Point de vue

Le Pape aussi abandonne

Témoignages.re / 13 février 2013

La religion, la raison et le réel

Qu’un Pape se retire des affaires de l’église est surprenant et même impensable pour beaucoup de fidèles catholiques dans le monde et aussi pour beaucoup d’observateurs de la pratique des religions. Pour ses devoirs d’autorité morale religieuse, il est difficile pour ses ouailles de concevoir et même de penser une telle vacance. Et pourtant, c’est la surprise du vingt-et-unième siècle. Et pourtant, cette annonce de démission n’est pas la première, mais la renonciation à la fonction papale de Benoît XVI crée l’évènement. La déclaration jaillit du haut du maître des lieux de Saint-Pierre : « Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien ». Et pourtant, cette annonce ne constitue pas une première dans l’histoire papale. Des cas de démissions volontaires ou contraintes, bien que très éloignés en date, ont existé. Nous citerons Benoît IX (1012-1055), ou Grégoire VI (?-1046), qui l’ont fait successivement au XIème siècle pour des raisons politiques. Célestin V, qui démissionne en 1294, de son propre gré, après avoir senti qu’il n’était pas prêt à endosser la charge pontificale. Grégoire XII (1325-1417) qui, en 1415, devait réunir la papauté de Rome et celle d’Avignon a dû renoncer à ses fonctions sous la pression des cardinaux, lors d’une crise d’autorité entre Eglise d’Occident, d’Orient et le Saint-Empire romain germanique.

Devoir et obligation morale

La religion, ce lien qui relie l’homme à un être transcendant et, de ce fait, semble s’opposer au lien des hommes entre eux, s’écarte-t-elle aujourd’hui du culte purement intérieur du Dieu suprême et aux devoirs éternels de la morale, avec ce retrait du Saint-Père ? Cela peut paraitre comme la mort de Dieu, car le premier qui porte cette fonction consolante, qui offre à tous croyants la perspective d’un au-delà dans lequel le désir trouvera sa satisfaction, s’en va, abandonnant le bateau en pleine mer. Celui par qui Dieu répond au besoin de protection et d’amour de l’homme par son image de Providence bienveillante crée par son départ subit la détresse et l’angoisse humaines en face des dangers de la vie. Cet évènement est énorme, il donne l’impression d’abandon de ce que jusqu’à présent le monde considère de sacré et de puissant. En même temps, cet acte, nous le considérons de grandiose, il élève l’homme de Dieu et les hommes vers la réflexion sur le surhomme ou le règne des Grands maîtres et sur la place de l’homme d’église qui doit unir l’assemblée des fidèles à une divinité.

Devoir et Conscience morale

Cet homme ne nous montre-t-il pas à travers son immense acte la valeur de la morale au côté du droit. La notion de conscience tient ici sa valeur, quand, contre le droit, le devoir fait passer la conscience comme une valeur morale, l’instrument de mesure qui peut éviter à tous de voir fondre au nom de la super autorité tout l’édifice religieux. Céder, faire place ou abandonner, quand il faut et au bon moment, est considéré comme un acte de bravoure et même d’honnêteté vis-à-vis de soi-même et de ses fidèles. La raison face au réel est souhaitable pour donner sens et dimensions à l’obligation. On peut, comme l’avait exprimé en son temps Saint Célestin V, renoncer aux sacerdoces quand on ne se sent pas prêt ou quand on ne se sent plus en mesure d’assurer la charge papale comme c’est le cas de Benoît XVI. Mieux vaut, pour son essence spirituelle, exercer en toute franchise et liberté cette haute fonction que de vouloir prendre des libertés par rapport aux exigences de la responsabilité, en trichant et en trompant les millions de fidèles qui ont fait confiance à l’être dans ce monde tourmenté par les interrogations sur la vie de la foi. Ces fidèles qui lui ont confié sans hésitation les clés de Saint-Pierre pour conduire la barque et annoncer en berger l’Évangile. L’émergence de deux valeurs contradictoires que sont le bien et le mal lui a imposé un choix, celui qui convient en toute conscience de faire en lieu de ce qui est contraire à ses principes de liberté. Benoît XVI s’est affirmé en s’opposant à tout ce qui n’est pas lui-même, et qui est son moi singulier.

Prions que le prochain conclave qui élira le nouveau Souverain Pontife dégagera du lot un être de la trempe de Benoît XVI, par sa dimension spirituelle, sa loyauté et son honnêteté.

Bienvenu H. Diogo


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