Libres propos

La route n’est pas un large lacet asphalté où nous serions entre gens d’un même niveau de maîtrise de la conduite…

Libres propos

Témoignages.re / 23 mai 2011

J’entendais à la télé et lisais dans la presse l’autre jour trois compatriotes, pour lesquels j’ai beaucoup de respect, s’élever contre l’ensemble des dernières mesures gouvernementales annoncées et qui visent à sévir davantage contre ceux et celles d’entre nous qui, au volant de leurs véhicules à moteur, ne respecteraient pas les limitations de vitesse imposées. Parmi ces mesures, la décision de ne plus indiquer la présence des fameux radars en enlevant les panneaux que l’on sait. Et aussi la confiscation de la voiture ou de la moto dont la vitesse aurait dépassé sensiblement le maximum autorisé. Pour résumer leurs positions, nos compatriotes considèrent que cette attitude de l’État n’a qu’un but, derrière ce qu’ils appellent « l’illusion de croire qu’avec cela, on fera baisser le nombre des accidents graves et mortels » : faire rentrer des sous dans les caisses de Bercy en pressurant un peu plus ces cochons de payants que sont les automobilistes et les motards et, plus généralement, les usagers de la route…
Je ne suivrais pas ce raisonnement. Pour plusieurs raisons.

1- Lorsque la route tue un de nos proches , quel que soit ce qui a provoqué l’accident gravissime , le drame qui nous frappe nous paraît profondément injuste. Il est lourd à porter. Notre deuil va durer longtemps. Parce que, alors, nous n’oublions pas. Comme n’ont pas oublié Rose-Marie et Herland Zettor dont le fils Patrice Guillaume a trouvé la mort à 18 ans dans un accident de voiture. En cette nuit du 30 décembre 2007, seule la vitesse était en cause. Une équipe d’Antenne Réunion est allée voir Rose-Marie et Herland dans leur petite maison du Chemin des Longoses, au Tévelave. Nous avons tous été bouleversés par la tristesse encore totale d’une mère et d’un père. Trois ans et demi après cette triste date qui marquera à jamais leur vie, ils nous demandaient en quelque sorte de réagir pour que d’autres enfants de 18 ans, qui n’ont pourtant pas bu de l’alcool, ne meurent plus en voiture à cause de l’inconscience ou de la griserie de la seule vitesse.
Comme beaucoup d’entre vous qui avez aussi des enfants, j’ai été marqué par ce qu’exprimait, derrière une grande dignité, le regard de nos deux compatriotes.

2- Parce que l’accès aux véhicules particuliers, qu’ils aient deux ou quatre roues, a connu une très forte démocratisation , la route n’est plus, la route n’est pas un large lacet soigneusement asphalté où nous serions entre gens d’un même niveau de maîtrise de la conduite. Sur un circuit de vitesse, avec Jean-Pierre Beltoise ou Tony Ricquebourg, nous pouvons y aller. On est là entre pilotes avertis et rodés à ce genre de plaisir. Mais sur cette route où tout le monde se retrouve, il importe que chacun sache se tenir à ce qui ne gênera pas l’ensemble des dizaines et des dizaines de milliers d’autres. Pour cela, il y a notamment les mesures de limitation de la vitesse.

3- Or, nous le savons bien : on ralentit quand arrive la zone où il nous est annoncé qu’il y a un radar. Aussitôt passé ledit radar, 200 à 300 mètres à peine après, on écrase l’accélérateur, histoire de rattraper ce que nous considérons comme « le temps perdu » à cause de ce foutu appareil qui est seulement bon pour « attraper ». C’est plus fort que nous. Et nous oublions que l’accident que nous pourrions provoquer va laisser assurément des gens (nous-mêmes !) mutilés et des parents (les nôtres !) en pleurs. Nous l’oublions, car nous nous disons toujours que cela n’arrive qu’aux autres.
Pour une fois qu’un gouvernement — fut-il celui que nous pouvons combattre pour d’autres effets de sa politique — avance des mesures qui s’imposent, nous n’allons pas nous y opposer par seul et simple réflexe.

