Point de vue

Notre identité à nous

Témoignages.re / 6 juillet 2011

L’identité et la culture réunionnaises sont deux réalités indéniables, qui justifient l’histoire et la géographie d’un peuple, de ses origines et de ce qui fait sa force et son dynamisme. C’est notre union autour de certaines valeurs communes partagées. Notre brave peuple est fier de faire valoir son héritage ancestral au sein du concert des nations. Il n’a pas besoin, au moment où il est classé patrimoine mondial, de cette cacophonie entendue sur France Inter : « la défense de la langue créole n’a aucun sens… ».

Peut-être que des éléments d’explication nous échappent, mais ce propos venant du premier magistrat de l’île n’est pas anodin, il est inquiétant et pâmant pour les filles et fils de l’île. Au moment où ailleurs dans les DOM, certains mettent en lumière les ressources du terroir, d’autres chez nous, honteux de ce qu’ils sont et de ce qu’ils valent, n’osent pas se mettre en avant et porter haut les couleurs de ceux qui les ont faits, qui les ont créés. Un proverbe africain dit qu’« on ne vend pas sa case pour se loger dans un champ ». Tout porte à croire qu’aujourd’hui, se reconnaître ou se faire reconnaître Créole réunionnais dans son identité, dans sa culture et dans sa langue est une tare, voire un déshonneur. Jusqu’à quand allons-nous accepter de nous humilier ou de nous méconnaître, au point de permettre à quelconque seigneur de nous baptiser ? En reniant notre existence, et même notre habitat, pensons-nous pouvoir dormir couchés sur l’herbe, en plein air au moment des pluies ou du froid ? Alors qu’avant, nous aurions eu un lit soyeux dans lequel tout le confort nous était donné. Ressaisissons-nous, intellectuels ! Réfléchissons !

Nous restons pantois à l’idée de croire que cette phrase est bien réfléchie avant d’être énoncée. Le fait d’être instruit et d’avoir acquis de solides connaissances dans de grandes écoles métropolitaines n’empêche pas de proclamer sa créolité, ce n’est surtout pas une raison suffisante pour tourner le dos à ces propres valeurs originelles. Si tel devait être le cas, ce serait une grave erreur de votre part, et de ceux qui ont trompé la confiance d’un vaillant peuple, qui n’a cessé de reconquérir ses droits pour les faire valoir sur toute son existence.

Non, La Réunion et les Réunionnais ne pardonneront jamais à ceux, fils ou pas, qui méprisent l’importance de lire, d’écrire, de compter dans sa langue, pour traduire ses aspirations profondes et ses sentiments les plus chers. Non, l’identité et la culture réunionnaises sont loin d’être des combats « d’arrière-garde ». Le penser ainsi est suicidaire. Nous continuons à ne pas croire que ces propos puissent émaner de vous, en qui toute notre belle île place sa confiance pour porter loin sa fierté. Pour dire tout simplement « nous lé là, La Rénion lé là » (excusez l’orthographe imparfaite). Avant vous et après vous, La Réunion existera, car elle est une valeur sûre, Elle a une âme et Elle n’est pas à brader, même si certains comme vous en font le dessein de le céder au premier venu.

La force d’une société réside dans sa capacité à résister à toute manœuvre tendant à nuire et à détruire ses composantes culturelles.

Nombreux sont aujourd’hui les artistes réunionnais qui chantent, dansent et font apprécier par la lecture, partout dans le monde entier, le rythme maloya. Un Danyèl Waro, un Gauliris, un Fabrice Georget, un Gramoun Lélé, une Yvette Duchemann, un Fourcade, une Laurence Daleau, un Axel Gauvin, un Justin, un Samelong… n’ont-ils pas tous porté par leur voix, par leurs écrits en créole, les pensées des milliers d’âmes, sans avoir recours à d’autres langues, à d’autres identités que celles dans lesquelles ils ont été conçus et bercés ? Et pourtant, ils ont été compris et honorés. Aujourd’hui, ils sont les chantres de notre créole réunionnais. Leur mode de communication passe par le créole, ils parlent du pays, ils communiquent l’interculturalité et le métissage dont toute la terre entière nous envie et nous copie. Ils ne veulent pas changer leur couleur contre une autre. Ils veulent garder leur spécificité réunionnaise. Mieux que ceux qui, comme vous, tendent à cacher notre histoire et à retarder son entrée dans la mondialisation, ils sont aujourd’hui des exemples de soldats, prêts à mettre en lumière ce que la langue, de par son pouvoir de persuasion et de conviction, peut faire gagner à la culture d’un peuple à l’origine disparate, mais aujourd’hui uni et fort, vibrant en harmonie. Plutôt que d’être classées comme une statue de musée, la langue et la culture réunionnaises constituent des figures vivantes, mouvantes, bruyantes, remuantes, qui suscitent partout admirations et convoitises. L’identité réunionnaise doit partout et en tout lieu tenir debout. On ne doit pas avoir honte de ce beau bijou qui sera loin d’être classé au Musée Grévin. On ne parlera jamais de notre identité au passé.

Bienvenu H. Diogo


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