Libres propos

Du Président de la République que nous aurions pu avoir… à la lettre de Michel Séraphine et … à un vieux portois de 94 ans qui, en ce 19 Mars, se souvient sûrement

Témoignages.re / 19 mars 2012

« Tu vois un peu le Président que nous aurions alors eu ? »
Vendredi dernier, je rendais visite à un couple de vieux amis aujourd’hui retirés quelque part sur les hauteurs de notre île, pas loin de Trois Bassins. Il s’agit de personnes fort respectables qui ont beaucoup apporté à la jeunesse réunionnaise et avec lesquels je peux dire que nous sommes quelques-uns à avoir écrit quelques belles pages de l’engagement que tout citoyen doit à la population du pays qui l’a vu grandir.
Pas loin de Trois Bassins donc, nous passâmes ensemble un peu plus de deux heures et demie. Deux heures et demie qui nous parurent bien courtes, à grignoter gâteau et crêpes faits maison et à déguster un thé comme on n’en fait que chez eux. Et surtout à passer en revue certains des problèmes dont, déjà à partir de la feuille vierge de l’époque, nous avions su ressentir l’importance pour l’avenir et qui ont alors mobilisé une grande part de nos énergies.
Au moment de nous quitter, notre propos tomba sur les prochaines élections présidentielles. Sans que je ne pourrais dire pourquoi, nous évoquions alors la chance que, en définitive, la France et les français avaient eue quand la carte DSK s’écroula brutalement et que ce dernier se trouva écarté d’un scrutin pour lequel, ne l’oublions pas, une certaine convergence se lisait à l’époque pour dire qu’il aurait sans doute gagné. De l’impossibilité pour l’ex-patron du FMI d’être candidat contre Sarko and Co et donc de « son combat terminé » bien avant l’heure, on en connaît les raisons. Elles s’appellent « …18 Mai 2011 », « … Suite N°2806 du Novotel de New York », « …Nafissatou Diallo », « … Police fédérale américaine », « …Tribunaux et juges de là-bas », etc.
Pas loin de Trois Bassins, la maîtresse des lieux eut alors ces mots qui montrent que le jugement féminin sait parfois viser juste : « Heureusement que c’était aux États-Unis… Tu imagines si cela s’était passé en France ? ». En France ? Quoi, en France ? Qu’est-ce qui se serait passé si la chose avait été vécue en France ?... « Si cela s’était passé en France , nous expliqua alors notre interlocutrice, je te parie que l’affaire aurait été étouffée. Étouffée par la présomption d’innocence. On n’en aurait rien su. Et le DSK aurait été candidat. Tu vois un peu le genre de Président que la France allait s’offrir le 6 Mai prochain !? ». Ben oui, je vois…

La lettre de Michel Séraphine à ses « camarades de la deuxième circonscription et à toi, Huguette Bello »…

Je ne peux évidemment pas éviter le domaine des prochaines échéances électorales locales et ne pas vous dire combien j’ai lu avec émotion la lettre ouverte que, dans l’édition de Samedi de “Témoignages”, Michel Séraphine a adressée à ses camarades du Parti communiste réunionnais, aux électeurs de la 2ème circonscription, et « à toi, Huguette Bello » .
Dans cette lettre à chacune et à chacun d’entre nous, Michel a raison d’affirmer que, « à la veille du rendez-vous électoral des législatives, beaucoup de nos amis politiques semblent désemparés et meurtris de devoir choisir entre deux personnalités qu’ils ont toujours connues partageant un même idéal pour le développement de notre île ». Je ne suis pas seul à entendre et à partager son cri quand il rappelle à celle dont il fut le suppléant que « … ensemble, nous avons à maintes reprises livré de difficiles batailles. Combien de fois nous sommes-nous retrouvés quand il s’agissait de défendre les valeurs de liberté et d’égalité malheureusement encore à conquérir ?… ». Comme tant d’autres qui ont su faire passer l’intérêt collectif avant des ambitions personnelles qui sont pourtant légitimes, je ne peux qu’adhérer à son interrogation : « Comment mener et gagner nos combats pour la liberté et l’égalité, pour le progrès social, si la fraternité n’y est plus ? ». Comme mille et cent autres, je soutiens moi aussi ce que Michel rappelle encore sans détour : « …La fraternité ne pactise pas avec l’individualisme ; elle se nourrit de solidarité et d’humilité, d’altruisme. Elle est seule capable de cultiver encore les plus beaux rêves pour notre humanité ».
Et c’est avec la lucidité que lui apporte l’immense tristesse qu’il a ressentie après avoir espéré que « les tentatives de médiations qui ont été organisées permettraient de nous épargner cette situation » et qu’après que « les mains tendues soient restées dans le vide », Michel Séraphine l’annonce : « … Malgré la peine qui m’étreint face à cette situation, c’est avec conviction, force et détermination que j’apporterai ma contribution à ce combat désormais inéluctable, mais nécessaire, pour demeurer fidèle à nos valeurs essentielles... ».

Théophane Lauret s’en souvient sûrement…
Je ne peux terminer ce “Libres propos” sans une affectueuse pensée pour mon vieux papa qui, je le sais, n’aura sûrement pas manqué de penser en se réveillant ce lundi matin que nous sommes aujourd’hui le 19 Mars. Il a beau, avec tout ce que cela supporte du point de vue de sa pleine santé, avoir passé le cap des 94 ans, il ne manque jamais chaque semaine, au moins pendant le repas que je prends avec lui les mercredis à midi, l’occasion de se remémorer à haute voix, histoire sans doute que son vis à vis ne l’oublie jamais, la victoire de Raymond Vergès et de Léon de Lépervanche aux législatives d’Octobre 1945. Une victoire à laquelle il prit toute sa part à Trois Bassins et qui ouvrit la voie pour que notre île du bout du monde accède au statut de Département français quelque cinq mois après, le 19 Mars 1946.
Je ne doute pas que, à l’instar de Fabien, Eugène et bien d’autres encore , il relira alors « son “Témoignages” » de samedi et approuvera Michel Séraphine qui y mettait en avant « la fraternité, ce mot qui évoque le souffle de l’espérance, de la lutte collective, cette pensée qui fait sens en rassemblant et en permettant à tout un peuple de croire et de partager l’espérance de lendemains meilleurs ».

Raymond Lauret


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