Libres propos

Ne leur restait comme espoir d’une relance réelle que le début des travaux du Tram-Train… Certains en ont alors fait une histoire d’égo

Témoignages.re / 23 août 2010

On se rappelle que, fin 2009, alors que partout en France la crise provoquait un sensible ralentissement de la vie économique, pour notre petite région ultrapériphérique, un « plan de relance » de la commande publique avait été annoncé par le ministre chargé dudit plan et par d’autres responsables parisiens de haut niveau. Devant le montant dérisoire des subventions que l’État avait prévues pour le BTP (seulement 37,6 millions d’euros), les responsables de ce secteur avaient fait part de leur crainte que toute notre économie ne s’enlise. Ne leur restait comme espoir d’une relance réelle et immédiate que le début des travaux du Tram-Train. On sait ce qu’il en est advenu. Certains, parmi les nouveaux élus régionaux, en ont fait une affaire d’égo. Ils auraient pu demander qu’on corrige à la marge un projet qu’ils avaient parfaitement le droit, et donc la possibilité, de déclarer qu’il était sans doute améliorable. Ils auraient pu — c’eut été une attitude d’une rare et exemplaire élégance — en discuter avec ceux qui l’avaient initié et, écoutant quelques-uns de leurs propres amis et colistiers, conclure, par exemple, au fait qu’ils ont, eux, les moyens politiques d’obtenir du gouvernement et de Nicolas Sarkozy la fameuse dotation ferroviaire dont bénéficient toutes les régions de France continentale. Ils auraient donc pu maintenir un mode de déplacement qui a prouvé son efficacité dans le monde entier. Non, rien de cela. Ils ont choisi de traiter par le mépris ceux qui les avaient précédés dans la gestion des affaires publiques. Ils ont préféré s’emmêler les pieds au tapis et s’engouffrer dans leur désastreuse idée d’un réseau de 2.000 bus. Un réseau dont ils sont aujourd’hui en train de se rendre compte que leurs propres soutiens pensent qu’il mènera à l’impasse s’il devait un jour être réalisé. Et pour La Réunion, ce sera trop tard. Beaucoup d’argent, et beaucoup de temps surtout auront été perdus.
Et en attendant, chez les acteurs du BTP réunionnais, l’inquiétude est à son comble. On ne comprend pas cet entêtement à s’accommoder de ce que l’INSEE, dans une note publiée le mois dernier, appelle « la panne du BTP et la dégringolade des investissements » . On ne comprend pas alors que le même INSEE insiste lourdement quand il souligne que « La Réunion est entrée en récession » avec une croissance négative enregistrée en 2009 et un produit intérieur brut en recul de 2,7%.
Les « tables–rondes » ont beau se multiplier pour tirer la sonnette d’alarme. Rien n’y fait. Le sentiment qui domine, c’est que personne ne semble prendre en compte que licencier coûte cher, que licencier coûte très cher à la collectivité. Les chiffres sont pourtant bien connus. Rappelons-les.
Sur la base, par exemple, d’un employé payé à 1,2 SMIC, c’est-à-dire d’un salaire brut annuel arrondi à 19.500 euros, ce sont quelques 8.000 euros qui seront versés à l’URSSAF au titre des cotisations patronales et salariales ainsi que de la CSG. Face à ce dernier chiffre, prenons ceux qui découlent d’un emploi perdu. Dans cette hypothèse, la Collectivité aura à débourser plus de 11.800 euros d’indemnisation chômage. Parallèlement, elle perdra le bénéfice des 8.000 euros perçus par l’URSSAF. Soit un total de près de 20.000 euros que « coûte » au final un emploi perdu.
Or, ici et là, c’est-à-dire chez l’ensemble des entreprises du Bâtiment et des travaux publics, ceux qu’on appelle « les gros » autant que ceux qu’on qualifie de « petits » , on annonce encore des centaines de licenciements. Cela fait frissonner : plus de 2.400 licenciements supplémentaires à la date d’aujourd’hui par rapport à 2009. Et le président de la CGSS locale n’a pas caché que près de 1.500 autres entreprises vont sous peu fermer, faute d’avoir pu faire face à leurs charges, même après que ces dernières avaient été allégées.
Plus que jamais, les propos que signait, ici même, notre ami Philippe Jean-Pierre s’imposent lorsqu’il nous invitait, « pour que le chemin vers le futur soit le moins possible pavé d’épines pour les Réunionnais les plus fragiles,… à dépasser les combats d’arrière-garde et les passions nourries dans les clivages », puisque « l’intérêt supérieur de La Réunion exige un changement de posture ». Ce qui, nous devons l’espérer et y croire, peut permettre « de prendre davantage en considération les choix du long terme ».
Une révolution dans les mentalités de tous s’impose, de même que s’impose à ceux qui ont à préparer les cahiers des charges des quelques appels d’offres qui sortent la nécessité de sortir de la logique des « logiciels » conçus pour la métropole et son voisinage européen. Ces logiciels ne sont nullement adaptés aux réalités réunionnaises. Ne sait-on pas ou aurait-on oublié que le Traité d’Amsterdam reconnaît que les territoires ultramarins des nations qui composent l’Europe ont des spécificités dont la première est d‘être fort éloignés des grands marchés solvables et dont la seconde est de connaître un taux de chômage élevé ?

Raymond Lauret


Kanalreunion.com