Libres propos

« SERVIR… »

Témoignages.re / 21 février 2011

« Servir »… Ce verbe appartient à notre quotidien à tous. Machinalement, nous l’assaisonnons à toutes les sauces de nos propos familiers. Nous en usons sur tous les temps de la conjugaison à chaque instant de notre vie. Pourtant, « servir », c’est bien plus qu’une expression. « Servir » , c’est bien autre chose qu’un mot comme il en a tant d’autres dés qu’on le dégage de tout ce qu’il renferme de flagornerie, de bénéfices à engranger pour soi ou pour ses proches, de considération à gagner ou de marches à monter pour mieux être vu dans notre société du paraître ou du consommé.
Tenez, « les cantonales » qui auront lieu dans un mois nous donnent une belle occasion de le voir. Parce que la législation limite à deux (avoir un âge minimum et être inscrit sur les listes électorales) les obligations auxquelles tout citoyen doit se plier pour être candidat, ça y va ! On peut candidat ! Eh bien, on sera candidat ! Pour faire quoi ? Mais pour être élu, pardi ! Mais encore ? Ben, pour servir le peuple, voyons !
Et c’est ainsi que les actes de candidatures sont en train de s’amonceler en Préfecture. Il y a trois jours, « ils et elles » étaient près de 140 pour les 24 sièges à pourvoir. Soit, en moyenne et à ce jour, 6 candidats par canton. Avec des pointes de 10 ou 11 ici ou là. Et ce n’est sans doute pas encore terminé !
Au vu de ce nombre de postulants et sachant qu’une candidature suppose de jolies petites dépenses qui, pour la plupart des candidats, ne seront pas remboursées, est-ce à dire que la démocratie se porte merveilleusement bien dans notre île ? Il est vrai que si notre électorat n’avait comme choix que deux ou trois personnes qui représentent deux ou trois gros partis politiques, on pourrait rester sur notre faim. Mais ne sommes-nous pas en train de sortir actuellement des limites du raisonnable pour entrer sur un terrain glissant qui mène droit à l’indigestion ?

Toute élection étant l’occasion pour le citoyen de s’exprimer, soit en étant candidat, soit en ayant à choisir librement, nous n’avons rien d’autre à faire qu’à accepter les règles de ce qu’on appelle le jeu…oui, vous l’avez bien lu ici et ailleurs, oui, on parle de « jeu »… nous n’avons donc rien d’autre à faire qu’à accepter les règles du jeu démocratique. Puisque la démocratie c’est, pour reprendre la célèbre analyse de Winston Churchill, « le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres ! ». Nous n’y pouvons rien…
Alors, faisons le vœu que les 20 et 27 mars prochains, les Réunionnais et les Réunionnaises sauront faire le bon discernement et voter pour des hommes et des femmes qui sont à même de porter, avec d’autres élus fussent-ils de « chapelles d’origine » différentes, le même idéal de développement pour notre région ultrapériphérique qui tend vers le million d’habitants et qui a un impérieux besoin que ses responsables soient motivés en tout premier lieu par le souci de servir.
« Servir » … Cela suppose que l’on soit avec d’autres, dans une alliance forte, réfléchie et résolument portée à se battre contre ceux qui voient l’avenir avec les lunettes du court terme.
« Servir » … Cela implique que l’on ne vise pas tel ou tel poste et les avantages qui vont avec. Tiens, cela nous rappelle ce nouvellement élu de la CCIR qui, après avoir exigé (et pas eu) la présidence d’une grosse commission, s’est porté volontaire pour la présidence de la commission aéroport (et ne l’a pas eu !). À ce que l’on dit dans les couloirs de l’instance consulaire, le nouvellement élu se voyait bien, cravate autour du cou, visitant toute l’année les plus grands aéroports du monde. Il aurait bien entendu été accompagné d’une secrétaire de son choix avec pour rôle, entre autres, de préparer ses discours et de gérer ses multiples rendez-vous !
« Servir » … Cela signifie que l’on se détache de l’appât de ces foutues indemnités qui polluent les engagements et mettent à mal la grande noblesse qui caractérisait et caractérise toujours un certain nombre de nos élus. Dieu merci, il se trouve encore un Parti politique qui pose à ses candidats cette obligation faite à la conscience de chacun…

« Servir » … Me vient à l’esprit ce que m’a tout récemment confié mon jeune ami Sergio Erapa. Parce que la tâche de président d’un club de football est particulièrement lourde et faite d’ingratitudes, parce qu’elle suppose que votre famille vive avec vous et sans doute plus fortement que vous des sacrifices répétés au quotidien, Sergio voulait raccrocher, après de longues années de bons et loyaux services à la présidence de la Jeanne d’Arc. Il avait annoncé son intention à ceux que cela concernait. Et puis, ces jours derniers… C’est Sergio qui me l’a confié : « Ma décision était prise. Dans mon esprit, c’était irrévocable. Je le devais à mon épouse, à mes enfants. Pour moi également, pour moi aussi, histoire que je puisse aussi militer dans un tout autre domaine. Et puis, alors que je me voyais déjà de l’autre côté de la barrière, Jean-Yves Langenier, le maire de ma commune, m’a demandé une rencontre. Ce qu’il m’a dit tient en un petit mot, un seul petit mot, un mot qui a bouleversé la vision que j’avais pu avoir de mon avenir. Il m’a parlé de l’importante nécessité pour la Ville de pouvoir compter sur des citoyens pour la servir . « Servir »… Servir ma ville ! J’ai tout d’un coup ressenti quelque chose de fort, d’indéfinissable mais fort, quelque chose qui m’a secoué intérieurement. J’ai aussitôt fait le vide dans ma tête pour y inviter celui que je sollicite quand j’ai besoin de voir clair pour prendre la plus juste décision. Très vite, j’ai entendu la voix que j’avais sollicitée. Je n’ai pu refuser ce que me demandait le maire. Pour lui qui sert une population et pour notre ville assurément. Pour ma conscience aussi. Pour ma conscience surtout. Pour servir, j’ai dit oui »… Faut-il le préciser ? La fonction de président de club de foot se donne dans le bénévolat…

Raymond Lauret


Kanalreunion.com