Point de vue

La population des ménages réunionnais éclatera en 2020 : soyons vigilants

Témoignages.re / 16 novembre 2011

Une réalité qui n’émeut pas trop ni les dirigeants locaux, ni le peuple réunionnais, et pourtant, un danger nous guette. Si l’on refuse de mesurer à court terme le phénomène de la croissance des ménages avec plus de 80.000 ménages supplémentaires, d’ici l’an 2020, force est de reconnaître que le refus de prendre en considération le danger qui pointe engendrera des problèmes socio-économiques à l’avenir.
D’ici 10 ans, les communautés d’agglomérations devront accueillir un grand nombre de ménages supplémentaires. Des ménages plus petits et plus nombreux. Le vieillissement de la population et l’évolution des modes de vie transforment la composition des ménages. Il y a de plus en plus de personnes seules, surtout des femmes et des couples sans enfant. On assiste à l’effritement du modèle familial.
Ainsi, au nombre de personnes par ménage qui diminue rapidement, il va falloir qu’on les reloge ailleurs. Dans dix ans, chaque commune devra accueillir ces nouveaux ménages : les jeunes et les personnes seules, plus dans le Nord ; les personnes âgées dans le Sud, et plus de couples à l’Est et l’Ouest. Cette équation qui mettrait à contribution les municipalités ne se présentera pas facile pour eux, quand on sait que l’espace ilien réunionnais n’est pas partout adapté à l’implantation de logements et inapte à l’hébergement humain. De même, pour répondre aux besoins de survie de la population, certaines zones de culture doivent être protégées.

Les maternités précoces très fréquentes

A La Réunion, une femme de 20 ans à 30 ans sur quatre a été mère avant l’âge de 20 ans*. Ces jeunes mères ont le plus souvent une scolarité défaillante. Quand on sait qu’elles déclarent avoir connaissance des moyens contraceptifs, on peut commencer par s’interroger sur cette permanence des maternités précoces au fil des générations. Car, souvent, on s’aperçoit que l’arrivée de l’enfant coïncide — un an après — avec leur sortie du système scolaire. Ces jeunes mères vivant souvent en famille monoparentale — car la vie du couple attire moins les jeunes —, elles accroissent par leur demande de logement le problème d’hébergement déjà critique. Une augmentation des familles monoparentales, qui ne reste sans poser soucis aux maires. Les enfants réunionnais qui vivent toute leur enfance dans ce type de famille sont moins fréquents, car les mères se mettent à 30 ans en couple et augmentent les chances de nouvelles maternités.
Or, ce sont surtout ces catégories de population qui posent plus de problèmes sociaux. Leur statut d’inactives et les difficultés à intégrer le marché de l’emploi, faute de formation qualifiante ou d’illettrisme, expliquent leur position de « poids sociaux » pour la collectivité.
Les divers problèmes que peut soulever en l’an 2020 la situation des ménages doivent amener à vite réfléchir sur l’avenir proche du citoyen. Parmi les solutions à préconiser, nous pensons que d’un, il faut maintenir un peu plus longtemps les jeunes à l’école, penser aux nouvelles structures de formations courtes, de deux, si nous ne voulons pas être confrontés aux problèmes de pénurie d’habitats et d’entassement de population sur une petite portion de terre, nous devons retarder l’âge de la maternité chez les jeunes, sinon nous nous attendrons à prévoir au moins 6.000 logements par an d’ici l’an 2020, uniquement pour héberger des nouveaux ménages, alors qu’on sait que les terrains à bâtir deviennent de plus en plus rares sur notre territoire.

Bienvenu H. Diogo

* Sources : INED-INSEE, enquête Migrations, Famille, vieillissement 2010, Champ : Natives du DOM


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