Libres propos

Nos quarante années de gestion du Port, avec notre population…

Témoignages.re / 14 mars 2011

Mars 1971 - Mars 2011… Cela fait donc quarante ans qu’avec d’autres camarades et aux côtés de Paul Vergès, nous entamions une sacrément belle aventure sur le territoire de la commune du Port, là où beaucoup restait alors à faire.
Du début de sa prise de fonction de Maire au lendemain de la guerre en mai 1945 jusqu’à sa mort en novembre 1961 et à une époque où les moyens financiers étaient rares, Léon de Lépervanche s’était attaché à imprimer dans le roc portois l’esprit de la classe ouvrière. Une classe ouvrière qui nous faisait frissonner quand elle entonnait “l’Internationale” avec l’orchestre d’Antoine Erima, une classe ouvrière qui sut faire du Chemin de fer et de l’enceinte portuaire des points d’ancrage forts de ses luttes. Léon de Lépervanche, et ici les souvenirs du tout jeune écolier que j’étais se raniment, sut également lancer véritablement un plan pour une école ouverte à tous dans la réalité du quotidien de l’ensemble de la population. C’était alors, à la sortie des classes, le gouter de quatre heures. C’était, chaque année, des séances de vaccination, de splendides distributions des Prix au son le “La Marseillaise”, l’Arbre de Noël à la Mairie, des départs du Tour de l’Ile cycliste ou encore « l’Entrain Laïque », toutes ces actions qu’animaient les pionniers qu’étaient les Hoareau, Mondon, Darsanessing, Rousse et autres Picard ou Guézello. Ensuite, de mars 1962 et pendant neuf années, gêné de savoir qu’il fut maire par la volonté du pouvoir de l’époque et ses méthodes de fraude et de violence institutionnalisées, soucieux de se faire pardonner par l’Histoire (il me le confiera plus tard) cette tache dans sa vie, André Gontier exigea du Préfet des moyens. Il put ainsi commencer des logements avec la SIDR, réaliser le stade et la piscine, des groupes scolaires ainsi que la Zone industrielle et commerciale. Et parce que je suis de ceux qui pensent que, mal entouré, peu conseillé, il a fait du mieux qu’il pouvait, parce que je sais aussi qu’il fut satisfait que ce soit quelqu’un comme Paul Vergès qui lui succède et qu’il s’opposa en mars 1971 aux souhaits du pouvoir d’alors de lui donner « un coup de main » discret, je le salue ici.
Il revenait à Paul Vergès, nouvellement élu, d’affronter la responsabilité de l’énorme travail qui restait à accomplir. Dans le vaste et complexe programme de structuration de la ville tout d’abord. Dans la réalisation, ensuite, de quartiers qui n’organiseraient pas la « ghettoisation » des plus pauvres. Dans un éveil de la fierté des Portois et des Portoises à vivre une vie de solidarité dans tous les domaines de leur quotidien. Ce furent, dans la foulée d’une large action de maîtrise foncière volontariste et expliquée, les bidonvilles rasés et remplacés par de l’habitat social avec l’eau, l’électricité, leurs écoles et leurs équipements de proximité. Ce fut une incitation partagée avec les industriels et les sociétés du BTP et de services divers de l’île (commerces, santé, formation, éducation...) pour implanter leurs sièges sociaux et leurs activités dans les zones industrielles, commerciales, artisanales et administratives réalisées au Port. Ce furent évidemment un réseau complet d’assainissement des eaux pluviales et usées, la première station de traitement et de valorisation des déchets ménagers et industriels. Ce fut l’OMS et son projet du « Sport pour tous et toutes et le plus haut niveau possible pour chacun ». Ce furent des parcs et rues larges et ombragées, le tout porté par une ambitieuse politique de boisement de la commune…
Parce que je fus dans les équipes qui, avec Paul Vergès, ont été alors aux responsabilités municipales, j’ai été invité par Jean-Yves Langenier et Virgile Rustan l’autre vendredi à témoigner également sur ce dernier point, celui d’une grande politique d’espaces boisés.
Notre commune méritait bien son nom emblématique de « Port de la Plaine des Galets ». Même son unique cours d’eau s’appelle « la rivière des Galets ». Pour changer dans la durée l’ambiance qu’on connaissait, il importait de ne point faire dans la demi mesure. Ce furent la ceinture boisée (tout autour de la commune, cela va sans dire !), des petits jardins ici et là, un immense parc boisé autour d’un point d’eau et de cascades au cœur géographique de la commune en signe du défi qu’on demandait à toute la population de porter et de gagner. Ce fut la première pépinière municipale conçue dans toute l’île. Un pépinière dont j’ai eu le privilège de révéler (devant un Paul Vergès à qui je n’avais pas eu l’occasion de le dire à l’époque) qu’elle fournit gracieusement au Carmel des Avirons la quasi-totalité de tous les arbres qui y ont été plantés, la municipalité dirigée alors par Monsieur Joseph Lacaille se chargeant du transport.
Petit détail qui, à y regarder de plus près, n’en est pas : nous invitâmes plus d’une fois les enfants des écoles primaires et du collège, mais aussi les employés de diverses entreprises, à s’associer au travail des employés des services municipaux et à planter eux aussi leurs jeunes arbres. Je me souviens parfaitement que, lors d’« une quinzaine portoise de l’arbre » qui se prolongea sur cinq semaines, plusieurs milliers de citoyens de tous les âges ont mis en terre pas loin de 50.000 plants qui, aujourd’hui qu’ils sont devenus grands, participent à la qualité de la vie au Port. Et la moindre de nos fiertés n’est-elle pas ce « Rond-point du Commissariat de Police » autour duquel des guides touristiques tournent parfois avec les visiteurs d’un jour, le temps de leur conter la belle histoire de notre arbre symbole. L’énorme Banian qui s’élève là a été planté par nos gamins d’alors. Tout est parti de trois petites tiges délicatement plantées dans le sol et recouvertes du compost issu des ordures ménagères. C’était à la fin des années 1970.
Tout naturellement, ce sera au cœur d’un parc boisé, celui de la ZUP, que s’édifieront quatre lieux de cultes qui témoignent que l’unité de notre population se reconnaît dans le signe fort du dialogue inter-religieux qui vit dans notre île.
Ce fut un travail énorme. Enorme, répétons-le, parce qu’il fallait à l’époque que l’audace et l’intelligence du visionnaire balaient les hésitations des uns, les moqueries d’autres, les difficultés de tous ordres, la bêtise aussi de certaines incivilités. Ce fut un combat, mais un combat des plus beaux parce que mené avec l’appui de la population. Un combat qui annonçait que l’œuvre serait poursuivie par les générations qui viendront.
Aujourd’hui, la ville continue ce qui ne sera jamais terminé. Et la plus belle des satisfactions que ceux de ma génération peuvent connaître, c’est le spectacle quotidien de ces centaines et centaines de Portoises et de Portois qui envahissent le très beau parcours de santé du littoral Nord pour respirer l’air du grand large et s’oxygéner des bienfaits de la nature, à deux pas de là où ils habitent.

Raymond Lauret


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