Libres propos

La perte du « Triple A » : et si ce qui ressemble fort à un sacré bordel était en réalité un message à décoder ?...

Témoignages.re / 16 janvier 2012

Ces dernières heures, comme chacun d’entre vous, j’ai entendu et écouté les spécialistes des hautes questions liées aux subtilités des stratégies financières nous parler du fameux AAA dont notre nation vient d’être privée. Avec le risque d’une évolution négative.

Le moins que l’on pourrait dire, c’est que, à une centaine de jours de notre Pprésidentielle, l’agence Standard & Poor’s a, pour parler vulgairement, foutu ce qui ressemble fort à un sacré bordel. Ce qui, évidemment, a amené François Baroin, notre ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, après avoir lancé que « ce ne sont pas les agences de notation qui décrètent sa politique à la France », à préciser que « les grandes choses se font par la valeur des hommes bien plus que par les textes ».

Même analyse de la part de François Fillon , notre Premier ministre, pour lequel cette annonce ne doit être « ni dramatisée, ni sous-estimée » et qu’elle fait désormais aux uns et aux autres obligations de « mettre la France sur le chemin du redressement et de prendre les décisions qui engagent la réforme ».

S’il fallait s’attendre qu’Hervé Morin, Maire d’Epinay, Député de l’Eure et Président du Nouveau centre, « en appelle à des mesures d’économie immédiates »,
… s’il est normal que pour François Bayrou, Président fondateur du Mouvement démocrate, Député et candidat lui aussi à la Présidentielle des 22 avril et 6 mai prochain, « la responsabilité UMP-PS est totale dans la perte du triple A » et que « cela va obliger les responsables à regarder — enfin — la réalité en face et à cesser de raconter des histoires »,
… s’il est bien normal et juste que le candidat du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon ait lancé, au cours d’une prestation télévisée dont il a été écrit qu’elle fera date, que « la colère populaire est immense », que « la cocotte-minute est en train de bouillir » et qu’il serait temps que « François Hollande le prenne au sérieux »,
s’il fallait s’attendre à la réaction solennelle du candidat socialiste, François Hollande justement, et pour qui il s’agit aujourd’hui de « redonner la confiance indispensable à la France »,
oui, s’il entre dans la logique des choses qu’en réponse à la volonté des proches de Nicolas Sarkozy de relativiser sans la nier la gravité de la situation, il ait eu, chez les opposants à la politique gouvernementale, les réactions que nous avons ci-dessus résumées, nous ne résistons pas à l’envie de nous dire que cette perte de « Triple A » est peut-être, voire aussi, un message à décoder.

Lorsque Elie Hoarau, le secrétaire général du Parti communiste réunionnais, dans les colonnes d’un journal local à grand tirage, rend publique sa conviction que « notre parti est aujourd’hui en crise », parce que, « face à la crise économique et sociale, il y a aussi une crise politique qui touche l’ensemble des partis et que nous avons nous aussi, à l’intérieur de notre propre parti, cette perte-là », lorsqu’il dit qu’il faut sans attendre « puiser dans notre histoire et dans notre expérience, puiser dans ce que les anciens nous ont laissé pour rebâtir un parti fidèle à des valeurs et qui se bat… », et lorsque ce dirigeant, pour pouvoir se consacrer pleinement à la difficile tâche de refondation de son parti, passe le flambeau à un jeune compatriote pour que soient poursuivis les combats menés au Parlement européen, c’est un message fort qui est lancé à l’ensemble des responsables de tous les partis politiques et à leurs militants respectifs.

Car si « la cocotte-minute est en train de bouillir » et si « la colère populaire est immense », si « les grandes choses se font par la valeur des hommes bien plus que par les textes », s’il est indispensable de « mettre la France sur le chemin du redressement et de prendre les décisions qui engagent la réforme », si, comme annoncé, « il faut redonner la confiance indispensable à la France »,
alors, ayons l’audace de dire nous aussi, à notre simple place, mais avec une opinion publique qui le ressent de plus en plus, que notre Nation ne donne pas l’exemple quand ses élus votent des lois et que ses administrations font signer des décrets qui rendent légal un régime indemnitaire qui incite au cumul des mandats électifs. Ayons l’audace de dire que, sous les cieux de notre République, les dépenses somptuaires et parfaitement sans effet autre que de “gober le client” sont légions. Je le sais : on va avancer que ce sont là des petites choses, des petites mesures, que les économies qu’elles engendreraient seraient une goutte d’eau dans l’océan.

Outre qu’une telle explication exprimerait tout le mépris d’une certaine classe pour nos compatriotes qui vivent en silence leur misère, elle est évidemment totalement fausse. Mais plus que ce qu’elle permettrait d’injecter dans nos budgets sociaux, c’est la valeur d’exemple qu’elle aurait qui prévaut.

Pour moi, en tout cas, c’est arrêté : je ne voterai plus jamais pour une personne qui, sur ce simple sujet, m’aura montré que, dans certaines têtes, l’accumulation des rentes est devenue un besoin maladif.

Raymond Lauret


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