Libres propos

Qu’on retrouve l’évêque de La Réunion avec les manifestants, voilà qui ne devrait pas être pris pour simplement anecdotique…

Témoignages.re / 13 septembre 2010

Vendredi dernier 10 septembre, 11h30. On y sent les sentiments sans nul doute quelque peu divers que les uns et les autres ont retirés de la réunion qui, à la Préfecture, vient de clôturer la manif.
On ne sera pas surpris que Jean-Marie Le Bourvellec, le président de la FRBTP, ait pu, même sans se faire trop d’illusions, relever que la délégation a « été reçue, écoutée » et qu’on a « commencé à (nous) entendre. Il n’y a pas de mesure immédiate, mais une volonté d’efficacité ». Et donc « qu’on va suivre ça de très prés ». Et il est dans la nature des choses que le syndicaliste Jacky Balmine (CGTR) souligne que « les premiers qui souffrent aujourd’hui, ce sont les salariés » et qu’il y a eu pas moins de « 10.000 collègues qui ont été mis dehors ces deux dernières années ». De même, il est juste que Pierre Savigny, le secrétaire général de la CFDT-BTP, invite les décideurs « à sortir des beaux discours et à voir que le BTP a déjà un genou à terre… » et que le président de la CAPEB, Franck Legros, dise toute sa déception et laisse éclater que « rien n’avance, les élus ne font pas leur boulot », qu’« on ne veut plus de réunions ni d’observatoires, mais des commandes ! » et, surtout, que « tout le monde cesse de se renvoyer la balle ».
Loin d’être divergentes, ces déclarations traduisent bien que, ce vendredi, les cœurs et les consciences étaient à l’unisson, dans une même démarche, montrant que l’entreprise est un tout, même si, écrivions-nous l’autre lundi, « il est normal qu’elle vive parfois, et en tout cas à chaque fois que cela est nécessaire, ses heures de discussions entre salariés et patronat qui peuvent aller jusqu’à une grève ». Et, en citant encore Jean-Marie Le Bourvellec (« …En 2013, il sera trop tard pour lancer les chantiers… Le secteur local aura disparu et il faudra aller chercher des entreprises de métropole pour réaliser les travaux ») ou le préfet de La Réunion Michel Lalande (« Il y a trop de lenteurs… la balle est dans le camp de tous ceux qui gèrent l’argent public… »), on peut se dire que tout le monde rejoint CR, un petit entrepreneur de La Possession, qui pense que, « pour que les petits puissent bosser, il faut que les grosses entreprises retrouvent vite du travail. Elles n’auront plus besoin de venir elles aussi sur les petits marchés ! »). On peut se dire aussi que chacun avait en tête tous ces importants chantiers qui, ces derniers mois, ont été rayés du paysage réunionnais uniquement, pour reprendre l’explication fournie par un proche de Didier Robert, parce qu’il y avait là « une question d’égo ».
Que dans ces conditions on retrouve l’évêque de La Réunion avec les manifestants, voilà qui ne devrait pas être pris pour simplement anecdotique. Gilbert Aubry s’est certes entouré d’une commission “Justice et Paix” dont le but est de se pencher sur les réalités socio-économiques qui caractérisent notre île. Il ne manque pas de donner de temps à autre des avis pertinents sur tels ou tels aspects de celles-ci. Qu’il ait choisi de venir physiquement devant le Jardin de l’État aux côtés des responsables de la manifestation montre que l’Église de La Réunion mesure pleinement la gravité de la situation. Et surtout qu’elle a tenu à saluer une démarche qui est une première et en appelle d’autres : l’unité de tous les Réunionnais quand cela est nécessaire pour une prise de conscience réunionnaise. Car, dira-t-il dans un communiqué, « ce n’est pas une question partisane… », mais bien de « solidarité en fonction de l’intérêt général ».
Chez Gilbert Aubry, l’évêque est toujours présent au cœur de la conscience de l’homme réunionnais. Prenant la plume du poète, ne nous demandait-il pas, il y a quelques jours seulement quand il présenta son tout dernier recueil (*), « Comment répondre à cette voix intérieure… Sinon que devenir toi-même en toi-même… Conscience de l’univers pour la part qui te revient… Avec le secret d’un programme codé en tes gènes… Où s’inscrit le scintillement des étoiles…L’émergence de la vie et l’intelligence humaine… En consonance avec le langage de tout vivant… Vibrant à l’hymne de la création pour un hymne à l’amour ? ». Voilà peut-être pourquoi…

Raymond Lauret

(*) “Lumière sur Rivière Noire” - Azalées Editions.


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