Libres propos

Quand Gilbert Aubry nous invite à entendre le silence de son cœur qui rythme l’horloge de notre éternité…

Témoignages.re / 25 août 2010

« Et nous verrons de nos yeux le cosmos réconcilié
S’embraser jusque dans les feuilles des arbres flamboyants
Au soleil couchant, au soleil levant… je ne sais
Mais à l’heure de Dieu venant sur les nuées du ciel
De grands oiseaux blancs soulèvent nos îles mascarines
Dans le sillage de leur envol au-dessus de l’océan
Et la rosée marine suspendue au brin d’herbe
Cristallise l’éternité à l’horloge silencieuse de mon cœur. »

Ce sont là les toutes dernières notes de son petit recueil fait de gerbes de grave lumière présenté ce mardi à Saint-Denis, dans la salle Don Bosco. Et si Gilbert Aubry a voulu nous les lire lui même, est-ce peut-être pour que, sans doute avec lui, dans sa douleur chaque jour repensée pour être chaque jour dépassée, nous rangions l’image de l’homme qui fut un jour atteint quand il lui fallut affronter l‘épreuve des autres pour mettre devant nos regards émus celle du silence de son cœur qui entend continuer à rythmer l’horloge de notre éternité.
Un jour, on s’en rappelle, il connut l’épreuve, celle de certaines "unes" de notre presse, parce que certains de ses frères avaient vécu des écarts de la vie. Il a alors été appelé à se retrouver devant, seul devant, comme si les faiblesses, les fautes ou les pêchés de l’autre avaient été les siennes et les siens. Et l’Histoire recommençait, comme il y a un peu plus de 2000 ans. Il sut alors combien cela vous brise un homme quand le doute s’installe jusqu’à nous faire baisser la tête, comme si, comme si...
Disons un grand et sincère bravo à Christian Vittori et à Jean-Daniel Dodin et à « Azalées Editions » pour avoir su saisir l’épreuve soutenue par Gilbert Aubry jusqu’à en faire, depuis un petit ouvrage de quelques dizaines de pages, un cri qui interpelle nos consciences de citoyens que nous croyons sans histoire. « Et que diras-tu de la vie, de ta vie ? », clame à nos oreilles le poète. « D’où vient-elle et où va-t-elle sinon du Vivant au Vivant ? Car tu sais, toi, que la vie qui rampe est appelée à se mettre des ailes pour traverser l’eau et le feu de toutes les mutations conduisant à la plénitude de l’être ».
"Lumière sur Rivière Noire" : l’évêque de La Réunion, sans doute d’un seul trait de plume et le temps de quelques nuits passées à interroger le ciel et les étoiles, a écrit ce recueil de textes poétiques comme il a su vivre un rendez-vous avec lui même, quand « le temps d’une épreuve sans nom », à partir d’une rencontre surréelle avec un chien dans une fosse à ordures, il apprit à relire « sa foi en compagnie du passeur de Vie éternelle ».
Il n’est sans doute pas correct de dire de quelqu’un qui vous lira et qui donc vous entendra qu’il vous impressionne. Je dirais seulement à Gilbert Aubry que, décidemment, une fois encore, une fois de plus, il a su nous inviter à relativiser les chocs qui viennent parfois troubler le cours tranquille de notre vie. Et la chaine d’amitiés qui, plus que jamais, s’est tissée autour de lui est peut-être notre plus simple façon de lui dire notre affection.

Raymond Lauret


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