Le mot du CAUE

Des traitements bois « acceptables »

Le mot du CAUE

CAUE / 3 janvier 2011

Le bois s’affiche comme un matériau incontournable de l’éco-construction. Mais pour renforcer sa durabilité, il est parfois indispensable de lui conférer un traitement de préservation. Dans une démarche environnementale, il serait légitime que ce traitement soit sans impact. Aujourd’hui, la plupart des bois commercialisés à La Réunion sont traités avec des formulations à base de cuivre ; « acceptables » en matière de santé et d’environnement. Précisions avec le CAUE.

Les bénéfices du bois dans la construction ne sont plus à prouver : construire en bois, c’est « éco-durable ». Cette notion de durabilité doit s’appliquer pendant tout le cycle de vie du matériau. Depuis sa production en forêt gérée durablement jusqu’à sa mise en œuvre sur le chantier. Entre ces étapes, celle du traitement du bois reste délicate, mais primordiale.

En effet, le bois est un matériau naturel. Il est soumis aux changements de température, à l’humidité, aux champignons, aux moisissures et aux insectes. Le traitement de préservation aura pour rôle de le protéger des attaques biologiques et d’allonger considérablement sa durée de vie.

Mais attention, un traitement préventif n’est pas automatique… Le choix d’une essence naturellement résistante serait l’idéal.

Les bois naturellement résistants

Parmi les essences naturellement résistantes figurent essentiellement des bois tropicaux tels que l’ipé, le teck, l’azobé, l’iroko… ainsi que quelques essences de bois tempéré : acacia, chêne, châtaigner…
L’utilisation de bois tropicaux soulève toutefois un certain nombre de questions quant à leur valeur écologique (surexploitation des forêts, déforestation). Les certifications FSC et PEFC ont été créées pour attester de la gestion durable des forêts. Vous pouvez demander une attestation de traçabilité à votre vendeur ou la preuve qu’il soit bien certifié par un de ces deux labels.


• Le cryptomeria, pour favoriser l’utilisation de bois locaux
Dans une démarche environnementale globale, le choix de bois locaux pour la construction serait préférable. A La Réunion, cela pourrait être envisageable. En 1986, une première étude du Centre technique forestier tropical (CTFT) de Nogent avait analysé les caractéristiques d’usage du cryptomeria. Les résultats avaient révélé que ce bois ne pouvait être utilisé que pour du bardage et sous certaines précautions. Une seconde étude est en cours. Les premiers résultats sont attendus pour 2011.


Choisir le bois en fonction de son usage

A La Réunion, où le climat se caractérise par une humidité relative importante et où les termites sont plus voraces que jamais, il est indispensable d’appliquer aux bois les moins résistants un traitement efficace.

La sélection du traitement de préservation doit se faire en fonction de l’emploi, des situations ou des risques auxquels sera confronté le matériau. Cinq classes d’emplois permettent d’effectuer un choix en fonction des caractéristiques du projet :

Classe 1 : en intérieur
Classe 2 : en intérieur ou en extérieur sous abri
Classe 3 : en extérieur sans contact avec le sol (humidification fréquente)
Classe 4 : en extérieur en contact avec le sol (humidification permanente)
Classe 5 : en contact avec l’eau de mer

Dans le département, les bois devront être systématiquement traités une classe au-dessus de ce qui est réglementairement préconisé pour la France.

Le label CTB-bois + a été créé pour assurer au consommateur que les performances du bois (naturelles ou conférées par traitement) le rendent apte à l’usage pour la ou les classes d’emploi mentionnées.
A l’achat, les distributeurs doivent être en mesure de vous fournir une attestation. S’ils ne vous la procurent pas spontanément, vous pouvez la réclamer.


• Respectez les règles de conception !
Attention, le risque zéro n’existe pas ! Choisir un bois traité en fonction des caractéristiques du projet ne constitue pas une fin en soi. Ainsi, si un bois traité classe 4 est mal mis en œuvre, des problèmes peuvent quand même survenir (termites et champignons). Ne vous improvisez pas bricoleur. Faites appel aux professionnels.


Les techniques de traitement

Il existe plusieurs façons de traiter le bois en profondeur (autoclave, imprégnation, rétification) ou en surface (trempage, aspersion).
A La Réunion, la majorité des bois résineux (pin sylvestre, sapin, épicéa… ) importés ou transformés localement est traitée par autoclave (cf. photo). Ce système est destiné à faire pénétrer les produits de traitement dans les canaux et cellules du bois. Il ne modifie pas les caractéristiques mécaniques du matériau et offre une résistance aux insectes xylophages (termites compris) et aux champignons lignivores.
Aujourd’hui, la plupart des produits de traitement conféré par autoclave sont à base de cuivre. Le label CTB-produit + a été créé pour attester de leur “acceptabilité” en matière de santé humaine et d’environnement. Il signifie que le produit présente un danger moindre pour l’Homme et son environnement.

Les autres types de traitements ont aussi de l’intérêt, mais, actuellement, aucun d’eux n’est pratiqué localement. Pourtant, certaines techniques, comme la rétification, qui consiste à chauffer le bois à haute température, n’utilisent aucun produit chimique. D’autres, comme l’oléothermie, reviennent à imprégner en profondeur le bois d’huiles végétales.
Selon des professionnels, « ces traitements ne possèdent pas les garanties suffisantes pour pouvoir être employés à La Réunion (risques termites et champignons, résistance mécanique du bois diminuée) ».


• L’ASAM : un produit 100% végétal
Un traitement autoclave, 100% végétal, est actuellement au stade d’expérimentation. L’Anhydride succinite d’alkénoate de méthyle (ASAM) est une molécule produite à partir d’huile de colza. Pour l’instant, l’ASAM apporte une protection de classe 3, mais les instituts mènent des recherches pour atteindre la classe 4.


Le bois dans la construction : la loi durcit le ton

À compter du 1er décembre 2010, la quantité de bois imposée dans les nouveaux logements sera multipliée par 10. Ainsi, pour les constructions dont le permis de construire interviendra après cette date, il faudra au minimum 20dm3/m2 de surface hors œuvre (actuellement 2dm3/m2) en bois. Après le 1er décembre 2011, l’obligation sera portée à 35dm3/m2. (Décret n°2010-273 du 15 mars 2010).

Le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement est gratuitement à votre disposition pour vous informer sur ce sujet. Pour prendre rendez-vous avec l’un de ses architectes-conseillers, téléphonez au 0262.21.60.86. Vous pouvez également consulter son site internet www.caue974.com


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