Libres propos

« Je vous les offre, Madame, pour ce que vous avez dans votre porte monnaie »

Témoignages.re / 28 décembre 2009

J’ai bien envie de glisser ici le récit de ce coup de fil que j’ai reçu jeudi dernier 24 décembre, en fin d’après-midi. Mon interlocutrice est une dionysienne, propriétaire d‘un magasin de vêtements de niveau élevé. C’est une amie. Et, ce jour-là, elle me confie vouloir partager avec moi et mon épouse un immense bonheur qu’elle vient de vivre, il y a quelques dizaines de minutes seulement. Une dame de condition très modeste était entrée dans sa boutique et admirait une chemise dont le prix n’était pas donné. « Mi aimerait bien achète chemise là pour mon garçon. C’est sa fête aujourd’hui. Mais moins l’est pas sûre que moins la assez d’l’argent ». Mon amie dit alors à la dame : « Pour l’argent, nous va voir. Choisi sat y plait à ou. Sat ou nana y suffira ». La dame avait besoin d’être assurée qu’elle pourrait acheter cette chemise qui coutait bien au moins deux fois plus que ce qu’elle avait dans son porte-monnaie. La patronne des lieux l’encouragea en lui suggérant de choisir également un pantalon bleu qui semblait aller avec la chemise. Timidement, la dame convint que les deux ensemble étaient bien beaux et que son garçon serait sans aucun doute tout fier de les porter. Mais…
« Je vous les offre, Madame, pour ce que vous avez dans votre porte monnaie », dit alors la commerçante à une cliente qui n’en croyait ni ses yeux, ni ses oreilles et dont le cœur battait au rythme de la plus belle des émotions, celle de la gratitude pour une personne qu’elle ne connaissait pas, qui ne la connaissait pas sûrement pas et qui, par ce geste, lui montrait que la solidarité pouvait parfois ne pas rester au seul stade des mots et des grandes déclarations.
Des larmes lui montèrent aux yeux, à la dame évidemment. Ce qui émut encore plus mon amie qui, spontanément, prit dans le placard de son bureau le gros paquet luxueux de chocolat en papillotes qu’elle avait acheté quelques heures avant et qu’elle comptait offrir à son mari qui en raffole. Et le remit à la dame. « Alain comprendra et ne m’en voudra pas », me dit-elle heureuse d’avoir osé laisser parler son cœur de mère avec, je le sentais bien, des larmes qui coulaient sur ses joues.
Cette histoire est authentique. Elle n’a sans doute rien d’exceptionnel, j’en conviens volontiers. Vous aussi avez un jour eu ou reçu un élan de générosité auquel vous ne vous attendiez pas. En ces périodes de fêtes, il est bon d’en faire état, même si, j’en conviens volontiers, elle n’est sans doute pas exceptionnelle, n’est-ce pas ?

R. Lauret


Kanalreunion.com