Libres propos

Mettez vous à ma place…

Témoignages.re / 27 juillet 2009

C’était tout d’abord, jeudi dernier. Au terme d’une rencontre d’une bien belle densité qu’autour de Max Bénard, un des adjoints à Claude Hoarau, nous avions menée à Saint-Louis pour évoquer, et jusque dans le détail, ce que pourrait être une « politique vélo » dans cette commune, nous nous étions retrouvés au rond point de l’usine du Gol. Là, nous avions été rejoints par Yolaine Costes, élue de la Commune voisine de l’Étang-Salé et chargée d’aménagement à la CIVIS. Nous causions bien évidemment de piste cyclable en site propre quand l’ami Max eut cette phrase sortie du fond de sa conscience et lancée sans arrière-pensée : « Depuis que la Route des Tamarins est fermée, il nous manque quelque chose… ». Il eut à ce moment un silence, un de ces silences qui équivaut à toutes les discussions et qui porte en lui réponse à une problématique non exprimée. Pour les 15.000 réunionnais qui sont venus le 14 Juin dernier témoigner qu’il y a dans notre île des hommes et des femmes pour qui se déplacer à vélo est une option de vie, depuis le 23 Juin, la Route des Tamarins est fermée. Où, sans trop attendre, allons-nous la rouvrir ?
Et puis, ce fut ce vendredi. Rejoints par Serge Bideau, le sous-préfet de Saint-Benoit délégué à la sécurité routière, des footballeurs de l’AS Chaudron se sont retrouvés à la hauteur d’une station service de leur quartier. Et là, en hommage à leur co-équipier Cédric Talassia qui a trouvé la mort le 14 Juillet sur la bande d’arrêt d’urgence d’une quatre voies alors qu’il poussait avec ses camarades une voiture en panne, nos jeunes se sont livrés à une opération de sensibilisation de la population sur la nécessité du port du fameux gilet jaune. Et donc d’en avoir un, voire même plusieurs dans nos voitures. À ces jeunes et à M. Bideau, je dis bravo. Tout simplement.
Toujours vendredi, j’appelle mon vieux copain Jean-François Latouze et l’invite à m’accompagner le lendemain à Saint-Louis pour l’hommage au père Jean Cardonnel. « Tu pourrais peut-être, lui dis-je d’emblée, emmener ton saxo et, au milieu des hommages qui vont être rendus à Jean, lui adresser une mélodie qu’il entendra sûrement, là où il est aujourd’hui, comme une douce prière ». Il y eut un silence. Un long silence. Je compris qu’à l’autre bout du téléphone, Jean-François peinait à maîtriser son émotion. Je l’entendais pleurer. J’ai pensé que Jean aussi l’entendait alors. Et je fus heureux pour eux deux.
Vendredi encore et enfin. À Washington, Barack Obama présente ses excuses à la nation américaine et à un policier pour des mots « malheureux » qu’il a eu à propos d’une affaire où l’un de ses amis avait pu être victime d’une erreur d’appréciation. Que le président des USA sache faire preuve d’humilité et de respect vis-à-vis des autres, voilà qui mérite d’être souligné. Je le fais volontiers en me rappelant ce qu’on m’a appris à l’école : on ne se diminue pas quand on reconnaît son erreur et qu’on le dit…
Ces quatre temps de ma semaine m’ont comblé. Mettez vous à ma place…Et demandez vous ce qu’il en aurait été pour vous.

R. Lauret


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