Point de vue

Et maintenant que la Conférence de Durban a accouché d’une souris…

Témoignages.re / 14 décembre 2011

Les pays ont tous espéré une décision salvatrice pour notre planète, mais les intérêts des uns et des autres ont conduit à un accord minimum, qui est la prolongation du Protocole de Kyoto, de 2010 à 2015. Rien n’a bougé.

Plus de 130 ministres et chefs d’État se sont réunis pour la grande messe sur le climat, organisée par l’ONU à Durban, dans le but de tomber d’accord sur les orientations à donner à la lutte contre le réchauffement climatique. La gourmandise des uns a fait oublier l’imminence des mesures à prendre, mesures tant espérées par les autres participants. L’Union européenne, qui représente 11 pour cent de la totalité des émissions de gaz à effet de serre, a été le premier à nous servir sa potion magique pour le prolongement du Protocole de Kyoto, tout en exigeant « une bonne feuille de route ». Mais force est de constater que certains pays émergents et les États-Unis n’ont pas encore saisi l’opportunité à vouloir préserver notre planète. Certains pays comme les USA, la Russie, le Canada et le Japon trainent encore à reconnaitre la nécessité de réduire les émissions de CO2, dont leurs industries sont responsables. Plutôt, ils pensent retarder l’échéance pour encore accroitre leurs productions industrielles. Ils disent attendre le geste des pays émergents pour « fermer le banc ». Une stratégie suicidaire qui met le monde en danger. Or, ce sont ces pays qui sont à l’origine de l’émission de la moitié du gaz à effet de serre.

Outre les USA, les pays émergents que sont l’Inde, la Chine et le Brésil sont les grands émetteurs de CO2. La Chine, premier pays pollueur, a émis plus de 9 milliards de tonnes de gaz en l’espace de deux ans, elle conditionne son accord à ce que l’Union européenne et d’autres pays prennent de nouveaux engagements dans le Protocole de Kyoto. De même, elle souhaite un accompagnement des pays en voie de développement qui tirent leurs ressources des bois.

Les pays en voie de développement et les États insulaires

La nécessité de protéger les forêts tropicales humides d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie est aujourd’hui menacée. On oublie souvent que les forêts tropicales sont l’avenir de la planète, en même temps ces forêts représentent des enjeux concernant le climat et la biodiversité. La déforestation des forêts tropicales rejette dans l’atmosphère autant de CO2 que le secteur mondial des transports.

Les pays sous-développés tropicaux doivent encore inventer des systèmes de production agricole qui demandent moins d’espaces, et plus stabilisés. Or, on s’aperçoit qu’ils ont peu de prise sur les tenants et les aboutissants des contraintes économiques. Une population qui augmente et qui demande une économie croissante, du coup, la question de stabilisation des produits agricoles est loin d’être résolue. Sans compter que les pays développés n’ont jamais cessé d’exploiter les forêts tropicales pour alimenter leurs industries du bois. Les réglementations sur l’exploitation du bois, des ressources naturelles ou tout simplement sur la culture locale ne sont jamais respectées. On donne l’impression de stabiliser la forêt localement, mais pas sur des surfaces suffisamment grandes. La seule règle qui vaille aujourd’hui serait d’exiger des engagements à l’échelle des grands États pour stopper la destruction de la faune et de la flore. Mais elle peut avoir d’impact dans les pays développés, sans que cela n’en ait autant sur les pays émergents qui, progressivement, représenteront une grosse partie de la demande.

Le changement climatique et ses effets induits exposent les pays insulaires au réchauffement climatique et à la montée des eaux. Ils constituent une grande menace qui pèse sur les îles, surtout sur la sécurité et les moyens d’existence des populations, ils les amèneraient à court ou à long terme à disparaitre sous l’eau. Il semble donc urgent que les pollueurs ne dépassent pas le taux de 1,9°C d’augmentation afin de préserver les îles très exposées.

Les sociétés des zones tropicales ont besoin de se développer, elles ont le souci d’augmenter leur niveau de vie, cependant, elles doivent être plus efficaces dans leur utilisation des ressources naturelles. Cela nécessite une vraie coopération Nord-Sud, sans laquelle la préservation de la biodiversité ou des stocks de carbone sera illusoire. On gagnerait à réduire la déforestation tropicale, à réduire les émissions de CO2, en faisant l’inventaire de ce qui, dans les modes de consommation, crée une demande en produits tropicaux qui implique la déforestation. Seuls des engagements contraignants nous épargneraient et préserveraient de la catastrophe écologique annoncée, en attendant que d’autres solutions liées à une efficace consommation énergique dans les pays émergents viennent prendre le relais.

Bienvenu. H. Diogo


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