Libres propos

Et il me suffit d’entendre ma petite fille de 5 ans et demi me rappeler qu’« il faut fermer le robinet quand on se brosse les dents car il y va de l’avenir de notre planète »…

Témoignages.re / 10 mai 2010

Il y a un peu plus de vingt ans, plus d’un ici sourirent quand, pour la toute première fois dans notre île, le problème des changements climatiques à l’échelle de la planète fut évoqué à haute voix. Plus d’un alors, sans chercher à se cacher, se moquèrent sans retenue d’une « préoccupation » qui, disaient-ils, n’avait pas lieu d’être puisque non perceptible par nos sens de citoyens consommateurs. Et puis, raison à leurs yeux suffisante pour s’en moquer encore plus, la dite préoccupation ne relevait-elle pas des capacités « d’imagination de ce traditionnel utopiste » plus d’une fois déjà qualifié de dangereux trublion de notre ordre mental par tout ce qui compose la colonie de nos conservateurs locaux ?

On sait aujourd’hui ce qu’il en est de ces changements climatiques qui sont un sujet majeur de préoccupations pour tous les peuples de la planète Terre. Et il me suffit d’entendre ma petite fille de 5 ans et demi me rappeler qu’« il faut fermer le robinet quand on se brosse les dents, car… à ton âge, tu devrais savoir ça Papy !, il y va de l’avenir de notre planète » pour me dire qu’il est heureux que le message a semble-t-il été compris puisque, dès l’école maternelle, on commence à en causer et sans doute à commenter. Puissent nos enfants nous servir de maîtres à réfléchir sérieusement. Il n’en est que temps.

Je pensais à cela en discutant avec un ami syndicaliste qui me confiait combien le problème de fond que soulève aujourd’hui le Maire de Saint-Louis l’interpelle lui aussi. En demandant à l’ensemble des employés de la Commune dont il a la responsabilité d’accepter une diminution de leur temps de travail et donc de leurs salaires, Claude Hoarau ouvre le livre de notre cœur de salarié au chapitre d’une nécessaire solidarité avec ceux que la société dans laquelle nous vivons tous prive d’emploi .

Bien sûr, si l’on reste dans le raisonnement qui a permis que, historiquement, le mouvement ouvrier arrache un peu de bien-être pour des travailleurs trop souvent exploités sur les lieux même de leurs usines, on comprend bien la nécessaire vigilance dont l’action syndicale se doit d’être plus que jamais soucieuse, dans une économie mondialisée et où la recherche du profit procède souvent par la délocalisation des outils de productions avec le chômage qui s’installe et l’avenir qui s’assombrit. Et ce ne sont pas ceux et celles qui s’inquiètent avec raison de ce que sera demain notre régime de retraites qui diront le contraire. Plus que jamais, la clairvoyance syndicale est indispensable pour rappeler à ceux qui ont la lourde charge de gouverner, et donc de prévoir , qu’il y a dans notre pays des disparités de salaires insupportables, qu’on y tolère des modes de gestions de l’entreprise qui sont inacceptables quand elles aboutissent à des délocalisations et donc à des suppressions de l’emploi par milliers, et que nous avons, triste réalité, une Assemblée Nationale qui, sans le moindre garde-fou institutionnel, peut voter pour ses députés des avantages de toutes les sortes qui en font aux yeux des Français des privilégiés pour lesquels on peut ne plus éprouver d’admiration.

Dans ce monde qui prépare pour nos enfants un avenir qui ne peut pas ne pas nous inquiéter, Claude Hoarau interpelle notre conscience à tous. Il est le Maire et non pas le patron des habitants de Saint-Louis. Par la loi et surtout par la volonté d’une majorité de la population, il est l’élu de tous les Saint-lousiens et de toutes les Saint-louisiennes. Peut-il donc accepter comme une fatale logique que certains de ses concitoyens soient à jamais privés d’emploi ? Dans cette grande famille qu’est la Commune, n’est-il pas juste que ce soit le Maire qui fasse naître et grandir l’idée que la solidarité, sous une forme à trouver, prenne toute sa place ? Doit-il accepter, parce que l’État est ici défaillant et que la crise et une pratique mondialisée affaiblissent dramatiquement le tissu entrepreneurial français et donc réunionnais, que l’on assimile nos municipalités à des entreprises alors qu’elles ont, en plus de leurs traditionnelles et importantes fonctions d’aménagement du territoire pour l’économie, le logement et les activités de la vie quotidienne, à veiller à une certaine cohésion sociale qui, nul ne le nie, passe par la baisse de l’inactivité dans la population ? Claude Hoarau n’anticipe-t-il pas sur ce qui attend l’ensemble de nos communes réunionnaises dans un avenir proche , quelles que soient leurs étiquettes ?

Un débat, nouveau et difficile c’est certain, est aujourd’hui ouvert. Seraient aveugles ceux qui ne verraient pas qu’il pose les fondements de notre société de demain. Ne seraient pas responsables ceux qui sauteraient sur l’occasion pour en faire un sujet d’affrontement électoraliste. Sont d’ores et déjà grandis ceux et celles pour qui se priver quelque peu vaut la peine si cela permet que tous nos responsables du monde politique, syndicaliste, associatif et économique prennent conscience que c’est ensemble que nous ferons face à un monde qui, en changeant dramatiquement de base, entraîne trop d’êtres humains vers la désespérance.

R. Lauret


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