Libres propos

J’aimerai, Monsieur l’Ambassadeur, vous parler de Xu Genbao et de Claude Lowitz

Témoignages.re / 8 février 2010

Permettez, Monsieur l’Ambassadeur, cher Monsieur Kong Quan, que je vous dise moi aussi tout le bonheur qu’avec quelques amis, nous pouvons ressentir avec la création d’un Consulat Général de Chine à La Réunion. Si personne ne saurait douter que cet événement consacre, en tout premier lieu, le long mais merveilleux et passionnant travail entrepris depuis de bien nombreuses années par les générations de réunionnais d’origine chinoise qui nous ont précédés et, en second lieu, les démarches opportunes de nos collectivités et de certains de leurs élus et responsables, j’ai aujourd’hui une belle pensée pour un homme que vous ne connaissez sans doute pas et dont j’aimerais vous parler.
J’aimerais vous parler de Claude Lowitz tant, je le crois fortement, ce garçon a su montrer que l’amour du travail bien fait déborde immanquablement entre les hommes sur une relation affective appelée à ne jamais s’effacer et contribue à tisser des liens particulièrement solides entre gens de pays que tout, a priori, sépare.
Tout commence au tout début de l’an 2000. Un ami de Shanghaï nous rendait alors visite. Il était accompagné par une figure de légende du football chinois. Un grand, un très grand Monsieur. Vous l’avez sans doute deviné : il s’agit de Xu Genbao, lequel, après une carrière de toute beauté qui le mena au capitanat de l’équipe nationale, pensait trouver chez nous un technicien qui dirigerait le centre de formation pour jeunes footballeurs chinois qu’il avait créé à Chongming depuis trois ans déjà. Xu Genbao s’était dit que la victoire de la France au Championnat du Monde de 1998 reposait forcement sur la qualité de l’encadrement de ses divers centres de formation. Grâce à notre ami commun, il savait que le Conseil Régional de La Réunion avait ouvert un centre à La Plaine des Cafres. Convaincu que l’avenir du Foot en Chine ne passerait sûrement pas par le recrutement par ses clubs à coups de dizaines de millions de dollars, depuis l’Europe, de vieilles gloires davantage préoccupées par un ultime contrat juteux et rapidement bouclé que par le devenir des jeunes joueurs de son pays, Xu Genbao nous demandait tout simplement notre aide. Je mesurai l’honneur qui était ainsi fait à notre petite région ultrapériphérique de l’Océan Indien et, sans attendre, avec quelques amis, dont Axel Royé ou encore Frantz Blard, nous nous attachâmes à ce qui ressemblait à un gros défi.
Il nous fallut près de deux ans de travail, de contacts, de déplacements, de discussions. C’est à Claude Lowitz que nous fîmes la proposition d’être l’homme du défi. Et ce choix devait se révéler particulièrement heureux. A la "Genbao Football Base" de Chong-ming, Claude fut d’emblée accepté, au sens plein du terme. Il sut se faire respecter et surtout apprécié voir aimé par les jeunes dont il avait la responsabilité et par les trois éducateurs qui le secondaient. Rapidement, il leur montra à tous, mais surtout à chacun d’entre eux, combien les notions de récupérations, d’efforts à apprendre à doser, d’anticipation, de respect de l’adversaire et de l’arbitre, n’empêchaient nullement, bien au contraire, que l’on travaille dur si l’on veut réussir. Il leur montra aussi à tous, et surtout à chacun, que leur réussite collective pouvait avoir un impact sur leur quartier et, par delà, sur toute une cité. Voire plus, c’est à dire dans toute leur nation.
J’ai vu un jour, c’était à Handzou, à 200 kilomètres de Shanghaï, combien les Whang Jia Yu, Wu Lei, Zhang Lin Peng, Bai Jia Jun, Wang Jun, Zhu Zheng Rong, et autres Cao Yun Ding, tous âgés de 16 ou 17 ans, étaient heureux de leur coach français, un coach qui se comportait avec eux en grand frère et qui venait de leur permettre de gagner à l’extérieur sur le score sans appel de 4 à 1 au terme d’une partie gérée de main de maître. Ce jour-là, Xu Genbao, sur la pelouse, me congratula chaleureusement, un peu comme si, plus que jamais, il voulait se rappeler que tout cela avait commencé avec notre première rencontre à La Réunion, au tout début de l’année 2000.
Parce qu’il apportait un regard et une relation autres, Claude a été approché par les instances nationales du football chinois. Sans doute pour une mission de plus haute envergure encore. Mais, pour des raisons qui lui sont propres, il lui fallait rentrer auprès de sa famille. Qui pourrait le lui reprocher ?
Il ne m’appartient pas de livrer ici ce que je sais des souhaits de Xu Genbao quant à ce que Claude (qu’il appelle affectueusement « Coco » ) pourrait encore apporté au foot de là-bas après son retour dans notre île depuis maintenant deux ans. Sachez seulement, Monsieur l’Ambassadeur, cher Monsieur Kong Quan, que ce lundi 8 février dans l’après-midi, lorsque depuis la tribune de l’hémicycle vous vous adresserez au monde économique réunionnais, je ne pourrais pas ne pas penser qu’ un garçon comme Claude Lowitz a contribué lui aussi à la facilitation de l’installation dans notre île d’un Consulat Général de Chine. Parce que le Sport nous offre parfois les ouvertures les plus étonnantes et que les vertus du Foot dépassent largement les joies que l’on peut trouver à courir à 22 derrière un ballon.

R. Lauret


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