saina est en recherche permanente de capitalisation des expériences qui sont accumulées chez ses membres, dans des domaines allant de la riziculture et l’agriculture à l’habitat en passant par la nutrition et la santé. Nous proposons aujourd’hui tout un panel d’offres de formations et voulons plus que jamais répondre à la demande nationale et internationale en matière de formation agricole. Communiquer, aussi, pour faire connaître notre voix, qui est celle des paysans.

Propos recueillis par l’Association SRI Madagascar (www.srimadagascar.org)


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