Libres propos

Lettre à Valérie Fourneyron, notre Ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la Vie associative…

Témoignages.re / 21 mai 2012

Madame la Ministre,
Comme presque tous les Réunionnais, et sans doute comme la plupart des Antillais et comme un grand nombre de Français du continent, j’ignorais tout de vous avant que, sitôt François Hollande apparaisse, au soir du 22 avril dernier, comme le très probable vainqueur du second tour de la présidentielle, j’aille sur internet, histoire de savoir qui pourrait être la personne que notre futur Président « mettrait » au Sport.

Depuis, je sais. Et depuis votre désignation, j’en sais un peu plus. J’ai bien entendu été séduit par l’appréciation d’un journaliste parisien pour qui votre désignation, c’est « tout, sauf un hasard » . Ce qui donne un sens aux propos que François Hollande tenait dans le quotidien sportif “l’Equipe” du 28 avril quand il lui était demandé d’esquisser sa vision du Ministre des Sports. Je crois faire acte de bonne pédagogie en reprenant aujourd’hui ces propos : « Tantôt, disait donc François Hollande , on prend un sportif de haut niveau qui a un goût pour la politique, tantôt on prend une personnalité politique qui aime le sport (…). Pour ma part, je préfèrerais plutôt une personnalité politique qui aime le sport, car je considère qu’être ministre d’un gouvernement suppose avoir une connaissance de la vie politique et administrative  ».

Rien à voir, on le constate, avec ce qu’avait fait son prédécesseur Nicolas Sarkozy, lequel nous avait lourdement donné du Bernard Laporte et du David Douillet. Laporte et Douillet ont été deux grands champions incontestés des terrains de rugby et des tatamis de judo. Mais, ils l’ont montré (et démontré !), ils étaient totalement dépourvus d’une vision politique du Sport, le Sport étant posé et proposé comme élément de vie de chacun et de chacune des habitants d’un pays. Ici, une courte parenthèse pour deux anecdotes : je me rappelle d’une rencontre à Reims en 2007. Bernard Laporte venait d’être nommé Ministre des Sports. Face à une salle remplie de militants associatifs et d’élus en charge du Sport dans leurs départements et régions respectifs, l’homme révéla ce jour-là une insipidité totale. Une insipidité qui, par la suite, devait se confirmer et amplifier au fil des jours. On connait comment il termina « sa carrière » de Ministre. David Douillet ne fit pas mieux. Nous sommes presqu’unanimes, parmi les militants du Sport qui ont vu la retransmission télévisée d’une de ses prestations, à nous être sentis humiliés par le niveau affiché ce jour-là par celui qui était tout de même Ministre de la République. Aux questions que l’auditoire lui posait, il se faisait souffler par l’état major qui l’entourait à la tribune des réponses qu’il répétait en affichant la lassitude de ceux qui comprennent soudain qu’ils ne sont pas faits pour ce qu’on leur demande…

Je sais donc, Madame la Ministre, que vous êtes « une personnalité politique qui aime le Sport », que vous avez 53 ans, que vous avez été un médecin très impliqué dans le suivi des athlètes et plus particulièrement des volleyeurs, que vous avez occupé à la Mairie de Rouen, ville dont vous êtes la première magistrate depuis 2008, les fonctions de Maire adjointe dès 1994, que vous avez, entre autres, été également élue chargée des Sports au Conseil régional de Haute-Normandie. Et puis, vous avez été députée de Seine Maritime depuis 2007. Oui, vous êtes bien une personnalité politique. Et vous aimez le Sport.

Sans doute avez-vous vous aussi, sans doute avez-vous avec d’autres, été marquée par la « formule-devise » sur laquelle Jean Guimier proposa aux participants au Congrès d’Amiens de la Fédération Nationale des Offices Municipaux du Sport en 1968 de bâtir, à travers un ambitieux objectif, la grande politique sportive que les militants auxquels il s’adressait se devaient d’offrir à la France vivante et profonde. Rencontrant pour ma première fois la F.N.O.M.S en 1974 à son Congrès de Troyes et y saluant alors cet homme remarquable et respecté, je fis mien son appel lancé 6 ans plutôt pour un « Sport pour tous et toutes, et le plus haut niveau possible pour chacun » . Je crois pouvoir dire qu’avec notamment Albert Mourvaye à l’O.M.S. du Port, nous avons labouré la formule et la devise que Jean Guimier avait laissées à notre appréciation, à notre sens également de la générosité et de la responsabilité dans l’engagement.

Au moment où vous prenez avec, je n’en doute pas, la détermination d’une militante qui veut et qui peut donner au Sport la dimension du projet politique dont a besoin notre société moderne soumise aux aléas d’une mondialisation qui peut nous réserver le meilleur comme le pire, oui, au moment où vous commencez de difficiles fonctions ministérielles, à la faveur de mon “Libres propos” de ce lundi, je choisis la voie de vous dire qu’en ce qui concerne notre Département d’Outre-mer de La Réunion, et permettez que je pense également aux Antilles, sans doute faudrait-il ne pas hésiter à poser aux domiens responsables que nous devons être la question de notre responsabilité devant l’Histoire.

Je crois en des politiques pensées localement, qui prendraient en compte la jeunesse de nos populations et les problèmes de cohésion sociale qui sont nos préoccupations quotidiennes. Je crois en une politique qui n’ignorerait pas notre positionnement dans des environnements géographiques qui ne manquent pas de points communs avec nous et qui — simple clin d’œil — s’appuierait sur l’énergie solaire qui caractérise nos régions. Je crois en une politique sportive qui tiendrait compte de la petitesse de nos territoires et de l’importance qu’une pratique sportive mutualisée et empreinte de solidarité intercommunale peut prendre pour ouvrir les voies de l’international à notre jeunesse. Je crois en notre « savoir être », nous qui, pour ce qui ne concerne que notre seule île de La Réunion, avons donné à la France et au monde entier des Patrice Casimir ou Elvire Téza, Jackson Richardson, Patrick Cazal ou Leïla Ducheman et, entre bien d’autres encore, Jean-Louis Prianon ou Daniel Sangouma, Jacques Dobaria ou Jean-René Dreinaza. A côté de quelques-uns nés aux Antilles, les Lilian Thuram, Thierry Henry, Laura Flessel, Fabrice et Jérôme Jeannet, Marie-Josée Pérec, Christine Arron, Bernard Lama, Jacques Chinon…

Voilà, Madame la Ministre, chère Valérie Fourneyron, ce que je voulais et pouvais vous écrire, depuis notre petit territoire français de La Réunion. Un territoire qui n’a pas eu peur, dans les moments graves de l’Histoire de la France, d’envoyer certains de ses enfants sur les champs de bataille et qui a su plus tard pousser ses meilleurs champions vers les stades et les salles de partout sous le maillot que vous savez.

Pouvons-nous vous aider à réussir votre belle mission ? Je fais le vœu que nos populations de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de La Réunion ainsi que de Mayotte sachent répondre à la demande d’un engagement fort que vous pourriez leur demander. Ce sera alors à nous de jouer.

Raymond Lauret


Kanalreunion.com