Libres propos

Ce que l’Histoire, celle qui s’écrit avec un grand « H », retiendra…

Témoignages.re / 27 juin 2011

« La vie est un éternel combat », a dit il y a de bien longs temps déjà un illustre inconnu. Il nous arrive souvent… il nous arrive encore… de repenser ces propos, de les reprendre, de nous y ressourcer. Deux exemples, parmi cent autres, vécus ces jours derniers nous le rappellent.
L’exemple, tout d’abord, de Monsieur Gérard Ethève qui, l’avis est unanime, aura marqué l’histoire réunionnaise de l’aviation civile. Sollicité un jour par le docteur Pierre Lagourgue pour apporter son éclairage de connaisseur à une compagnie qui naissait et qui ne visait qu’à un honnête statut régional, il a fait d’Air Austral le remarquable outil que chacun d’entre nous connaît et apprécie : les villes de Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, Toulouse et Nantes ainsi que Mayotte et Nouméa desservies en territoire français et, pour l’étranger, la Thaïlande et l’Australie, Moroni et les Seychelles, l’Afrique du Sud, l’Île Maurice et Madagascar. Tout cela au moyen de onze avions (six 777, deux 737 et trois ATR) qui transportent annuellement 1 million de passagers. Et grâce à un personnel qui, toutes catégories confondues, s’élève à 980 personnes. Nul ne le conteste : Air Austral joue dans la cour des grands. Nul ne le conteste non plus : ce résultat est le fruit d’un persévérant et énorme travail, celui de toute une équipe, une équipe que Gérard Ethève, mois après mois, années après années, a su manager, avec un talent et une efficacité incontestés, avec la volonté de prouver qu’il y a dans notre île — ce que rien n’a jamais réussi à affaiblir — une immense capacité à aller de l’avant, pourvu que « le politique » fasse sienne lui aussi une idée un jour clamée à l’Assemblée nationale et reprise par bien des voix, l’idée qui dit que « nous lé pas plus, nous lé pas moins »
Notre propos n’est pas ici d’accompagner ce qui appartient à l’évidence et que l’Histoire, celle qui s’écrit avec un grand « H » , retiendra. Notre propos n’est donc pas ici d’en dire plus sur ce que, à partir de rien et en quelques années seulement, Air Austral est denenue. Nous voulons seulement et simplement inviter les Réunionnais à plaindre ceux qui, ici ou là, ceux qui, ici et là, prêtent leurs voix, leurs plumes ou leurs propos pour tenter de salir un homme, un homme qui a (bien sûr) son caractère, qui a (bien sûr) ses défauts, mais un homme qui, forcement, aura beaucoup exigé des autres qu’ils soient à la hauteur de ce qu’ils peuvent et doivent faire pour la sauvegarde et le développement de ce qui est une l’œuvre de toutes et de tous. Qu’une employée trouve soudain qu’alors, elle aurait été, il y a très longtemps, victime de harcèlement moral, et voilà que certains tombent dans le panneau, oubliant bien des choses, la moindre n’étant pas la possible manipulation des gens, dans notre monde où la réussite de ceux que l’on aimerait voir rester petits est insupportable à certains.
Voilà pourquoi, dans l’affaire qui vaut à un chef d’entreprise dont le bilan fait honneur à notre île, je ne crierai pas avec les charognes de loups ni avec les chiens jaloux.
Mon deuxième exemple me vient de la rencontre qui s’est déroulée l’autre jeudi au Centre international d’accueil des marins à l’occasion de la journée mondiale dédiée aux “Gens de la Mer”. Loin de nous l’idée d’en vouloir à ceux qui, ne le sachant pas ou qui l’ayant oublié, ont alors donné l’impression d’ignorer que la bataille qu’ont eu à mener les responsables de l’institution pour que soit construite ce Centre fut rude et difficile, parfois pénible. Nous l’écrivions, en ce même emplacement. C’était le samedi 21 juillet 2007, il y a donc bientôt quatre ans : « Le Père Théophane Rey et le Pasteur Alain Djuetang ont en charge l’accueil des gens de la mer. L’un est catholique, l’autre protestant. Tous deux, depuis l’île de La Réunion où ils résident, se sentent interpellés par la vie des marins de toutes les mers du monde lorsque leur bateau accoste et qu’ils touchent alors terre après plusieurs semaines vécues dans l’étroit volume de la coque d’un navire, dans une promiscuité parfois pénible, même si c’est le choix qu’ils ont fait… à défaut de mieux ».
Nous poursuivions : « Ces marins, quand ils retrouvent le sol ferme, l’odeur des habitations et des gens qui déambulent en voiture, à pied, à vélo… ces marins, quand ils plongent à nouveau dans les bruits d’une vie qui ne sont pas ceux qui prédominent en haute mer… ces marins, il faudrait bien qu’ils puissent, le temps d’une escale, pouvoir se poser les fesses sur une chaise confortable, boire un verre, sans que leurs proches aient à croire qu’ils sont au bordel, s’agenouiller dans l’intimité de leurs prières, communiquer à peu de frais avec leurs familles, trouver quelques journaux et les fraiches nouvelles des semaines écoulées, prendre un livre ou, tout simplement, causer avec des hommes d’autre chose que du fret, des poissons, des cales, du capitaine et des matelots. Et aussi disposer d’un lit dans une chambre, ou bien encore d’une salle de détente. Bref, redevenir ce qu’ils n’ont pas cessé d’être, parce que la vie est dure et qu’il faut la gagner, pour soi, pour l’épouse et les enfants ». Et nous rajoutions : « … La maison des gens de la mer dans un port, c’est plus qu’une nécessité. C’est une obligation morale et citoyenne qui nous interpelle et nous questionne tous ».
Nous racontions alors, dans le détail, les difficultés inimaginables qu’ont du affronter un Prête, un Pasteur et quelques militants laïcs pour remplacer par quelque chose de digne la vieille case de deux pièces en béton délabré, là où, dans un tout petit espace grand comme une cage à lapins, Théophane Rey avait sa table de travail et un petit lit qu’à l’occasion il laissait au marin de passage, prenant alors un sac de couchage pour la nuit. Ils s’étaient lancés dans les travaux que l’on devine. Et il leur manquait, écrivions-nous « 50.000 euros… sûrement un peu plus… pour pouvoir ouvrir “ la Maison des gens de la mer” de La Réunion… 50.000 euros : dix fois cinq mille euros ou bien, si l’on préfère, vingt fois deux mille cinq cent euros. Est-ce le bout du monde ? Est-ce la quadrature du siècle ? Ouvrira-t-elle, cette maison, notre maison des gens de la mer ? Oui ? Non ? Si… Si… elle ouvrira… ».
Aujourd’hui, elle est ouverte. Et l’autre jeudi, il lui manquait son plus attachant témoin. Le Père Rey n’était pas là, sans doute occupé ailleurs à d’autres tâches de curé qui a pris retraite et qui nous rappelle qu’il est de ceux qui dédaignent les fêtes…

Raymond Lauret


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