Libres propos

De la désespérance d’un petit entrepreneur à la lucidité affichée de la CAPEB

Témoignages.re / 22 février 2010

Il y a évidemment de la désespérance dans le geste de ce petit entrepreneur-terrassier qui, samedi matin, dépose son énorme pelle chenillée sur le terre-plein situé face aux locaux de la Région. « On ne peut pas attendre, confie-t-il à Jean Noël Fortier du "Quotidien". C’est maintenant que nous devons travailler ».
Hermann Elise n’est pas amnésique. Il n’ignore pas que, s’il y a une seule collectivité qui le reçoit et qui essaye avec son mouvement VTR de bâtir quelque chose qui pourrait s’inscrire dans la durée, c’est bien celle devant laquelle il vient exprimer son désespoir. La toute dernière séance de travail qu’il a eue avec nous remonte au mardi 16 février, soit quatre jours avant ce samedi 16.
Ce jour là, Monsieur Elise était accompagné de Jimmy Pongérard, petit entrepreneur comme lui. Mon collègue Lemagnen et moi, nous y avions convié Jean-Marie Lebourvellec, président de la FRBTP. Force est pour ce dernier de se dire avec nous que la Région aura beau continuer à systématiser la pratique de l’allotissement, qu’elle aura beau généraliser l’avance sur travaux à un taux avantageux pour les TPE, le problème de certains entrepreneurs-terrassiers est ailleurs.
Ils ont besoin que les entreprises qui ont enlevé des marchés publics leur louent ces matériels qu’ils sont bien trop nombreux à avoir achetés, dans l’illusion des avantages des lois de défiscalisation qu’on leur a fait miroiter et la facilité des ouvertures de crédits qui suivaient. Et Monsieur Elise le sait bien, lui qui avec lucidité a tenu il n’y a pas si longtemps encore, avec d’autres, à demander que le chantier du Tram-Train ne soit pas en retard : seule une politique de grands travaux apportera la réponse qu’attendent ceux qui ont besoin de travailler. Et Monsieur Elise le sait bien, lui qui l’a dit à la presse ou lors de notre double interview à RFO le 5 février dernier : l’abandon d’importants chantiers par certain maire au lendemain de leur élection est responsable de bien des problèmes que les petits comme lui connaissent actuellement. Et si Monsieur Elise a bien raison de reprendre qu’il y a, par exemple, des ravines à endiguer à La Réunion, encore faudrait-il qu’il ne considère pas lui aussi que « c’est la faute à la Région si cela ne se fait pas tout de suite ». Qu’il laisse ce type de discours à d’autres, puisque, dit-il, son action à lui « n’a rien à voir avec les élections » !

Devant cet état de désespérance dont le coté pathétique ne doit pas nous faire oublier qu’il nous interpelle par ses aspects humains, nous voulons saluer le propos du nouveau président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB), lequel considère, selon Alain Junot du "JIR", que « l’heure n’est pas de tirer à boulets rouges sur les politiques, mais plutôt d’actionner la sonnette d’alarme afin que toutes les compétences et bonnes volontés se mettent autour d’une table et prennent le problème à bras-le-corps » . Nous voulons dire à Franck Legros et à ses camarades du bureau de la CAPEB que nous adhérons pleinement à la démarche qui, ils le disent eux aussi, facilitera l’accès des artisans à la commande publique en direct, sans que la sous-traitance ne soit le passage obligé pour eux.
La systématisation de l’allotissement est possible. Elle est généralisée à la Région et peut l’être partout ailleurs, pour peu que les donneurs d’ordre publics acceptent de considérer que nos PME sont très souvent capables de bien faire ce pourquoi elles ont fait l’effort d’être moins-disantes. Il nous faut consentir à ces PME des avances sur marché significatives et réduire le plus possible les délais de paiement. Et puis, oui et puis, aidons nos chambres consulaires à mieux épauler leurs ressortissants qui ont besoin d’être accompagnés face aux exigences de la réglementation des marchés publics. Ici, je me rappelle les conseils que Théophane Narayanin tentait de donner à certains de ses amis que l’attrait de la défiscalisation pouvait troubler. « Faites attention à ne pas vous lancer dans des aventures dont on ne vous dit pas tout des difficultés qui vont vous tomber dessus », leur disait-il. S’il fut entendu par certains, on est obligé de penser qu’il ne le fut pas par tous.

R. Lauret


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