Libres propos

De Marie et Albert Mourvaye, Bernard Soutric, Gérard Faciotti, Joël Gauvin et Chantale Ronsard qui ont fait l’USPG au souhait qu’on ne traite plus jamais le vélo comme un objet de promotion politicienne…

Témoignages.re / 8 novembre 2010

L’USPG (Union sportive portoise de gymnastique) fête ses 30 années d’existence. Je ne doute pas que l’opinion publique réunionnaise, et plus particulièrement le monde de la Gym d’ici ainsi que la population du Port, a largement suivi, sur place ou à travers les divers médias qui en ont rendu compte, le beau gala qui a vu des champions venus de France et de Shanghai en une exceptionnelle démonstration ce samedi 6 novembre au complexe municipal de la cité maritime.
S’il est normal que nous saluions le remarquable travail que, autour de leurs deux co-présidents que sont Gisèle Maillot et Guy Pernic, l’équipe dirigeante actuelle réalise, il me plait de rappeler les noms de ceux et de celles qui, il y a plus de trente ans de cela, ont fait le pari que la Gymnastique s’imposerait sur l’autel des disciplines sportives pratiquées dans notre île.
En premier lieu, il nous faut citer Marie et Albert Mourvaye chez qui nous dînions un samedi de juillet-août 1976 au moment où, à Montréal, se déroulaient les XVIIIèmes Jeux olympiques. Nous étions bien plus qu’émus en voyant ce soir-là à la télé la jeune Roumaine Nadia Comaneci aux épreuves de gymnastique. L’attendrissement que nous ressentions devant cette jeune enfant, qui alors n’a pas encore 15 ans, nous poussait à nous dire que la Gym pourrait peut-être favoriser l’émancipation de la jeune fille réunionnaise. Il y eut alors un flash et prit forme l’idée que, dans notre société sportive particulièrement macho, la gym serait l’activité qui peut affirmer et accélérer les possibilités pour nos filles d’accéder elles aussi au plus haut niveau. Ce soir-là, la conviction féminine et les certitudes masculines pouvaient le plus naturellement converger en un seul élan porteur. Avec Mickaël Rosalie, nous avons consacré plusieurs pages (dans un ouvrage paru en 1996 : “L’OMS du Port, ou le pari du Sport pour tous et toutes”) à ce qui était notre engagement.
En toute logique, quelques mois après Montréal, avec Albert qui était président de l’OMS du Port, nous proposions à l’inspecteur départemental de l’Éducation nationale de la circonscription, que la Gym soit un élément fort des séances d’EPS dans les écoles primaires de la ville. Nous ne remercierons jamais assez Monsieur Bernard Soutric d’avoir aussitôt compris l’intérêt et les perspectives qui se présentaient et tout le bien que les gosses du Port, toutes origines sociales confondues, pourraient en tirer dès le début de leurs scolarités. Tout fut aussitôt mis en œuvre avec la désignation d’un conseiller pédagogique de circonscription, Gérard Faciotti, un ancien adepte de la Gym.
Gérard Faciotti entamera un travail formidable de formation des instituteurs, ce qui, très rapidement, amènera l’OMS à prendre contact avec un prof… qui, osons l’écrire, « s’ennuyait » à seulement avoir à enseigner l’EPS dans un collège à Saint-Denis. Joël Gauvin accepta de consacrer toutes ses soirées et tous ses week-ends à organiser en un club nos jeunes repérés depuis l’école. Il emmena avec lui une de ses collègues, Chantale Ronsard . Tous deux, totalement bénévolement, lancèrent véritablement une machine qui allait déboucher sur la création de l’USPG avec cet esprit de famille qui lui permit de se développer, de grandir et de sortir un Patrice Casimir et tant d’autres encore. Un esprit de famille qui, aujourd’hui plus que jamais, sait s’exprimer en toutes circonstances, celles qui sont heureuses autant que celles qui sont douloureuses.
Marie et Albert Mourvaye, Bernard Soutric, Gérard Faciotti, Joël Gauvin et Chantale Ronsard peuvent être considérés comme les tout premiers qui ont cru à la Gym au Port et qui lui ont donné l’ossature qui fait qu’aujourd’hui nous sommes nombreux et nombreuses à être fiers de notre USPG à tous.

Pour terminer, deux mots sur l’opération qualifiée de façon affligeante par la Région de “Route libre” et qui s’est déroulée hier dimanche sur un portion protégée de la Route des Tamarins. Cette opération, qui a valu à un de nos confrères de la presse écrite ainsi qu’à la télévision locale un gros paquet d’argent en publicité, clamait sur un ton des plus convenus : « AVEC LA REGION REUNION, SOYONS ACTEURS DU DÉVELOPPEMENT DURABLE ».
Après la mémorable journée du dimanche 14 juin 2009 qui a permis aux deux roues de profiter pleinement du panorama offert depuis la Route des Tamarins avant que cette dernière ne soit livrée quelques jours plus tard, comme il se devait, à la circulation rapide entre le Sud et l’Ouest, toute opération du genre “Route libre” pouvait et devait consister à permettre qu’en pleine liberté, cyclistes, rollers et autres puissent régulièrement, et donc au moins chaque dimanche, circuler sur des voies libérées de gros trafics automobiles. L’ancienne RN1, cette belle route qui longe le littoral, depuis Saint-Paul, jusqu‘à l’Étang-Salé, voire Saint-Louis et Saint-Pierre, avec ses coins ombragés, ses points de rendez-vous dominicaux, ses lieux grouillants de vie, le spectacle qu‘elle apporte d’une mer qui l’anime en permanence, cette belle route est le site idéal puisque les véhicules à moteur disposent des deux fois deux voies de la Route des Tamarins. L’expression “Route libre” aurait alors été la meilleure qui soit pour inviter les automobilistes à un exercice de civisme et de solidarité en acceptant de considérer les deux roues comme des usagers prioritaires qu’ils doivent apprendre à respecter. La notion de “développement durable” aurait alors été approchée.
On a préféré, croyant sans doute que cela rapportera des voix en mars prochain, faire dans l’apparent, le superficiel, le facile. C’est à revoir totalement.
C’est à revoir. Et surtout plus à refaire… le vélo, à La Réunion, vaut plus que cela.

Raymond Lauret


Kanalreunion.com