Point de vue

Le harcèlement dans les établissements publics

Témoignages.re / 22 août 2012

De plus en plus, on évoque la question du harcèlement dans les services et établissements de l’Etat, et il est souvent difficile pour le “harcelé” d’analyser la situation qu’il subit, et de pouvoir mettre des mots sur ce qu’il vit. Des relations de travail très difficiles qui sont la plupart du temps destructrices pour le travailleur à qui cela arrive.

L’environnement professionnel touché par le harcèlement moral n’est pas favorable à l’épanouissement des agents et cadres, qui ont choisi de servir loyalement et durablement leur nation. Des pressions fréquentes et parfois quotidiennes sont exercées par la hiérarchie dans les établissements publics, pour obtenir en un temps record des rendements optimums. Or, en même temps, on constate des réductions massives en personnels et en moyens de travail qui freinent toute volonté et toute possibilité à travailler dans des conditions décentes pour des rendements attendus. Il n’est pas rare de constater que le métier dont on a toujours rêvé et pour lequel on consacre toute son énergie devient un cauchemar. Et c’est justement ce que vivent les agents et cadres des sociétés et administrations dans le contexte économique difficile de notre pays. Leurs sacrifices au travail et leurs investissements sans contreparties ne sont pas reconnus. Les week-ends et soirées tardives passés au travail au détriment de la vie familiale, ne satisfont pas les exigences de la hiérarchie. Quand ce n’est pas davantage du travail supplémentaire qu’elle réclame, elle ridiculise l’agent qui souhaite plus de rigueur et de perfection. Toutes les initiatives prises par les agents pour le développement des services sont rejetées du moment qu’elles ne viennent pas des dirigeants. Tout ce qui est le produit d’un travail consciencieux, n’est jamais du goût de l’autorité et est systématiquement tourné en dérision dans le seul but d’humilier le collègue. On construit par cette manœuvre déstabilisatrice, une image de nullité d’un serviteur de la collectivité, gênant rival qu’on aimerait écarter du service. Evidemment, ce dernier finit par perdre confiance et assurance en ses possibilités et qualités dans son entreprise, au sein de laquelle il s’investit pour la bonne marche du service public. Ces situations deviennent consternantes quand on se rend compte que la hiérarchie supposée apprécier cet investissement humain dévalorise.

La paralysie du harcelé

Les attaques perpétrées contre le travailleur dans ses capacités et compétences, finissent par enclencher des bouleversements psychologiques, chez l’individu acculé, qui perd désormais tous ses moyens, tout sommeil. Il hésite à prendre des initiatives bénéfiques pour faire avancer le travail. Parfois sujet à des crises de spasmophilie, il a peur de tout jusqu’à son ombre. Souvent, il perd le goût pour tout, s’éloigne socialement, et tout agit sur ses relations sentimentales et sexuelles. Ainsi de nouvelles souffrances se créent chez le travailleur fragilisé, qui cède, faute de soutien suffisant dans son milieu professionnel, au désir de la hiérarchie qui souhaite sa démission. Tout est fait de façon méthodique pour que les travailleurs qu’on ne désire plus dans certaines entreprises publiques, se sentant inutiles socialement prennent la dernière des solutions, qui est, dans ces circonstances, de quitter la race des humains. Ils organisent leur auto-destruction soit par l’alcoolisme soit par le suicide, lorsque qu’il en va de leur honneur. Autrefois épargnées et protégées, on recense de nos jours, dans les communes, les Postes, l’EDF, Le GAZ et même dans les établissements scolaires, le phénomène d’harcèlement du personnel et agents, de la part de certains dirigeants d’établissements carriéristes. Ces derniers dont leur carrière reste au centre de toutes leurs préoccupations, pour tenir des objectifs de rendement fixés à eux par leur hiérarchie, s’accordent une importance aux attributs de leur pouvoir et veulent faire valoir leur capacité à faire respecter leur autorité. Et c’est par des conduites abusives, l’irrespect du collègue ou du collaborateur, des gestes, la discrimination, des paroles humiliantes, et des attitudes répétées d’opposition systématique et de violence, qu’ils dégradent les conditions de vie et de travail du harcelé gênant, mettant en danger la santé de la victime. Ils prouvent ainsi leur capacité à faire la sale besogne en inhibant les capacités d’action du salarié. Ils brisent de même la dynamique du groupe, en créant la peur incompatible avec la bonne poursuite du travail.

L’humanité et la vigilance

Le développement humain et viable, contraint les sociétés et administrations d’Etat à la vigilance sur le mode de commandement et de fonctionnement dans nos services. Certes, des méthodes plus humaines peuvent amener à parer nos déficits économiques et à employer à bon escient le potentiel humain créateur de tout développement économique. Le rendement économique ne doit pas l’emporter sur la considération que l’on doit accorder à l’humain producteur et bénéficiaire de cette richesse. Tout est question de dosage.
L’Etat ordonnateur doit comprendre qu’il ne peut atteindre ces objectifs de production massive dans tous les domaines de sa compétence, en laissant ses représentants procéder de façon honteuse à l’épuisement volontaire de ses agents. En ce sens, il doit encourager la mise en place de nouvelles générations de dirigeants, qui en plus des diplômes ou titres qui pourraient leur donner droit à pourvoir aux postes de responsabilités, devaient passer des contrôles d’aptitude à assumer le management des hommes sans être des aveugles exécutants, parfois excessifs. Les instances représentatives des salariés doivent rester constamment vigilantes et ne pas laisser le champ libre aux débordements de ces “carriéristes” harceleurs, et face à l’amplification du phénomène difficilement détectable, aider à faire valoir les droits des agents harcelés par une super machine administrative.

Bienvenu H. Diogo


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