Libres propos

J’ai ressenti de la tristesse et de la compassion pour David Lorion, obligé à son tour d’avoir à subir la stratégie des « grosses cordes usées »…

Témoignages.re / 6 décembre 2010

C’est David Chassagne qui l’écrit dans l’édition du “JIR’ de ce samedi 4 décembre : « … Didier Robert n’a pas réussi à être “lisible”, comme diraient les spécialistes . Là où on l’attendait avec des pratiques politiciennes neuves, il a utilisé de grosses cordes usées … Quant à ses projets de route du littoral sur six voies avec des bus en site propre, on ne sait toujours pas quoi en penser ».

La pratique des grosses cordes usées ? Les membres du Conseil économique, social et environnemental de La Réunion (C.E.S.E.R.) ont eu à vivre un étonnant et vivant exemple de cette stratégie lorsque, en présence du Préfet et d’un représentant de la Région, ils étaient réunis pour élire leur Président. C’était vendredi matin, dans l’hémicycle Pierre Lagourgue, au Moufia.

Les cinquante délégués du monde économique, social, syndical ou associatif et leur dizaine de collaborateurs y avaient pris place. Comme le veut la règle, c’est au doyen d’âge de l’assemblée, Monsieur Gérard Ethève en l’occurrence, que revenait la responsabilité de présider des travaux qui ne comportent alors qu’un point : l’élection du président. Cependant, la tradition et les bonnes manières veulent que la parole soit donnée au Préfet, porte-parole de l’État qui installe ladite assemblée, et dans la foulée au représentant du Conseil régional, assemblée délibérante qui consulte le CESER.

Michel Lalande, le premier donc, s’adresse aux membres du CESER. Discours classique, sans surprise et avec clins d’œil à l’Histoire, discours développé avec cœur et intelligence, discours spontané tout au cours duquel le sourire et le regard se veulent encourageants, voire complices. Discours naturellement applaudi, pas seulement comme il se doit. Gérard Ethève peut donc alors donner la parole à David Lorion, représentant du Président du Conseil régional. Et là, surprise…

Surprise… David regarde le pupitre, le fouille littéralement des yeux, devant, à droite, à gauche. A côté, Gérard Ethève et Michel Lalande essaient de comprendre ce qu’il semble y chercher, étonnés qu’ils sont par ce qui est entrain, devant une grosse soixantaine de témoins, de prendre l’allure d’un gros couac pour un exercice somme toute à la portée d’un garçon comme David Lorion. Ce dernier, nous le savons tous, est un habitué des discours, avec ou sans note. Agrégé de l’Université, il a montré plus d’une fois qu’il sait et peut être brillant lorsqu’il est dans son élément et qu’il est en mesure de s’adapter à toute circonstance. Et puis, je puis en témoigner, David Lorion sait ne pas manquer de cran, et avec classe, quand les enjeux sont importants.

Je n’oublierai jamais qu’il sut, lorsque l’an dernier, à l’EPFR (Établissement public foncier de La Réunion), nous dénoncions un projet de loi qui visait à affaiblir la position des pouvoirs publics dans leur souci de se constituer des réserves foncières, projet de loi que préparait un député UMP, je n’oublierai jamais que David Lorion s’était alors élevé pour écrire et rendre publique sa position : « Cette proposition de loi, écrivit-il alors, sert délibérément les intérêts privés au détriment de l’intérêt public… Elle va laisser les promoteurs privés s’accaparer le foncier indispensable au développement de La Réunion, au détriment des logiques d’aménagement et en favorisant les effets spéculatifs ». J’avais apprécié et nous étions unanimes à saluer l’intelligence ainsi et spontanément manifestée. C’était l’an dernier.

Vendredi, David cherchait manifestement le discours dont on lui avait dit qu’il avait la charge de donner lecture. Manifestement, on lui avait dit que le discours serait déposé dans l’hémicycle, à sa place. Et manifestement, le discours qui devait être préparé par le cercle d’en haut n’était pas là.

Répétons-nous : David Lorion est bien entendu capable de s’adresser aux membres du Conseil économique, social et environnemental de La Réunion. Même sans discours, ni notes. Il en a vu d’autres, si vous me permettez l’expression. Comment se fait-il alors qu’il choisit la position la plus ridicule qui soit : faire attendre tout le monde une grosse vingtaine de minutes, le temps que, là-haut, on retrouve le fameux discours ?

Plus d’un dans l’hémicycle, membres consulaires, administratifs, Préfet, journalistes, n’ont pas manqué de se dire qu’on n’a peut-être pas le droit à la Région, lorsque comme David Lorion, on n’appartient pas au cercle des totalement inconditionnels, de laisser parler son intelligence et son cœur. La parole y est contrôlée. Fut-elle celle d’un agrégé de l’Université.

Plus d’un n’a sûrement pas manqué de se dire qu’en haut de la pyramide inversée, on préfère le couac ridiculisant au risque que soient dites des choses qui n’ont pas été vérifiées. Et tant pis pour celui qui, sur la place, doit subir les sourires en coin de ceux qui le regardent en commentant entre eux la cocasse situation, une situation qui ne s’oublie pas, « même une fois passées les insupportables vingt minutes d’attente.

Quand le discours arriva enfin, pendant que sa lecture fut entreprise, il y avait de la gêne dans la salle. Parce que l’on aime bien David Lorion et qu’on n’avait pas de difficultés à imaginer ce qu’il ressentait alors, plus d’un s’interrogeaient tout en le plaignant.

Lorsque cela me fut raconté, je ne pouvais pas ne pas ressentir de la tristesse et de la compassion pour David Lorion, obligé à son tour d’avoir à subir la stratégie des grosses cordes usées. Car David Lorion, je l’ai apprécié un jour. C’était l’an dernier.

Raymond Lauret


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