Libres propos

Je n’allais tout de même reprocher à David Lorion d’avoir omis de préciser que l’idée d’un Pierrefonds au service de tout le Sud avait pour père mon ami Elie Hoarau…

Témoignages.re / 31 mai 2010

Je n’allais tout de même reprocher à David Lorion d’avoir omis de préciser que l’idée d’un Pierrefonds au service de tout le Sud avait pour père mon ami Elie Hoarau…

David Lorion, j’ai eu à faire à lui seulement trois fois dans ma vie. La première, c’était il y a un peu plus de quatre ans de cela. C’était sur un parking tout prés de la Mairie de Saint-Pierre. Aux côtés du Maire Michel Fontaine, il accueillait une manifestation vouée à l’Economie solidaire . J’y suis intervenu, au nom du Conseil Régional, pour expliquer comment nous avions eu à accompagner un couple de la Rivière Saint-Louis dans des garanties bancaires qui leur étaient nécessaires pour monter une petite affaire, celle qui allait leur permettre de s’en sortir par le travail. J’ai eu ce jour là la désagréable sensation d’être perçu comme l’adversaire politique venu en service commandé « tâter le terrain ».

Le seconde fois, c’était lors d’une conférence initiée par mon ami Maurice Cérisola et l’ADIR qui avaient convié le monde économique et les instances politiques à parler aménagement. C’était il y a un peu plus de deux ans. Cela se passait à Saint-Paul, dans les locaux de l’URCOOPA de Cambaie. La salle, bien évidemment, était bondée. Une tradition avec l’ADIR ! David Lorion eut à intervenir. Il parla tranquillement, avec passion et compétence, d’un sujet qu’à l’évidence il maîtrisait parfaitement : la Zone économique de Pierrefonds dans son rôle de « pôle d’intérêt régional » . Je n’allais tout de même pas lui reprocher d’avoir omis de préciser que cette idée d’un Pierrefonds au service de tout le Sud avait pour père mon ami Elie Hoarau. Ce n’était ni le lieu, ni le moment. Je me contentais, à la fin de la conférence, d’aller le saluer pour lui dire tout le bien que j’avais ressenti en l’écoutant et combien, autant que lui, j’étais convaincu que la Route des Tamarins nous imposait de donner à cette Zone d’intérêt régional les fonctions de plate-forme économique rattachée au port de la Pointe des Galets.

La troisième et dernière fois que j’ai eu affaire à lui, c’était l’an dernier quand, en ma qualité de président de l’ Etablissement Public Foncier Régional de La Réunion, je l’ai sollicité pour nous accompagner dans une protestation contre un projet de loi qu’un député UMP, Président de la Commission des Lois de l’Assemblée Nationale, voulait faire voter avec pour objectif de priver nos collectivités du garde fou que constitue le Service des Domaines quand il s’agit pour ces dernières d’acquérir du foncier pour des réalisations à caractère social. Le communiqué que David Lorion m’envoya peut être considéré comme un exemple de clairvoyance et de courage politiques. « Cette proposition de loi, déclarait-il, sert délibérément les intérêts privés au détriment de l’intérêt public… A La Réunion plus qu’ailleurs, les collectivités ont besoin de maîtriser du foncier sur du long terme pour construire des logements sociaux et des équipements publics ». Nous étions nombreux à penser exactement cela. J’ai apprécié et aujourd’hui encore, j’apprécie toujours…

Vous comprendrez pourquoi je partage pleinement l’avis que publie le Quotidien dans sa page de « la di la fé » de ce samedi 29 Mai. Lisons : « Hier, il défendait le tram-train et souhaitait qu’il arrive au plus tôt dans le Sud. Aujourd’hui, membre de la majorité de Didier Robert opposé au projet, David Lorion ne sait plus sur quel pied danser. Et il s’en sort par une pirouette : « Il y aura un tram-train un jour à La Réunion », affirme-t-il ». J’ajoute que David Lorion avait précisé, dans son propos d’origine, qu’il y aura un Tram-Train un jour à La Réunion « parce qu’on ne pourra pas faire tous les transports en commun en bus » . Et il avait complété : « Mais il n’y a aucune raison de ne pas commencer par le bus. C’est ça le urgent et le plus rapide à faire. Il faut irriguer toute La Réunion ».

Justement, bien cher David, s’il y avait une erreur à ne pas commettre, c’était bien de continuer « l’irrigation » comme vous dites de notre petit territoire par des véhicules polluants et encombrants avec comme désastreuse conséquence ce que tout le monde souligne : la difficulté demain de réaliser la construction d’un réseau ferroviaire performant. Votre nature, je le croyais fortement, aurait dû vous pousser à expliquer la voie du bon sens à votre président. Je vous devine mal à l’aise à devoir accepter ce que vous n’approuvez pas au fond de vous même. C’est dommage pour vous et surtout pour les générations qui viennent. Pour votre « défense », vous pourrez dire que vous ne pouvez pas, à vous seul, inverser la démarche que votre président vous impose, à vous et à son équipe. Comme je vous respecte, je vous comprends. Mais, admettez le, c’est bien dommage !

Raymond Lauret


Kanalreunion.com