L’invité(e)

« Vivre avec la pauvreté sous les yeux tous les jours, c’est dur ! »

Eric Parlier, Alliance des Réunionnais Contre la Pauvreté

YVDE / 3 février 2010

« Je suis chercheur…en emploi », dit Eric Parlier. Etre dans la difficulté n’empêche pas l’humour. Et puis, ce célibataire avec un enfant à charge n’est pas homme à se laisser abattre. Animateur titulaire d’un Brevet d’aptitude professionnel d’animation assistant technicien, il a travaillé dans le moringue, le VTT, la randonnée pédestre, etc… Il a rencontré Jean-Hugues Ratenon, lors de la lutte des emplois-jeunes en 2002, « un dispositif qui donnait de l’espoir aux jeunes ». Depuis, il est de toutes les batailles. Et on le retrouve parmi les responsables de l’Alliance des Réunionnais Contre la Pauvreté.

Pourquoi avez-vous rejoint l’Alliance des Réunionnais Contre la Pauvreté ?

— J’étais déjà avec Agir pou nout tout. Mon travail d’animateur diplômé m’a amené à travailler beaucoup dans la rue. On y trouve des solidarités. Mais je crois qu’il faut combattre l’oisiveté de jeunes. De Sainte-Rose à Bras-Panon, je suis entré dans de nombreux foyers. J’y ai vu réellement les difficultés des gens. Il est impossible de ne rien dire. Il n’est pas possible de voir des jeunes privés de petit-déjeuner, des couples et des personnes âgées obligés de se serrer la ceinture et ne plus avoir d’argent le 23 ou le 24 du mois.
C’est une situation intolérable. Nous ne serions pas humains si l’on fermait les yeux. Moi-même, chômage, je connais ! RMI, je connais ! Contrats aidés, je connais ! Voilà ce qui m’a amené à adhérer à ce mouvement.

Les mesures proposées par l’ARCP vous paraissent-elles à même de réduire de manière conséquente le chômage ?

— Bien sûr, les trente mesures que nous avons adoptées, le 15 janvier dernier à Saint-Leu, si elles sont appliquées, vont réduire le chômage. Il n’y qu’à voir le nombre d’associations qui ont adhérées à l’ARCP depuis que nous avons rendu publiques ces propositions. C’est une reconnaissance que ces propositions sont viables et que leur mise en œuvre est réalisable.
Nous devons créer deux groupements d’intérêt professionnel (GIP) dans lequel le mouvement associatif sera impliqué. Un pour les services d’aide à la personne qui peut être une solution pour les ex-employé(e)s de l’ARAST qui sont dans les difficultés et les personnes dont elles s’occupaient. Et un autre pour l’environnement. Il y a de quoi faire à La Réunion dans les sentiers de randonnées, sur les sites touristiques, pour les personnes âgées ou la petite enfance, pour l’entretien des routes… Dans l’Est, par exemple, la forte pluviométrie, entraîne un suivi pour éviter les inondations. Avec ces deux GIP, il y a matière à développer l’emploi…

52% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté officiel. Cela doit vous paraître inacceptable…

— C’est ce que je disais au début. Qu’en 2010, 52% de la population réunionnaise vivent dans la pauvreté est inacceptable. La Réunion est une petite île qui a un certain rayonnement, qui est souvent citée en exemple…La pauvreté, c’est aberrant ! C’est inadmissible ! Vivre avec la pauvreté sous les yeux tous les jours, c’est dur !
La pauvreté est la pire des violences faites aux êtres humains. Elle entraîne le vol, les violences contre les femmes, les enfants et les personnes âgées… Contre soi-même aussi : alcoolisme, drogue… On ne doit pas banaliser la pauvreté. La seule arme efficace, c’est le travail. Quand un jeune enfant voit ses parents se lever pour aller au travail, il est motivé pour aller à l’école,… Dans le cas contraire, son éducation peut se révéler difficile…
La violence est interdite par la loi. La pauvreté devrait l’être aussi. Vivre sous le seuil de pauvreté devrait être interdit par la loi.

Propos recueillis par YVDE


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