Point de vue

La nouvelle génération scolaire exprime peu de curiosité aux savoirs scolaires

Témoignages.re / 7 août 2013

Le désarroi des enseignants grandit face au désintérêt manifeste de certains élèves à l’apprentissage des savoirs scolaires. Cela paraît une évidence avec l’évolution d’ensemble de notre société, avec la technologie électronique, numérique, que l’élève n’a plus besoin d’apprendre pour réussir sa manipulation. Ce serait donc un jugement un peu hâtif porté sur le comportement des jeunes. Le constat reste que les jeunes demeurent curieux de savoir, mais manifestent un handicap à apprendre et cela expliquerait le sentiment de manque de confiance des enseignants dans leur métier.

Les moyens technologiques et numériques que découvrent les élèves et la culture télévisuelle donnent la possibilité de faire des applications très vite en lisant quelques bribes d’un mode d’emploi. Cette facilité à pouvoir s’en sortir facilement donne l’illusion qu’apprendre ne nécessite pas d’efforts, ni de tâtonnements. Ainsi la société cultive l’efficacité contre la compréhension. Outre ces constats, le manque d’intérêt pour l’apprentissage à ses causes sociologiques qui sont des troubles de comportement dus à la relation des élèves avec l’institution scolaire, à la fragilité de certains sans repères, rejetés par la famille ou ayant le sentiment d’être exclus de la société. Autant de facteurs qui entraînent la difficulté des enseignants à transformer le goût du savoir en goût d’apprendre.

La valorisation de la réussite personnelle

L’accès aux savoirs est un diversement apprécié. Il est inégal et parcellaire, ce qui fait de la culture scolaire très décalée. Une multiplication des occasions de divertissements empêche aussi la concentration dans la durée, alors que la réussite en apprentissage exige plus de sérieux. L’école doit redonner le sens de l’effort en renforçant chez chaque élève le goût de l’apprentissage. L’affaiblissement de la notion de l’effort doit être combattu en levant les freins idéologiques qui préconisent une certaine forme d’égalitarisme qui crée d’un côté des ennuis scolaires chez les plus avancés et, de l’autre, nuit au contraire à la motivation. Pour avoir envie de réussir, il faut que les élèves soient dans un système où l’enseignant ne perd pas confiance dans son métier et que les élèves trouvent leurs efforts valorisés et récompensés. Tout le monde de l’éducation est aujourd’hui conscient que les théories ont échoué, et les élèves ne peuvent pas évoluer tous au même rythme d’apprentissage, et malgré tout, on refuse la diversification des formes d’excellences, indispensable pour que chaque élève perçoive que seul le travail scolaire bien fait reste le meilleur critère de réussite scolaire. Les pistes proposées par les théoriciens de l’éducation ne font plus recette et ne répondent plus à la situation présente, même si elles avaient été bien pensées. Au contraire, elles suscitent bien des polémiques entre ceux utilitaristes qui pensent qu’un enseignement à la carte avec des programmes adaptés au monde du travail susciterait plus l’intérêt du gamin aux savoirs et ceux généralistes pour qui l’école doit permettre à l’élève d’avoir à sa sortie une ouverture d’esprit basée sur une bonne culture générale. Avec la complexité du monde très changeant, et ses exigences, ce n’est pas en formatant des cerveaux adaptés qu’on sera sûr de répondre à la demande des entreprises. Ce sont des esprits ouverts aux savoirs universels, capables de s’adapter très vite, dans des situations imprévues, et aux réalités nouvelles, dans les entreprises, qui sont plutôt attendus. La préparation des élèves à se confronter aux problèmes ne peut donc être apprise par une recette mécanique. Et, ce n’est pas en concevant des programmes plus adaptés au monde de travail qu’on parviendra à leur donner le goût d’apprendre. Les faits sont là, et on le sait, certes, on ne déclenchera pas le goût d’apprendre comme on déclenche une gâchette, mais il est indispensable, avant tout, de faire accepter aux jeunes un certain nombre de règles de discipline scolaire, sans lesquelles l’accès à l’apprentissage ne peut se faire. Loin de constituer une sorte d’acharnement, elles sont nécessaires pour toute pédagogie à mettre en place.

Le défi à relever dans les années à venir pour amener la nouvelle génération d’élèves à être curieux des savoirs est de pouvoir trouver la pédagogie de détour qui articulera à la réalité des nouveaux comportements culturels observables chez les jeunes l’encouragement à l’envie de réussite personnelle, et la valorisation des mérites individuelles, ce qu’on appelle « élitisme républicain ».

Bienvenu. H. Diogo


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