La Réunion : des séquelles de l’époque coloniale ?

Les esprits sont-ils décolonisés ?

La Réunion : des séquelles de l’époque coloniale ? -4-

Anaïs Bègue / 6 août 2015

Le passé a-t-il rattrapé le présent ? C’est ce que nous démontre une série d’articles rappelant La Réunion du temps de l’esclavage et de la colonisation. N’avons-nous jamais été libéré de ce régime colonial ? Des réflexions s’imposent pour le devenir de notre île.

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Combien de richesses gaspillées dans cette jeunesse contrainte au chômage ou à l’exil ?

En 1946, la Réunion a été départementalisée. En d’autres termes, toutes les mesures qui sont prises en France doivent être appliquées aussi sur notre île. La départementalisation devait ouvrir les démarches vers une égalité entre la métropole et son ancienne colonie.

Cependant, 70 ans après cette réforme, François Hollande remet en cause cette dernière. L’adoption d’une loi sur l’égalité réelle entre les Outre-Mer et la maison mère sera-t-elle une promesse de plus sur le programme électoral ? N’avons-nous donc jamais été l’égal de la France ? Un débat inquiétant et capital pour une ancienne colonie qui croyait avoir aboli les inégalités de droit.

La départementalisation n’a pas mis fin aux inégalités

Effectivement, les inégalités n’ont jamais disparu depuis la départementalisation de La Réunion. Depuis le 1er janvier 1947, nous devions avoir les mêmes avantages que la métropole. Or, ce n’est qu’en 1996, que l’ensemble des prestations sociales et familiales ont été alignées sur la France. À l’exception du RMI qui ne l’a été qu’à partir de 2002.

Les Réunionnais désavantagés

Les fonctionnaires nommés dans les collectivités d’outre-mer disposent d’une prime de vie chère d’au moins 40 %, 53 % à La Réunion. Mais les Réunionnais n’ont rien de plus quand ils doivent partir en France. Par ailleurs, ces derniers ne disposeront d’aucune indemnité pour l’éloignement de leur pays natal.

De nombreuses entreprises ont tendance à privilégier la personne venant d’Europe plutôt que le Réunionnais. Le premier serait plus apte au poste du fait de ses « compétences » présupposées. Les Réunionnais ne trouvant pas de travail doivent quitter leur île tandis que d’autres viennent assurer l’encadrement. Cela génère une amertume qui nous montre que des mentalités héritées du système colonial sont toujours présentes. Nous sommes donc toujours exploités.

La Réunion département le plus inégalitaire

Au niveau social, La Réunion est hors normes et plus inégalitaire par rapport à la Métropole. Selon l’INSEE 42 % de la population vit sous le seuil de pauvreté sur l’île soit 343 000 personnes. C’est en regroupant plusieurs départements français très peuplés que nous pouvons retrouver ces chiffres.

L’origine de ce nombre important est avant tout le manque d’emplois sur l’île. Notre taux de chômage est proche de 30 %, soit trois fois plus élevé qu’en Métropole. Les personnes âgées ne peuvent s’en sortir avec le peu de retraite qu’elles ont. Comment une île aussi pleine de ressources peut-elle être autant appauvrie ? Le pillage continue en échange d’une carotte synonyme d’assistanat pour que le peuple ne se révolte pas.
Nous n’avons jamais été les égaux de la France. Nous sommes bien inférieurs à cette dernière sur le plan socio-économique. Sommes-nous vraiment libres dans la République ? L’assistanat est une chimiothérapie qui calme les maux d’un cancer sans l’abattre pour de bon.

Mais alors serons-nous un jour socio-économiquement égaux à la Métropole ? Devons-nous au contraire être différents et autonomes ? Arriverons-nous à vaincre cette mentalité colonialiste qui n’a finalement jamais disparu ?


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