4- Que gagne-t-on, sur les 13 kilomètres de la route littorale, à rouler à 100 km/h au lieu des 90 imposés ? Faites le calcul : une minute. Juste une minute. Sur la route des Tamarins, on gagnera deux minutes à foncer à 120 km/h au lieu des 110 imposés. Cela vaut-il le coup ? L’attitude responsable n’est-elle pas de prendre les bonnes dispositions et, par exemple, de quitter chez soi suffisamment à temps pour ne pas avoir à transgresser la règle ?

5- L’État prendrait ces mesures pour nous piquer du fric ! Nous sommes-nous dit que si nous respections le Code de la route en général et les limitations de vitesse en particulier, l’État ne nous piquerait rien du tout ? Et que nous ne mettrions pas en danger notre vie et celle d’autrui ?

6- Si nous considérons que telle ou telle mesure prise n’est pas juste, ni opportune , voire précipitée et donc amendable , pourquoi, dans le cadre d’une démarche citoyenne et avec le concours des associations concernées, ne pas demander au représentant de l’État une table ronde entre gens responsables et soucieux de participer à l’intérêt général ? Je crois un Gilles Ecormier — et sans doute n’est-il pas seul dans ce cas — capable d’une telle initiative. Et je suis persuadé que Monsieur Serge Bideau, notre Sous-préfet délégué à la Sécurité routière, en serait preneur.

Raymond Lauret



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Messages






  • A chacun ses arguments pour justifier sa position. Respectant la votre Monsieur LAURET je ne partage pas l’idée directrice que vous voulez véhiculer en oubliant totalement les autres aspects de la question.
    Dans les quatre premiers points vous faites certainement l’inanimité. Le quatrième point est hélàs un moyen comme un autre pour traire les vaches à lait que nous sommes (2 ou 4 roues), il n’est point besoin d’être savant pour en deviner la volonté du gouvernement. l’état et nos gouvernants savent très bien que ces extorsions ne cesseront jamais, ils en profitent car l’homme se comportera toujours en marge des limites du code et même au delà. Le flicage à outrance sévit et augmentera encore.
    Les démarches citoyennes que la FFMC véhiculent à longueur de manifestations ne sont pas prises en compte par les instances que vous citez. Et quant bien même, la fédération est invitée à certaines réunions, ces instances sont sourdes aux suppliques.
    La formation des jeunes, la sensibilisation sur les dangers de la route, la prévention face à l’alcool et/ou la drogue, le renforcement de la sécurité passive des infrastructures, l’état des routes, voilà des sujets qu’il faut développer et pour lesquels nous nous battons chaque jour.
    Merci Monsieur LAURET de faire circuler nos légitimes demandes auprès des instances que vous cotoyez et personnellement je suis tout à fait disposé à participer aux tables rondes éventuelles qui pourraient faire avancer les choses dans le bon sens.
    henri BRICHE
    Vice président de l’antenne Réunionnaise de la FFMC

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  • Je suis flatté que M. Lauret pense que je pourrais impulser une table ronde sur les problèmes de sécurité routière à la Réunion, mais j’y vois hélas deux écueils insurmontables :
    1 - la sécurité routière est une problématique nationale, qui dépend du ministère de l’Intérieur, et dont la règlementation est elle aussi nationale.
    2 - il existe déjà une telle instance d’échanges et de propositions, c’est la concertation nationale sur les deux-roues motorisés, à laquelle la fédération dont j’ai l’honneur de présider l’antenne réunionnaise a participé pendant 2 ans. Mise en place par le gouvernement, cette concertation devait justement permettre des échanges constructifs entre tous les acteurs de la sécurité routière concernés. Mais en annonçant les dernières mesures du CISR du 11 mai dernier, le 1er ministre et le ministre de l’Intérieur s’assoient allègrement sur les conclusions de ces travaux et imposent des règlementations fantaisistes qui n’ont même pas été discutées en concertation, désavouant ainsi leurs propres hauts fonctionnaires et provoquant le ras le bol des usagers de la route.

    Il est illusoire de croire que la vitesse est responsable de tous les maux routiers, et perdre un être cher sur la route à la vitesse légale n’est pas plus acceptable qu’en excès de vitesse. Plus qu’une limite arbitraire, il faut plutôt que chaque conducteur soit formé pour savoir adapter sa vitesse aux conditions du moment. C’est la position que défend la FFMC depuis sa création il y a plus de 30 ans.

    Gilles ECORMIER, président FFMC 974

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