Libres propos

De ce qui arrive à Frédéric Cadet et qui montre que, dans notre République, certains sont plus égaux que d’autres… à une chronique d’Eugène Rousse dont je vous recommande la lecture

Témoignages.re / 5 septembre 2011

Ce soir, à partir de 17h30, et pendant une heure pleine, nous serons avec Claude Lowitz et Alain Law Yeung sur les antennes de K.O.I. Nous évoquerons la belle expérience que nos deux compatriotes ont vécue en tant que techniciens du football à Chong Ming, cette île alluvionnaire grande comme la moitié de La Réunion et située à l’embouchure du Yang Tzé Kiang, au nord de Shanghai dont elle est un arrondissement. Là-bas, il y a quelques années de cela, ils ont jeté les bases d’une coopération dans laquelle notre minuscule territoire de l’Océan Indien a certainement un rôle à jouer. Cette coopération peut-elle se poursuivre ? Avec qui ? Quelle part la Ligue Réunionnaise de Football, nos clubs et certains Offices Municipaux du Sport peuvent-ils y prendre ? On en causera ce soir, sur K.O.I. Les auditeurs pourront poser leurs questions en appelant le 02 62 99 50 50. À ce soir donc, et aussi demain mardi, puis mercredi et les autres soirs encore, pour une émission quotidienne, à la même heure, sur des centres d’intérêt renouvelés, avec d’autres responsables de l’Alliance.
Ceci dit et pour en venir à toute autre chose, comme un certain nombre d’entre vous, j’ai eu l’information dans l’édition du “JIR” (en « une » et en page intérieure) de ce samedi 3 septembre : Frédéric Cadet, vice-président du Conseil régional, serait « accusé d’être payé sans enseigner » à l’Université de La Réunion, une Université qu’il avait réintégrée en novembre 2009, après une mission comme recteur de l’académie de Poitiers jusqu’en 2008 et après l’année de congé à laquelle, rappelle-t-il, il a légalement droit au vu de son statut. En faute, l’homme ?
À dire vrai, peu importe que Frédéric Cadet ait « été payé par l’université sans y avoir enseigné l’année dernière », comme le précise donc dans le “JIR” Véronique Hummel. D’autres (n’est-ce pas, Monsieur Luc Ferry ?) ont été ou sont également dans son cas. De même, peu importe que Mohamed Rochdi , le président de l’Université, l’ait (vainement) sommé l’an dernier d’effectuer ses heures de cours puisque, en réponse, l’élu régional lui avait fait valoir la réglementation en matière d’autorisation d’absences pour tout enseignant qui a un mandat électif et surtout « une mise à disposition, à titre gracieux, de leurs heures complémentaires » par « l’équipe de direction de la faculté des sciences ». Ce qui n’a eu pour effet que d’irriter, sans plus, un Président d’Université qui a sans doute compris qu’au bout du compte et face à des textes savamment concoctés, il ne pourrait pas grand chose. Cette affaire, si affaire il y a sur le plan administratif, se règlera là où cela doit se faire. Les instances savent y faire… Je suis même prêt à me dire que Frédéric Cadet ne sera sans doute pas inquiété. Parce qu’il se défendra en avançant que des textes existent, avec des possibilités d’interprétation qui peuvent ne pas être la même selon que l’on se situe d’un côté ou de l’autre de la ligne jaune. Il ne sera pas inquiété, si ce n’est par ce qui va désormais se chuchoter dans son dos, en ces lieux où on le regardait avant avec respect et envie. Et puis, n’a-t-il pas repris ses cours depuis deux semaines ? Qui va y voir un commencement d’aveu ?
Non, ce qui me semble bien plus grave, c’est que notre République française entretient des textes de loi et des décrets qui permettent à certains de ses citoyens d’être plus égaux que d’autres. Car quelles que soient les explications qui seront données par le professeur Cadet, il reste un fait, un fait dont il n’est évidemment et personnellement aucunement responsable et dont il n’a fait à son tour qu’en tirer silencieusement profit : pour exercer la fonction élective que tu as eue grâce au suffrage universel, si t’es Prof d’université et si tu sais, t’as droit à bien plus que si t’es seulement un simple professeur des écoles… Là-dessus, nous en connaissons un rayon, nous qui n’étions il y a quelques temps de ça que petits instit’ appelés à nous mettre en disponibilité ou à bosser à mi-temps pour remplir nos obligations de maires adjoints.
Nous viennent immanquablement à l’esprit ces dispositions réglementaires qui permettent le cumul des indemnités de nombre de nos élus. Il s’est trouvé un parti politique — nous sommes plusieurs à y avoir été adhérents — pour inviter ses membres qui accèdent à des responsabilités de corriger, par un geste qui ne peut être porté que par une conviction forte et partagée, ce scandale qui voit telle personne conserver son salaire, ou bénéficier d’une retraite pleine, et pouvoir le plus légalement du monde ajouter à cela une ou deux, voire même trois indemnités ou salaire déguisé. Quel parlementaire dénoncera demain cette légalisation de l’immoralité et du déni de justice, dans notre société qui connaît les inégalités et les incertitudes que l’on sait ? Oui, quel député, quel sénateur oseront dénoncer l’inacceptable ? Combat d’un autre temps que cela ? À force aller à l’eau, un jour calebasse i pète… N’oublions pas.
Vous lirez par ailleurs en pages 6 et 7, je vous la recommande, une chronique qu’ Eugène Rousse a consacrée au 50ème anniversaire de l’application à La Réunion de l’ordonnance du 15 Octobre 1960. Parce que Lulu est actuellement en vacances dans son Alsace natale, j’ai connu le plaisir d’avoir à saisir le manuscrit de notre ami. L’occasion de constater le sens de la précision qui guide la plume de celui qui n’a pas volé sa réputation d’historien de notre vie politique. Car chez celui qui fut, il y a une cinquantaine d’années déjà, notre prof de physique-chimie et de sciences naturelles au collège de la rue Sadi Carnot au Port, tout mot est utilisé à bon escient. Chaque instant de l’événement qu’il retrace, chaque déclaration qu’il reprend méritent respect et donc, à minima, d’être rapportés fidèlement. Un exemple : quand tout fut fini, c’est-à-dire saisi et relu une troisième fois pour être corrigé et que tout avait été envoyé à l’adresse e-mail des destinataires, un nouveau (« c’est sûrement le dernier ! » s’excuse-t-il par avance) coup de fil d’Eugène m’avise qu’il a été omis de préciser, dans le propos qu’avait à l’époque tenu Maître Louis Labadie, que la disposition était « législative ». Ce dernier qualificatif fut donc aussitôt rajouté. Car, comment ne pas aller au devant des souhaits de cet homme à l’allure toujours alerte, qui ne fait pas ses 83 ans et qui n’entend pas garder pour lui tout ce qui a rempli sa vie ? Comment ne pas comprendre le souci de perfection de ce démocrate qui s’attache sereinement à trouver du temps pour nourrir notre mémoire de ce qui fait notre Histoire, malgré les pesantes obligations quotidiennes que lui vaut la dure maladie dont souffre son épouse Solange ?

Raymond Lauret


Kanalreunion.com